SES CHAPITRES SUR LA PUCELLE
Une notice sur Thomas Basin, évoque de Lisieux, a été donnée dans le volume la Pucelle devant r Église de son temps^^ à propos du Mémoire que ce prélat a composé pour la réhabilitation.
Les chapitres qui vont être reproduits sont tirés de son Histoire de Charles VII. Cette histoire a été écrite à Utrecht, cinquante ans après les événements, dans le long exil auquel Louis XI condamna Basin. N'ayant pas été signée par son auteur, elle a été longtemps attribuée à un certain Amelgard, dont, d'ailleurs, Ton ne sait rien. Quicberat a eu rhonneur de la restituer à son véritable père ; il a donné une édition en quatre volumes des œuvres de Thomas Basin ; c'est là qu'est pris le texte dont on va lire la traduction.
L'évùquc de Lisieux a dû écrire son Histoire d'après ses souvenirs personnels. Quoique contemporain des faits, s'il en connaît la substance, il est peu exact dans les détails, du moins pour l'histoire de Jeanne d'Arc. A ce point de vue, loin de dire comme Siméon Luce, qu'il est, avec Pie II, celui qui a écrit avec plus de justesse sur la Pucelle, il est vrai d'affirmer qu'il n'y a pas de chroniqueur contemporain de l'héroïne qui ait commis autant d'erreurs sur le matériel des faits.
Ainsi il fait conduire Jeanne à Chinon par Baudricourt ; elle aurait attendu trois mois avant d'ôtre admise en présence du roi ; la première bastille emportée à Orléans aurait été le fort des Tourelles; c'est de Charles Vil que serait venue l'initiative du voyage pour le sacre à Reims et le couronnement à Saint-Denis ; Basin place après l'attaque contre Paris, la campagne dans llle-de-France et la soumission de Compiègne, de Senlis, de Beauvais ; il n'a pas l'air de soupçonner ce qui a fait échouer cette attaque qu'il insinue avoir été imprudente.
Toujours attaché de cœur à la cause nationale, ayant beaucoup contribue à la conquête de Normandie, le prélat normand fut assez réservé et assez
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prudent pour vivre honoré sous la domination anglaise, puisqu'il fut d'abord professeur à l'Université de Caen fondée par Bedford, et élevé ensuite sur le siège de Lisieux. On s'explique par là qu'il n'ait connu, et surtout qu'il ne se soit rappelé, lorsqu'il écrivait, que le gros des faits. Quoique après le recouvrement de Rouen il ait eu en mains le procès de condamnation, il n'avait cependant sous les yeux que le questionnaire de Pontanus, lorsqu'il composait son Mémoire pour la réhabilitation ; c'est ce qu'il déclare lui-même. Il ne connaissait pas les informations faites à Domrémy et à Orléans, qui sont postérieures à son écrit.
Malgré les nombreuses inexactitudes des détails, les pages de Basin sur la Pucelle ont de la valeur pour des points plus importants. Il tenait de Dunois la révélation des secrets : la source est excellente ; Basin insiste sur ce point et donne de précieux développements sur la durée du premier entretien et l'impression du roi; il insiste encore sur la terreur que la Pucelle ne cessa d'inspirer aux Anglais. Vivant parmi eux, il avait été bien en état de la constater. L'on n'a rien de meilleur dans les Chroniques sur l'inique procès. La passion des juges, Tadmiration provoquée par les réponses de l'accusée, le tableau de sa vie angélique, Tinjustice de la condamnation, sont autant de témoignages précieux à recueillir de la part d'un personnage aussi grave que Thomas Basin.
Son appréciation de la vie de la Pucelle , modérée de forme, entourée
des restrictions nécessaires pour ne pas blesser les susceptibilités toujours
vivantes des Anglais et plus encore des Bourguignons, ne laisse pas de
doute sur la conviction où était Tévèque de la divinité de la mission de
la Pucelle, alors surtout qu'on rapproche son appréciation de celle qu'il
émet dans son Mémoire, où il déclare qu'elle lui paraît presque évidente.
Parmi les multiples réponses qu'il donne à ceux qui se scandaliseraient
de la fin de la céleste envoyée, il faut noter celle qu'il tire de l'ingratitude
du roi et de la nation, et de la corruption des mœurs de l'époque.
Basin, qui avait vécu en Italie, était dans le mouvement de laRenaissance. U vise dans son style à la période cicéronienne, qui en histoire ne favorise pas l'exactitude, pas plus qu'elle n'est un signe de sincérité, quoique celle de Basin nous semble à l'abri du soupçon.