‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 104 sur 327 · DÉLIVRANCE D'ORLÉANS ET CAMPAGNE DE LA LOIRE · texte numérisé non relu

DÉLIVRANCE D'ORLÉANS ET CAMPAGNE DE LA LOIRE

Sommaire : 1. —La Pucelle veut délivrer Orléans. — D'après Basin elle aurait commencé par 1 atla(iue des Tourelles. — Conimeiit, d'après lui, elle s'en serait emparée. — (ilacidas et ses compagnons tués, brûlés, noyés. — (lourage des Français. — La terreur précédente du nom anglais changée en une vaillante hardiesse de les expulser. — Les ennemis fuient après quelques nouveaux succès des Français. — Le nom de la Pucelle célébré dans la France entière. — H glace les Anglais d'épouvante.

11. — Les Français ranimés s'emparent de Jargeau. — Abandon de Meung et de Baugency et fuite des Anglais. — Les Français à leur poursuite. — Victoire de Palay et ^es suites. — Fastolf.

Les ennemis campaient devant Orléans, retranchés dans leurs constructions, comme dans autant de six ou sept très fortes citadelles. La Pucelle résolut de les attaquer. Les assiégés, pour lesquels leurs remparts étaient comme les murs d'une vaste prison, se trouvaient réduite aux tourments de la faim : Jeanne résolut de mettre im terme à leur^ misères. Les soldats obéissent à sa voix comme à la voix du Ciel; elle—

même remplit parmi eux Toffice de général et d'intrépide soldat. Tous ensemble, ils attaquent la très forte bastille située à Textrémité du pont, du côté opposé à la ville. Elle était réputée la plus forte, tant par la valeur de ses défenseurs que par les ouvrages qui la protégeaient. La Pueelle y pénètre. Elle met le feu au bas de la tour ; la fumée et la Ûamme atteignent ceux qui, à la partie supérieure, s'obstinent à la défense. Ils sont forcés de pourvoir à leur salut, en se précipitant en bas, ou en se laissant glisser le long de cordes. De ce nombre fut ce vaillant Glacidas auquel, ainsi que nous Tavons dit, Salisbury avait confié toute la conduite du siège. Tandis qu'il s'efforçait de fuir la violence de la fumée et du feu, il se noya dans les eaux de la Loire, dont les flots entouraient le pied de la tour. Tous les autres périrent également par le feu. par le fer, ou emportés par le courant du fleuve.

Après cette victoire, les Français, persuadés que ce qui restait, de soi moins difficile, serait, avec le secours de Dieu, parachevé sous la conduite et la bannière de la Pueelle, dirigent leur forces et leurs attaques contre les autres bastilles anglaises, de Tautre coté de la ville et sur l'autre rive du fleuve. Ils sont remplis d'entrain et de courage. Précédemment le nom des Anglais les remplissait d'un tel effroi que non seulement ils n'osaient pas les attaquer, mais pas même les attendre, encore qu'ils fussent supérieurs en nombre et en force, et l'on pouvait pousser le cri d'étonnement de Moïse dans son cantique : Comment un seul en poursuit-il mille^ et deux dix mille ! et sous la conduite et l'étendard de la Pueelle, ils se jettent sur les bastilles et les fortifications anglaises les moins accessibles ; ils y pénètrent, et comme sansefl'ort ils accomplissent en face des ennemis les entreprises les plus ardues et les plus magnifiques.

Deux ou trois bastilles prises, ceux qui les défendaient taillés en pièces ou dispersés, ceux qui sont restés dans les autres fortifications les abandonnent ou cherchent leur salut dans la fuite. Le camp des Anglais est pillé ; les bastilles, lieux de leur habitation, bâties en pierres et en bois, à rinstar des forteresses et des châteaux, sont toutes livrées aux flammes ; et ainsi la ville en proie depuis longtemps aux souffrances et aux privations de la disette de vivres, grâce à la miséricorde divine, est délivrée sous la conduite de Jeanne, de ses maux et de ses périls.

