AVANT ET APRÈS LE SACRE
SoMyAiRE: D'après Basin, c'est du roi que serait venue la résolution de se faire sacrer à Reims, et couronner à Saint-Denis. — Rôle qu'il prête à Léguisé, évéque *de Troyes. — Sacre à Reims ; couronnement à Saint-Denis. — Manière dont il raconte Tattaque contre Paris. — Raisons qu'il donne du départ de Paris. — 11 place après l'attaque de Paris la campagne de l'Ile-de-France.
Après tant de succès pour la cause française, après un tel revirement de fortune, tant de prospérité et de bonheur à la suite de calamités voisines du désespoir, après une telle révolution, il était bien permis de dire : Pareil changement est T œuvre de la droite du Très-Haut, Charles, roi des Français, n'était pas encore sacré d'après le rite des rois Très-Chrétiens de France ; il n'avait pas ceint le diadème royal et la couronne, parce que Reims où les rois sont sacrés, Paris et la petite ville de Saint-Denis où ils sont couronnés, étaient au pouvoir des Anglais.
Réunissant des troupes de toutes les parties du royaume soumis à son
obéissance, et formant une grande armée, Charles résolut de se rendre
è Reims, pour s'y faire sacrer, de venir à Paris et à Saint-Denis pour y
être couronné solennellement, comme l'avaient été ses ancêtres et ses
pères. Il aborde Troyes-en-Champagne, par les soins et sur le conseil de
Jean Léguisé, homme d'éminente intégrité et d'éminente sagesse, qui en
occupait la chaire épiscopale, et gouvernait cette Église avec fermeté et
dignité; il y est reçu sans obstacle et avec joie ; il gagne Châlons et Reims ;
ces villes et presque toute la Champagne se mettent d'elles-même sous
son obéissance ; il est triomphalement oint de Thuile sainte et sacré à
Reims au milieu des transports d'allégresse des Français. Jeanne la
Pucelle n'a pas quitté l'armée royale, portant son vêtement d'homme,
l'armure et la bannière de guerre dont il a été déjà parlé.
Le roi qui voulait parcourir les autres villes de son royaume, les lieux et les provinces occupés par Tennemi, et surtout visiter sa très insigne capitale, Paris, et Saint-Denis où il devait recevoir le diadème et le sceptre royaux, résolu qu'il était de monter sur son trône, le roi vient avec son armée à Saint-Denis. Il eût été inutile de vouloir résister à une telle puissance ; il y entre paisiblement et il y est couronné, ainsi que Tétaient les nouveaux rois.
Durant le séjour de quelques jours qu'il y fait, Paris est sommé et pressé de recevoir son roi, de lui donner entrée, et de lui faire obéissance comme au légitime souverain. Le duc de Bedford s'y trouvait, ayant à sa disposition de puissantes milices anglaises et bourguignonnes. Les sommations et les instances sont un sujet de mépris et de dérision. Les Français indignés de ces outrages, ayant quelque espérance que les citadins, bien supérieurs en nombre et en force aux Anglais et aux Bourguignons, seconderaient leur tentative et leur dessein, tentent une attaque contre la ville. Ils commencent l'assaut, entrent dans les fossés. La Puceile est dans leurs rangs, bien plus à leur tête, avec le duc d'Alençon, de nombreux capitaines royaux, et de nombreux chefs de milice. Sur les murs se trouvaient en rangs très serrés des défenseurs prêts pour repousser l'attaque, qui, avec des pierriers, des canons, des balistes et autres machines de traits, opposent la plus ferme résistance. Beaucoup, parmi les assaillants, sont tués ou blessés ; Jeanne la Puceile elle-même est blessée à la cuisse par un projectile. Après une tentative frustrée et inutile on sonna la retraite, et les Français rétrogradèrent, non sans perte et sans déshonneur.
Après cette affaire un peu témérairement engagée et sans résultat, les Français se trouvaient à Saint-Denis, presque entourés par les ennemis qui occupaient les forteresses et les cités voisines ; ils sentaient disette de vivres et des autres choses nécessaires à la vie. Aussi le roi se retira-t-il avec son armée vers Senlis, qui était au pouvoir des Anglais. Pour défendre cette ville, le duc de Bedford, ayant promptement rassemblé de nombreuses troupes d'Anglais, se hâta d'accourir. Il établit son camp près d'étangs et de marais qui le protégeaient, et faisaient que l'approcher était difficile, et non sans périls. Il y resta quelques jours comme assiégé par l'armée française, sans juger avantageux d'offrir la bataille ; il finit par se dérober la nuit avec ses Anglais pour rentrer dans Paris. Après son départ, Senlis se donna au roi ; c'est ce que firent aussi Compiègne, Beauvais, Laon, Soissons, Sens, et, bientôt après, toutes les places et forteresses n'ayant pas de garnisons, ou n'en n'ayant que d'inférieures en nombre et en force au nombre et aux forces des bourgeois et des habitants.
[... Basin raconte ensuite l'occupation momentanée de Chartres, de Louviers, la venue du roi d'Angleterre en France, et reprend après Thisloire de la Pucelle.]