CAMPAGNE DE LA LOIRE. — LETTRE DES SEIGNEURS DE LAVAL
rives, en amont et en aval d'Orléans. Le titre de généralissime fut conféré âu duc d'Alençon, mais avec Tordre, auquel il fut fidèle, de se conformer 2i la direction de la Pucelle. On fit un appel aux seigneurs qui s'étaient dispersés à la suite de la délivrance d'Orléans ; on convoqua ceux qui xi'avaient pas été présents. Si, comme le disent quelques Chroniques, l'appel fut adressé au Connétable, il n'a pu partir que du duc d'Alençon «t nullement de la cour. Le rendez- vous général semble avoir été fixé dans les environs de Romorantin et à Orléans.
La lettre suivante, un des documents les plus délicieux de l'histoire de la Pucelle, va nous montrer l'armée en formation, et nous dira l'impression produite par la Céleste Envoyée. Elle est due à deux jeunes seigneurs, encore dans la fleur de leurs années, aux deux frères Guy et André de Laval, destinés, le plus jeune surtout, à des rôles brillants dans la suite. André, seigneur de Lohéac, occupe un rang des plus honorables dans les Chroniques du xv* siècle.
Il avait été fait chevalier à la journée de la Gravelle en 1423, h Tàge
c)edouze ans; il en avait par suite dix-huit en 1429, et Guy, son aîné, ne
devait guère dépasser la vingtaine. Leur père était Jean do Monlfort,
seigneur deKergolay. 11 avait épousé, en 1401, Anne de Laval, unique
liéritière de cette maison, et s'était engagé à en prendre le nom et les
ônnes. Il était mort à Rhodes en 141S, en revenant d'un pèlerinage à
''^i^iisalem. Anne de Laval, restée veuve de bonne heure, éleva vail-
'^«aament ses trois fils et ses deux filles, qui contractèrent de hautes
^'lîances. La lettre elle-même nous diraqueJeanne, enl429, étaill'épouse
^^ Xouis de Vendôme, qui l'avait épousée en secondes noces. Or c'est la
P^^stérité de Louis de Vendôme qui devait un jour occuper le trône de
** ■*^nce. C'est de Louis de Vendôme que descend la maison de Bourbon,
^"^ i arriva au trône avec Henri IV.
t-»8 mère d'Anne de Laval, la grand'mère des deux frères, h laquelle ^ lettre est aussi adressée, était Tobjet particulier des sympathies de la ératrice, comme le prouve le petit anneau d'or qu'elle lui avait déjà "oyé, ainsi qu'on le verra. Jeanne honorait probablement en elle le venir de Du Guesclin. C'est qu'en effet elle avait élé la seconde femme héros mort sans postérité. Veuve du grand Connétable, elle avait, ^c dispense, épousé son cousin Guy de Laval K
Père Labbe imprimait cette lettre en d6ol dans son Abrégé f, et Denys Godefroy la reproduisait en 1661, dans ses Historiens ^^ Charles VIL C'est donc à tort qu'on attribue à ce dernier d'avoir été ^ l^remier à la publier. On la trouve dans de nombreux recueils.
* - AitsEuiE, 1. 111, p. 72.
« Mes très redoutées dames et mères, depuis que je vous écrivis de Sainte-Catherine-de-Fierbois, vendredi dernier, j'arrivai le samedi à Loches, et j'allai voir Monseigneur le Dauphin* au chastel, à Tissue des vêpres en Téglise collégiale. C'est un très bel et gracieux seigneur, très bien formé, bien agile et habile, de Tâge d'environ sept ans ; et illec {là) je vis ma cousine la dame de La Trémoille qui me fit très bonne chère*; et, comme on dit, elle n'a plus que deux mois à porter son enfant.
<c Le dimanche j'arrivai à Saint-Agnan ou était le roi ; j'envoyai quérir et je fis venir dans mon logis le seigneur de Trêves ; mon oncle s'en alla avec lui au chastel pour signifier au roi que j'étais venu, et pour savoir quand il lui plairait que j'allasse devers lui; j'eus réponse que j'y allasse sitôt qu'il me plairait ; il me fit très bonne chère, et médit moult de bonnes paroles. Et quand il allait par la chambre, ou parlait avec un autre, il se retournait chaque fois devers moi, pour me mettre en paroles sur quelque sujet : il disait que j'étais venu au besoin, sans mander et qu'il m'en savait meilleur gré, et quand je lui disais que je n'avais pas amené telle compagnie que je désirais, il répondit qu'il suffisait bien de ce que j'avais amené, et que j'avais bien pouvoir d'en recouvrer un meilleur nombre. Le sire de Trêves dit à sa maison, au seigneur de La Chapelle, que le roi et ceux de son entourage avaient été bien contents des personnes de mon frère et de moi, et que nous leur revenions bien ; il jura bien fort qu'il n'était pas mention que à aucun de ses amis et de ses parents qu'il eût, il eût fait si bon accueil, ni si bonne chère ; et, comme il disait, il n'est pas maître de faire bonne chère, ni bon accueil*.
Le lundi, je me partis avec le roi \ pour venir à Selles-en-Berry, à quatre lieues de Saint-Agnan ; le roi fit venir au-devant de lui la Pucelle, qui était de paravant à Selles. Quelques-uns disaient que cela avait été en ma faveur pour que je la visse. Ladite Pucelle fit très bonne chère à mon frère et à moi ; elle était armée de toutes pièces, sauf la tête, et tenait la lance en main.
« Après que nous fûmes descendus à Selles, j'allai la voir à son logis ; elle fit venir le vin, et médit qu'elle m'en ferait bientôt boire a Paris. Cela semble chose toute divine, de son fait, delà voir et de l'ouïr. Elle est partie de Selles ce lundi aux vêpres, pour aller à Romorantin, à trois lieues en