Chronique f liv. Il, ch. xlii
de la somme promise pour faire retirer les Anglais qu'il avait eu le tort d'appeler.
Le duc d'Alençon n'épargnait rien pour parfaire la rançon qu'il avait promise à la suite de sa prise à Verneuil.
Le duc de Bourbon, prisonnier lui aussi depuis Azincourt, non seulement signait le traité de Troyes pour voir tomber ses fers ; il acceptait des conditions si dures que son fils et ses sujets se déclaraient impuissants à les remplir.
Ce fils, Charles, comte de Clermont, était, dit Chastellain, le plus agile corps de France, un Absalon, un autre Paris, très facondeux; il n'en était point pour cela plus utile à la couronne*. Pour renverser La Trémoille il avait pris les armes en 1428, et, par sa vaine susceptibilité, fait perdre la journée des Harengs. Beau-frère du duc de Bourgogne, il était mêlé à d'interminables négociations, qui n'avançaient rien.
Jacques, comte de la Marche, d'une branche cadette de Bourbon, avait
commencé par être Bourguignon ; il avait épousé en secondes noces
Jeanne U, reine de Naples ; s'était échappé de la prison où sa femme l'avait
enfermé ; il était en disgrâce auprès de La Trémoillecontre lequel son gendre,
le comte de Pardiac, avait pris les armes avec Charles de Bourbon, et le
Connétable. C'était pourtant un saint que ce comte de Pardiac, dont
Chastellain trace le portrait suivant, qu'on est heureux de pouvoir
opposer aux laideurs dont est remplie cette abominable époque : « Il
allait à Téglise plus modeste qu'une épousée; sur la terre nue se mettait
à genoux devant le crucifix, les yeux en terre, les mains au ciel... En sa
famille il n'y avait nul homme dissolu, nul jureur, nul vivant de rapine...
nul de vicieuse et déshonnête conversation... Quotidiennement, à l'heure
du repas, il s'asseyait emmi eux, faisait lire la Bible, livres de doctrine
et de moralité, livres de fruit et de* perfection, et s'y faisait plus en sa
maison qu'en un réfectoire de Chartreux... Nulle défaillance de justice,
mais toute contendance à vertu, et à l'amour de Dieu, par despection, ce
me semblait, de la gloire et vanité du monde^. » Il fallait bien que le
devoir fût difficile à voir, non moins qu'à accomplir, pour qu'en juillet
1428, ce digne personnage, dans le but de renverser La Trémoille, ait
cru pouvoir marcher, à la suite de Richemont, contre le roi lui-même.
Ajoutons encore qu'il a été question d'instruire la cause de canonisation
de ce Jean d'Orléans, comte d'Angoulême, dont la captivité vient d'être
mentionnée. C'est l'aïeul de François P'.
Louis de Bourbon, comte de Vendôme, frère de Jacques de la Marche, devait combattre auprès de la Pucelle.