A 18 kilomètres
3. Le roi avait quitté Tours avant la campagne de la Loire, et il frustra l'attente des Orléanais en ne les visitant pas, quoiqu'ils eussent fait après Patay de grands préparatifs pour le recevoir.
Toutes ces choses accomplies, le roi, parle conseil de la Pucelleet de quelques seigneurs de sa cour, partit d'Orléans avec une belle compagnie de gens d'armes et lira vers la ville et la cité de Reims, pour y ôlre sacré et couronné. Dans ce voyage, il mit en son obéissance plusieurs villes et forteresses alors occupées par les Anglais, à savoir Auxerre, Sens * , Troyes, Ghâlons et plusieurs autres ; et après cela il arriva à Reims, et y entra le samedi seizième jour de juillet de Tan ci-dessus mil IIII" XXIX, à sept heures du soir. Le lendemain à trois heures du malin, il alla avec plusieurs seigneurs et d'autres à Téglise de Notre-Dame, et, eux entrés, relise fut close jusqu'à neuf heures. L'église rouverte, le roi fut sacré et couronné par Monseigneur l'archevêque de ladite ville et cité de Reims. Après la cérémonie, les seigneurs qui là étaient, lui firent hommage, tel que le demandaient leurs seigneuries et possessions. Le roi fit quatre ducs ou comtes, et environ deux cents chevaliers.
El après il partit de Reims en prenant son chemin vers Paris. Pendant
sa marche dans cette voie, se rendirent à lui les villes qui suivent, à
savoir : Laon, Soissons, Compiègne, Château-Thierry, Senlis, Beauvais,
Lagny, et plusieurs autres forteresses et châteaux. Il est à présumer et
à estimer que s'il eût toujours marché de l'avant, il aurait bientôt
reconquis tout son royaume; car les Anglais et ses autres adversaires
étaient si ébahis et déconcertés, que la plupart n'osaient ni se montrer
ûi se défendre, ne comptant éviter la mort que parla fuite.
Le roi en marchant ainsi vint à Saint-Denis avec son armée. Une fois ^é à l'abbaye, il fit célébrer les obsèques et le service du roi Charles son père, \T du nom.
En tout ce voyage, la Pucelle n'avait qu'un but, assaillir, elle et les siens, la ville et cité de Paris. Elle fit avec ses gens plusieurs courses devant les remparts, et autour de la place, et elle était courroucée de ce
ou «LIE ÉTAIT PEU SECONDÉE*; MAIS LES CAPITAINES NE s' ACCORDÈRENT PAS POUR '•ATTAQUE DE LA VILLE*, QUELQUES CONSEILLERS DU ROI FIRENT RETIRER LEURS
'• C'est erroné pour « Sens ».
}'iiioit courrouckée que aultrement ne se faisoit. — Aultrementf d'après Lacurne, •ï^oifie « assez, guère ». Le contexte indique que c'est dans cette acception qu'il doit
GENS d'armes; ce qui contraignit la Pucclle à se retirer elle aussi, à Saint- Denis, où le roi se tenait.
Trois jours après, le roi, donnant créance à quelques-uns de son conseil, s'en alla, contre le gré de la Pucelle, l'emmenant avec lui au delà de la Loire.
11 se tint là tout Thiver, sans guère s'adonner aux affaires de la guerre. Ce dont la Pucelle était très mal contente ; mais elle ne pouvait pas y remédier.
L'an mil IIIP et XXX {1430), aussitôt après Pâques, Philippe, duc de Bourgogne, le sire Jean de Luxembourg, comte de Ligny, avec plusieurs capitaines anglais, et un très grand nombre de gens d*armes, Anglais, Bourguignons, Picards et Portugais, vinrent en France*, et conquirent quelques-unes des villes et forteresses, qui, comme il a été dit, s'étaient rendues au roi, lors de son voyage vers Paris. Les seigneurs susdits vinrent avec leur armée devant Compiègne, l'assiégèrent, et pour l'affamer s'abritèrent derrière les boulevards et bastilles qu'ils y construisirent. Le duc de Bourgogne avait avec lui grand nombre de Portugais, parce qu'il avait épousé la lille du roi du Portugal; ses noces avaient été célébrées le mois de janvier précédent en la ville de Bruges... [Ici le chroniqueur raconte les magnificences et les profusions du duc de Bourgogne pour la célébration de son hymen... 11 continue ensuite :
Le duc de Bourgogne donc, avec ses alliés et son armée, avait construit des forts devant la ville de Compiègne pour l'affamer. Dans la place était un bon capitaine, du nom de Guillaume de Flavy, qui la défendait bien, aidé qu'il était par les manants et par les habitants. Le roi, sur lavis d'un de ses conseillers, envoya la Pucelle h leur secours avec deux cents hommes. Arrivée dans la ville, la Pucelle était sortie avec ceux de la cité cl les Italiens pour harceler les ennemis. Après une longue escarmouche, pensant rentrer dans la ville, ils furent serrés de si près que la Pucelle fut retenue prisonnière, et livrée entre les mains de messire Jean de Luxembourg. Celui-ci l'envoya au château de Beaulieu, en commandant de Temprisonner dans une tour.
Le duc de Bourgogne, après la prise de la Pucelle, appelé par ses affaires de Brabant et de Liège, quitta le siège, en y laissant ses gens,
1. Un des mille exemples où, dans la langue du temps, le mot France est pris dans une signilication restreinte. Bien plus, d'après ce qui m'a été affirmé sur les lieux» les gens du Cambrésis disent encore aller en France quand ils vont à Beaurevoir ou à Saint-Quentin ; ceux de la Brie quand ils vont dans Tancienne Ile-de-France.
qui y demeurèrent avec le reste de Tarmée, jusqu'aux approches de la Toussaint... [Le chroniqueur raconte la délivrance de Compiègne, et consacre ensuite à la Pucelle les lignes suivantes.]
Durant ce siège, Jeanne la Pucelle était enfermée et tenue prisonnière en une tour du château de Beaulieu. Espérant s'en échapper, elle se jeta du haut en bas, et fut tellement blessée dans sa chute qu'elle ne put s'enfuir. Elle fut reprise, et menée à Beaurevoir, où elle fut captive jusqu'à ce que le siège de Compiègne fût levé. Alors messire Jean de Luxembourg la livra aux Anglais, qui la menèrent à Rouen, où longtemps elle fut tenue prisonnière.
Plusieurs ont dit et affirmé depuis que, à cause de la jalousie des capitaines de France, que secondait la faveur dont quelques-uns du conseil du roi jouissaient auprès de Philippe de Bourgogne et de messire Jean de Luxemboui^\ on trouva couleur de la faire mourir par le feu, à Rouen. On ne put relever contre elle aucun motif de condamnation, aucune faute, si ce n'est que, durant toutes les conquêtes ci-dessus racontées, elle avait porté un vêtement qui n'était pas celui de son sexe.
1. Ces accusations si graves du chroniqueur seront discutées lorsque toutes les pièces auront été produites.
ET