III
et ils allèrent assiéger la ville de Jargeau, où se trouvaient le sire de Talbot et le sire de Scales avec un grand nombre d'Anglais. Jargeau est en amont de la Loire, à huit lieues d'Orléans. Arrivés soudainement devant la place, ils lui livrèrent un grand et merveilleux assaut, qu'ils continuèrent jusqu'à ce qu'ils s'en fussent emparés de vive force. Là furent pris le sire de Talbot et le sire de Scales, que la Pucelle laissa libres, à la suite d'un traité qu'ils promirent d'observer. Cela accordé, quelques capitaines dirent à la Pucelle qu'elle avait mal fait de laisser aller les ennemis du roi ; elle leur répondit qu'ils ne tarderaient pas à ôtre repris autre part, et ne tiendraient pas ce qu^ils avaient promis*.
De là, ils s'en allèrent à Meung qui est à cinq lieues d'Orléans% en aval de la rivière; ils prirent cette ville d'assaut, et de là vinrent à Baugency. A leur arrivée, ils trouvèrent que la garnison et la plupart des habitants de la ville étaient partis. Ceux qui étaient demeurés au château se rendirent et livrèrent la ville et le château.
Après la prise de cette ville, la Pucelle, les capitaines et les hommes d'armes, allèrent offrir la bataille à six mille Anglais qui venaient secourir leurs gens. Parmi ces Anglais se trouvaient les sires de Talbot et de Scales, que la Pucelle, comme il vient d*être dit, avait laissés s'en aller, et aussi plusieurs autres Anglais qui auparavant s'enfuyaient. Les deux armées se rencontrèrent près de Patay-en-Beauce. Les Français se comportèrent si vaillamment que. Dieu aidant, les Anglais furent déconfits, et presque tous tués. Là furent repris les sires de Scales et de Talbot et plusieurs autres.
La victoire remportée, et les prisonniers emmenés avec tout le butin, grandes réjouissances furent faites, et louanges rendues à Dieu, et il fut proclamé que toute victoire vient de lui. Les prisonniers furent présentés au roi ; il les reçut très joyeusement en remerciant la Pucelle et les capitaines, et en rendant grâces à Dieu qui donnait à une femme le courage de telles entreprises. Il partit de Tours, et avec plusieurs seigneurs^, chevaliers, écuyers, capitaines et autres, il alla à Orléans, où il fut reçu à grande joie'.
1. Les erreurs de détail fourinillenl dans ce qui regarde la prise de Jargeau. Le roî n'eut pas l'initiative de la campagne de la Loire ; le bâtard d'Orléans s'y trouvait, mai^ pas au premier rang; les soldats du roi ne partirent pas de Tours; Jargoau est à 20 kilomètres d'Orléans et non pas à huit lieues. C'était SufTolJc, et non Talbot nî Scales, qui y commandait.