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L'an dessus dit, le treizième jour d'octobre, le comte de Salisbury arriva au Portereau d'Orléans et le siège fut posé. La nuit fut brûlé et abattu le monastère des Augustins, pour que les Anglais ne s*y logeassent pas. Icelui Salisbury ne tarda guère à donner Tassant audit Portereau, c'est à savoir au boulevard du bout du pont, qui n'était fait que de fagots; l'assaut dura de quatre à cinq heures ; et y furent blessés Monseigneur de Xaintrailles et Guillaume de La Chapelle qui étaient capitaines ; et la défense fut telle que les assaillants ne purent rien faire ce jour. Et puis après il arrivèrent par-dessous ledit boulevard, et ainsi il fut arrêté qu'il était expédient de l'abandonner.
Le dimanche qui suivit, l'assaut fut donné aux Tourelles devers le matin, et à cette heure ils n'y firent rien. Et en ce même jour, environ deux heures après midi, Salisbury recommença l'assaut, et de fait il prit les Tourelles ; car il n'y avait homme d'armes qui osât s*y tenir, à cause de la force des bombardes et canons que tiraient les Anglais. Les Tourelles prises, le comte de Salisbury monta au plus haut étage, et se mit à une fenêtre devers la ville pour voir le pont qui était très bien armé. Et à cette heure, de la ville partit im canon qui le frappa à la tête ; ce qui fut l'avancement de sa mort.
Quelques-uns disent que le canon partit de Saint-Antoine, les autres qu'il partit de Notre-Dame, et que ce fut un jeune page qui le fît partir ; et qu'il en soit ainsi {la preuve en est) que le canonnier qui avait la charge de ladite tour trouva le page qui s'enfuyait. Et aussi était-ce juste et raisonnable que ledit comte de Salisbury, ayant, comme il est dit plus haut, pillé l'église de Notre-Dame-de-Cléry, en fût puni par elle. Ainsi heurté et frappé, le comte de Salisbury fut porté à Meung-sur-Loire par quelques Anglais, et là il mourut.
Ce voyant, les capitaines levèrent en partie leur siège, laissèrent cinq à six mille [sic) combattants aux Tourelles et se retirèrent à Paris qui, pour lors était anglais, et ils ordonnèrent un nommé Tallebot {Talbot\ pour être leur chef. Les fériés de Noël, ils revinrent vers Saint-Loup pour remettre leur siège. Pendant ce temps ceux de la ville abattirent toutes les églises et maisons des faubourgs; ce qui fut un grand moyen de conservation * pour la ville d'Orléans à l'enconlre des Anglais.
Environ le carême-prenant, vinrent nouvelles que Monseigneur deBour-
1. Le manuscrit du Vatican a écrit: ce qui fut une grande consolation^ non-sens manifeste qui disparait dans le manuscrit de Saint-Pétersbourg où on lit : grande conservation.
de France, et plusieurs autres capitaines, et aussi [des soldais] des communes DU PAYS d'en BAS, ct il lui fut ordouné d'amener vivres et artillerie. Ils vinrent par la Saulogne [Sologne)^ passsërent par Olivet ou près, et arrivèrent jusqu'à TIle-aux-Bourdons, qui est devant Chécy. Ceux d*Orléans sachant qu'elle venait furent très joyeux; ils firent préparer des chalands en grand nombre. La rivière était alors à plein chantier, et aussi le vent quittait contraire se tourna d'aval \ tellement qu'un chaland menait deux ou trois chalands ; qui était une chose merveilleuse, et fallait dire que c'était un miracle de Dieu. Ils passèrent par-devant les bastilles des Anglais et arrivèrent à leur port ; et là chargèrent leurs vivres, et puis la Pucelle passa la rivière. Là étaient présents Monseigneur de Dunois, La Ilire et plusieurs autres seigneurs ; et ils vinrent par-devant la bastille de Saint-Loup où étaient les Anglais.
La Pucelle arriva à Orléans, et fut logée près de la porte Regnart; et de son logis elle pouvait voir tout le siège. Et il est à savoir que ceux d'Orléans étaient bien joyeux.
Et pendant ce temps Mgr de Rais, et les autres capitaines que la Pucelle avait amenés ', retournèrent à Blois quérir d'autres vivres.
La Pucelle étant à Orléans, elle alla par deux ou trois fois sommer les Anglais qu'ils s'en allassent en leur pays, et que le roi du Ciel le leur mandait, et ils lui dirent plusieurs injures, et entre les autres Glacidas, auquel elle répondit qu'il mentait de ce qu'il lui disait, et qu'il en mourrait sans saigner. Ainsi fit-il comme sera déclaré ci-après ; et Jeanne la Pucelle prenait en bonne patience les injures que les Anglais trouvaient bon de lui dire et de lui faire.
Et après, elle s'en alla à l'église Sainte-Croix, et là elle parla à Messire Jean de Mascon, docteur, qui était un très sage homme, lequel lui dit : (( Ma fille, ôtes-vous venue pour lever le siège ?» A quoi elle répondit : « En nom Dieu^ oui ». « Ma fille, dit le sage homme, ils sont forts et biea fortifiés, et ce sera une grande chose que de les mettre hors ». La Pucelle répondit : « Rien n'est impossible à la puissance de Dieu ». Et en toute la ville elle ne fit honneur à aucun autre.
Le mercredi quatrième jour de mai l'an vingt-et neuf, la Pucelle partit pour aller au-devant des autres vivres qu'amenait le sire de Rais. Allèrent