Vrocè$, t. IV, p. 234-250 et t. V, p
nonobstant la détermination faite par Messieurs de TUniversité de Paris, lesquels, par flatterie, et pour complaire au roi d'Angleterre, la déclarèrent hérétique, contre Topinion de défunt notre mattre Jean Gerson, chancelier de Notre-Dame de Paris, si savant et si sage, comme ses œuvres le montrent, et en font le jugement. Laquelle opinion, avec les raisons qui Je meuvent à être contre Topinion de ladite Université, sont écrites ci-après *, par lesquelles on pourra voir là où il y a plus d'apparence de vérité et de bon jugement.
Et pour retourner à mon propos de parler de la Pucelle, sa renommée croissait tous les jours, parce que les affaires du royaume venaient toutes à bonne fin, et que ledit seigneur {le roi) ne manquait jamais de venir à chief [à bout) de toutes les entreprises qu'il faisait par le conseil de ladite Pucelle. Aussi elle avait l'honneur et la grâce de tout ce qui se faisait ; ce dont quelques seigneurs et capitaines, ainsi que je le trouve par écrit, conçurent grande haine et envie contre elle ; ce qui est chose vraisemblable et assez facile à croire, attendu ce qui advint assez tôt après.
En effet, étant à Lagny-sur-Marne, elle fut avertie que le duc de Bourgogne et grand nombre d'Anglais avaient mis le siège devant la ville de Compiègne, qui, il n'y avait pas longtemps, s'était réduite en l'obéissance du roi. Elle partit avec quelque nombre de gens d'armes qu'elle avait avec elle, pour aller secourir les assiégés dudit lieu de Compiègne, où sa venue donna grand courage à ceux de la ville.
Un ou deux jours après son arrivée, quelques-uns de ceux qui élaicnl dedans firent Tenlreprise de faire une saillie sur les ennemis. Et combien qu'elle ne fût pas d'opinion de faire cette saillie, ainsi que je l'ai vu en quelques Chroniques, toutefois, pour ne pas être notée de lâcheté, elle voulut bien aller en la compagnie ; ce dont il lui prit mal ; car, ainsi qu'elle combattait vertueusement contre les ennemis, quelqu'un des Fran(^ais fit signe de la retraite; par quoi chacun se hâta de se retirer. Et elle, qui voulait soutenir l'effort des ennemis pendant que nos gens se retiraient, quand elle vint à la barrière, elle trouva si grande presse qu'elle ne put entrer dedans ladite barrière ; et là elle fut prise par les gens de Monseigneur Jean de Luxembourg, qui était au siège avec ledit seigneur le duc de Bourgogne.
Quelques-uns veulent dire que quelqu'un des Français fut cause de l'empêchement [qui fit] qu'elle ne se pût retirer; ce qui est chose facile à
1. Dans Tanalyse du procès de réhabilitation, qui ne sera pas reproduite, puisque l'opuscule de Gerson a été traduit dans la Pucelle devant VÉglise de son temps (p. 20 et suiv.). Gerson a écrit son traité De Puelld plus d un an avant queTUniversité se fût prononcée ; il était alors exilé de Paris, et dans la plus entière disgrâce de la corpi>ratioo.
L*ABRÉVUTEUR DU PROCÈS. 283
car Ton ne trouve point qu'il y eut aucun Français, au moins e de nom, pris ou blessé en ladite barrière*. Je ne veux pas dire la soit vrai, mais, quoi qu'il en soit, ce fut grand dommage pour )t le royaume, ainsi qu'on en peut juger par les grandes victoires et ^tes qui furent faites en si peu de temps qu'elle fut avec le roi. ^ucelle ayant été prise par les gens de Luxemboui^ en la manière dite,icelui Luxembourg la fît mener au château de Beauvois(£«au-
auquellieu il la fît garder bien soigneusement de jour et de nuit, ju'il craignait qu'elle n'échappât par art magique, ou par quelque aanière subtile.
s cette prise, le roi d'Angleterre et son conseil, craignant que la i échappât par rançon ou autrement, firent toute diligence pour aire remettre. A cette fîn, le conseil envoya plusieurs fois vers le Bourgogne et Jean de Luxembourg; à quoi icelui de Luxembourg ait entendre, et il ne la voulait bailler à nulle fîn ; ce dont le roi îterre était fort mal content. C'est pourquoi il assembla son con- Lsieurs fois pour aviser ce qu'il pourrait faire pour l'obtenir. i la fîn il lui fut conseillé de mander l'évêque de Beauvais, auquel montrer que la Pucelle usait d'art magique et diabolique et qu'elle Srétique ; qu'elle avait été prise en son diocèse et qu'elle y était lière, que c'était à lui à en avoir connaissance et à en faire justice ; 1 devait sommer et admonester ledit duc de Bourgogne et ledit îmbout^ de lui rendre ladite Pucelle pour faire son procès, ainsi t ordonné aux prélats par disposition du droit de faire le procès les hérétiques; en offrant de payer la somme raisonnable qu'il rouvé devoir être payée pour sa rançon. Laquelle chose, ledit après plusieurs remontrances, accorda de faire après conseil, s'il t qu'il dût et pût le faire*.
>ur ce, il se conseilla de Messieurs de l'Université de Paris, qui l'opinion qu'il pouvait et devait le faire. Pour complaire au roi terre', ils accordèrent audit évêque qu'ils écriraient de par •sîté de Paris à Jean de Luxembourg qui tenait la Pucelle prison l'il la devait livrer pour son procès, et que, s'il faisait le contraire,
uestion de la prise de Théroïne sera discutée, lorsque toutes les pièces auront
lites.
chon n'eut pats de tergiversations, quoiqu'il ait cherché à se couvrir de l'Uni-
i se soit fait gronder par elle pour ses délais. Il semble qu'il a été au camp
. prise : sûrement il y vint promptement.
poursuites de l'Université contre Jeanne furent spontanées.