Les Anglais échappés du siège se dispersent en diverses forteresses et en divers lieux. Le nom, la renommée de la Pueelle, que dès lors la France entière célébra d'une seule voix, leur avait inspiré un tel effroi qu'ils semblèrent avoir perdu tout espoir de se défendre, et ne voir de salut que dans la fuite. Dès lors la pointe de fer des flèches anglaises, comme émoussée, ne pénétra plus comme précédemment ; dès lors le

cours de la fortune sembla changé ; dès lors les affaires des Français ruinées se relevèrent et firent espérer un avenir meilleur ; celles des Anglais, jusqu'alors si prospères, allèrent toujours en déclinant. Le seul nom de la Pucelle répandit dès lors une telle terreur dans leurs âmes que plusieurs ont affirmé par leur grand serment, que l'entendre, voir Tétendard qu elle portait, suffisait pour qu'ils n'eussent plus comme auparavant force et courage de résister, de bander leur arc, de lancer leurs traits contre Tennemi, de le frapper de leur glaive '.

Et parce que, comme le chante le poète, la victoire double ordinairement les forces, que le succès agrandit le courage, les Français réconfortés par ces victoires songèrent, sous la conduite de Jeanne et du comte de Dunois, le premier de l'armée française, comme général et comme soldat, songèrent à recouvrer les forteresses voisines et les places des rives de la Loire. La place de Jargeau, où plus de huit cents Anglais s'étaient retirés, succomba devant leurs attaques et leur assaut. Ceux qui s'y trouvaient furent tués ou faits prisonniers. Le comte de SufFolk fut pris et son frère le sire de la Pôle fut tué.

Cette nouvelle défaite, venant après celle d'Orléans, persuada aux Anglais qu'ils ne pouvaient pas défendre les autres places, telles que Mcung et Baugency. Les abandonnant aux Français qui les occupèrent, ils réunirent, comme ils le purent, les débris de leur armée, et se mirent à hâter leur retraite à travers la Beaucc vers Chartres et la Normandie, instruits à leurs dépens que les rives de la Loire n'étaient plus désormais pour eux un lieu où ils pussent s'arrêter en sûreté.

Cette retraite n'échappa pas aux Français, dont la hardiesse et les forces croissaient chaque jour avec les faveurs de la fortune. Les succès du présent agrandissant leurs espérances pour l'avenir, ayant pour chefs principaux la Pucelle et le comte de Dunois, et au second rang les nombreux capitaines des hommes d'armes du roi, ils résolurent de poursuivre les Anglais, et, si c'était en leur pouvoir, d'anéantir leurs forces. Il leur semblait que c'était de nouveau s'exposer à leurs coups, s'ils les laissaient déjà vaincus, fugitifs, presque morts de frayeur, découragés par tant de défaites, se retirer librement à travers ces spacieuses campagnes de la

i. Tantus cninicx solo Puellu3 nomiiiecorumanimispavor incesserat, ut sacramento inagno eorum pluriini iimiarent, quod, solo eo audito, aut ejus conspectis signis, neo reluctamli vires aniinuinque, vel arcus extentendi et jacula in hostes torquendi seu feriendi, uti soliti per prius fuerant, ullomodo assumere possent. (P. 72.)

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Beauce, s'ils leurpermettaient par leur lâcheté de regagner leurs surs abris. Us les poursuivent donc et les atteignent dans une vaste plaine près de la ville connue sous le nom de Patay. Une fois venus aux mains, les vaincre ne fut pas une affaire ; beaucoup furent tués, nombreux furent les prisonniers, le reste dut son salut à la fuite. Le seigneur Talbot, comte de Chérosbéry, fut fait prisonnier, et de nombreux chevaliers anglais le furent avec lui. Le sire Jean Fastolf, chevalier anglais, capitaine d'une compagnie anglaise, échappa par la fuite ; ce qui ne fut pas pour lui auprès des Anglais le sujet de petits affronts, et d'un médiocre opprobre.

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