‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 94 sur 377 · Procès , t. I, p · texte numérisé non relu

Procès , t. I, p

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

choses; ses anciens collègues de Paris, sans ombre d’examen, prononcent que par la dite femme , qui se dit la Pucellc , F honneur de Dieu a été sans mesure offensé , la foi a été excessivement blessée, F Église trop fort déshonorée ; qiFidolâtries , erreurs , maux inestimables se sont suivis en ce royaume. Les docteurs de Poitiers ont déclaré qu’elle devait être mise à l’œuvre ; les docteurs de Paris déclarent que ce serait tout mal, si elle était délivrée sans convenable satisfaction. La pensée qu’elle pourrait être mise à rançon les indigne ; et le but principal de leur lettre est de favoriser l’achat que débat en ce moment celui qui déposera leur demande entre les mains de Luxembourg.

Il y a, au milieu de la catholicité, un tribunal auquel doivent être portées les questions ardues, les controverses entre les enfants d’une même mère ; les docteurs de Paris ne disent pas un mot qui puisse en faire soupçonner l’existence, tant ils sont persuadés être le soleil de la catholicité.

Imitateurs parfaits et peut-être sans pareils de ceux qui mirent le Maître à mort, ils vont jusqu’à emprunter les expressions par lesquelles les pharisiens voulaient le garder dans le tombeau : s’il ressuscite, disaient les déicides à Pilate, le nouvel égarement sera pire que le premier ; erit novissimus error pcjor priore ; les docteurs de Paris écrivent : ce serait un plus grand malheur que jamais, une plus grande erreur demeurerait au peuple si les choses en demeuraient en ce point; c’est-à-dire si la céleste envoyée restait simplement captive.

On voudrait douter de l’authenticité de ce document, il est confirmé par beaucoup d’autres semblables, et notamment par la lettre suivante au duc de Bourgogne.

« Très haut et très puissant prince et notre très redouté et honoré seigneur, nous nous recommandons très humblement à votre Altesse.

« Quoique autrefois, notre très redouté et honoré seigneur, nous ayons écrit à votre Altesse, *pour la supplier très humblement que cette femme, dite la Pucelle, étant, la merci Dieu, en votre sujétion, fût mise aux mains de la justice de l’Église, et que son procès lui fût dûment fait sur les idolâtries et autres matières touchant notre sainte foi, sur les scandales survenus, à son occasion, dans ce royaume, non moins que sur les dommages et maux innombrables qui s’en sont suivis, et que satisfaction convenable en fût tirée; toutefois, nous n’avons eu aucune réponse à ce sujet, et nous n’avons pas su qu’il ait été pris aucune mesure pour faire convenable discussion du fait de cette femme. Nous craignons beaucoup que par la fausseté et séduction de l’ennemi d’enter, par la malice et adresse de mauvaises personnes, vos ennemis et adversaires, qui, comme l’on dit, mettent tous leurs soins à vouloir délivrer cette femme par toutes voies,

L’UNIVERSITÉ ET LA MISE EN JUGEMENT DE LA PUCELLE

elle soit par quelque moyen mise hors de votre sujétion; ce que Dieu 11e veuille permettre.

« En vérité, au jugement de tous les bons catholiques en ce connaissant, jamais si grande blessure à la foi, si énorme péril et dommage à l 'intérêt général de ce royaume, ne seraient advenus de mémoire d’homme, que si, sans convenable réparation, elle était libérée par semblables moyens réprouvés; ce serait en vérité grandement au préjudice de votre honneur, et du très chrétien nom de la maison de France, dont vous et vos très nobles ancêtres avez été et êtes continuellement loyaux protecteurs, et très nobles et principaux membres.

« Pour ces causes, notre très redouté et honoré seigneur, nous vous supplions de rechef très humblement, qu’en faveur de la foi de Notre Seigneur, pour la conservation de la sainte Église, la défense de l’honneur divin, et aussi pour la très grande utilité de ce royaume très chrétien, il plaise à votre Altesse de mettre icelle femme aux mains de l’Inquisiteur de la foi, et de l’envoyer sûrement par de ça (à Paris), ainsi qu’autrefois nous vous en avons supplié ; ou, si votre Altesse le préfère, nous la prions de bailler, ou de faire bailler icelle femme à Révérend Père en Dieu, Monseigneur l’évêque de Beauvais, en la juridiction spirituelle duquel elle a été appréhendée, et cela pour faire h cette femme son procès en la foi, ainsi qu’il appartiendra par raison, à la gloire de Dieu, à l’exaltation de notre dite sainte foi, et au profit des bons et loyaux catholiques, et de toute la chose publique de ce royaume, et aussi à l’honneur et louange de votre Altesse, que Notre Seigneur veuille tenir en bonne prospérité, et finalement lui donner sa gloire. — Écrit1... »

Aux yeux des docteurs parisiens, le reste de l’univers avait donc cessé d’être catholique, ou ne renfermait plus de gens en ce connaissant , puisque tandis qu’ils sont les seuls à demander que la Pucelle soit mise en jugement, ils écrivent que c’est ce que sollicite le jugement de tous les bons catholiques en ce connaissant . Les hommes du parti adverse, qui, comme ils le disent, veulent employer toute voie pour délivrer Jeanne, ont cessé d’être bons catholiques , ou ne sont pas gens en ce connaissant. C’est ainsi qu’ils traitent les évêques, le clergé, leurs anciens collègues du parti national, la chrétienté entière en admiration devant la divine merveille. Tandis que la passion les fait descendre à cet abîme d’infatuation, ils se mettent bassement aux pieds du duc de Bourgogne, et le prince par lequel les Lancastres remplacent les fils de Huguet Capet est le loyal protecteur de la maison de France. Les révoltés contre l’autorité légitime sont les plus plats adulateurs des pouvoirs usurpés; l’expérience est de tous les temps.

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