‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 141 sur 327 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Sommaire : I. — Lkttres annonçant les victoires remportées a la suite de la Plxellc.

— Lettre aux liabltanls de Narbonne. — Le double ravitaillement d'Orléans. — Prise de la bastille Saint-Loup. — Recouvrement de Vendôme. — Les espérances du roi; il demande des prières, des actions de grâces. — Avant Tenvoi de ces lettres, une suite de courriers annoncent les événements qui ont amené la délivrance d'Orléans.

— Les prouesses et les merveilles de la Pucelle sont, au dire de tous, au-dessus de toute louante. — Lettre au conseil delphinaL — Les merveilles accomplies le 18 juin par d*Alen<;on et les autres capitaines étant avec la Pucelle. — Invitation à la joie et à la prière. — Rcbauteau annonce de Lyon que Paris est soulevé contre TAuglais, et que, d'a[)rès Talbot, tout est perdu en France pour les envahisseurs. — Remarques sur ces lettres.

II. — Lettres d'anoblissement de Gly de Cailli. — La Pucelle anoblie dans la personne de Guy de Cailli pour lc([uel elle avait réclamé cette faveur. — La copie de ces lettres conservée par Peircsc. — Teneur : les bienfaits de Dieu présents à la mémoire de Charles. — Ils lui sont départis par Tinlermédiaire de la Pucelle. — Les mérites de la Vierge à son endroit sont inïinis, et au-dessus de toute récompense. — Les faveurs royales doivent s'étendre sur ceux qui la secondent. — Elle a signalé spécialement Guy de Cailli. — Guy de Cailli la reçue dans son château de Reuilly, lors-

. qu'elle allait entrer à Orléans. — 11 a été favorisé de l'apparition des anges qui conduisaient la Pucelle. — Son honorabilité, ses services. — Noblesse accordée ou renouvelée. — Divers privilèges. — Concession d'armoiries rappelant Tapparition des anges.

m. — Exemption d'lmpots concédée a Domrémy ct a Greix. — Vicissitudes du privilège.

— La Pucelle demande et obtient exemption d'impôts pour Domrémy et Greux. —

— L'original perdu. — Copie authentique. — Sa teneur. — En 1769, Tintendant de Lorraine, LaGalissière fait l'historique du privilège. — Par une anomalie singulière, Domrémy l'avait perdu, lorsque le village avait été cédé au Barrois, tandis que Greux, resté du domaine royal, en avait constamment joui. — Zèle avec lequel les rois le lui avaient maintenu. — A la réunion de la Lorraine à la France, Domrémy demaude très justement à être remis en possession de la faveur royale. — Absurde lin de nonrecevoir du conseil royal. — A l'avènement de Louis XVI, Domrémy renouvelle S4 demande, Greux demande confirmation du passé. — Dédaigneuse réponse et insoutenables prétextes allégués par d'Ormesson pour refuser la demande et la coniirmar tion. — Rien de plus odieux que Tanéantissement du privilège dans pareille circonstance. — 11 sera rétabli quand la France aura un gouvernement aimant sincèrement la Pucelle.

IV. — Letpres d'anoblissement de l\ Pucelle et de sa famille. — L'original en est perdu. — Les diverses copies. — Préférence donnée au texte de Hordal. — La Induction de ce texte. — Fautes des copies de 1562 et 1768. — Combien les lettres d'anoblissement de la Pucelle et de de Cailli s*écartcnt de la forme de semblables pièces. — La substance de ces dernières. — La fin différente. — Ordinairement la noblesse conférée à un seul et à sa postérité. — Combien celle de la Pucelle est étendue, encore que les nouveaux nobles n'aient d'autre titre que celui de lui être unis par le sang. — Les femmes nobles n'anoblissaient pas leurs enfants, c'est le contraire ici. — Pour être anobli, il fallait être de condition libre; la noblesse est

U UBÉRATRICE D'APRÈS CHARLES Vil. 3^

concédée ici, encore que les nouveaux nobles fussent peut-être d'une condition non libre. — Remarques sur cette incise. — Réfutation de ceux qui ri>ucî>5ent de la condition et de la pauvreté de la Libératrice. — Certaines assertions burles*ines. — Cest un trait de ressemblance de plus de la Libératrice de la France avec le Libérateur du genre humain. — 3!aniéres différentes dont le nom du p^re de la Pucelïe se trouve écrit. — Explications.

V. Ë.NLUÈRATIO.X d'aUTEES ACTES DE CbaELES VU E^l FATECa DE Ll PlŒLLZ.

Lettres annonçant ues victoires remportées a la suite de la Plc^lle.

Le roi annonçait aux ailles de son parti les succès obtenus par ses armes. Il doit exister encore dans les archives des villes bien des lettres royales faisant part des victoires qui faisaient sortir la France du tombeau. Écrites à la première nouvelle reçue, elles pouvaient parfois renfermer des inexactitudes.

On peut voir et toucher, aux archives de la ville de Narbonne. ainsi que nous Tavons fait nous-mêmes, grâce à Tobligeance du bibliothécaire, H. Texier, celle par laquelle Charles VÎI annonçait aux habitants de Narbonne la suite des incidents qui avaient amené la délivrance d'Orléans. Quicherat Tédita le premier, sur les indications de M. Félix Ravaisson. Il observe, d'après le contexte même, qu*elle a d& être écrite du soir du 9 mai au matin du 10, et qu'elle s'étend au fur et à mesure que les nouvelles arrivaient à Chinon. Voici cette lettre, légèrement rajeunie :

« De par le roi,

c< Chers et bien-aimés, nous croyons que vous avez bien vu les continuelles diligences par nous faites de donner tous secours possibles à la ville d*Orléans, assiégée depuis longtemps par les Anglais, anciens ennemis de notre royaume, et comment par diverses fois nous nous sommes mis en devoir de le faire, ayant toujours bonne espérance en Notre-Seigneur que finalement il y étendrait sa grâce, et ne permettrait pas une si notable cité et un si loyal peuple périr, ni choir en la sujétion et tyrannie desdits ennemis. Et parce que nous savons que, comme loyaux sujets, vous ne pourriez avoir meilleure joie et consolation que d*en voir annoncer bonnes nouvelles, nous vous apprenons que, à la merci de Notre-Seigneur dont tout procède, nous avons avitaillé à puissance {de forcé)^ bien et grandement par deux fois en une semaine, ladite ville d*Orléans, au vu et au su des mêmes ennemis, sans qu'ils aient pu y résister.

« Et depuis, c'est à savoir mercredi dernier, nos gens envoyés avec

ladit avilaillcmcnt, ensemble ceux de la ville, ont assailli Tune des plus fortes bastides des ennemis, c*est à savoir celle de Saint-Loup, laquelle Dieu aidant, ils ont prise et gagnée par puissance et par un bel assaut qui dura plus de quatre ou cinq heures. Tous les Anglais qui dedans étaient y ont été morts et tués, sans que des nôtres il y ait eu plus de deux personnes tuées, et encore que les Anglais des autres bastides fussent alors sortis pour la bataille, faisant mine de vouloir combattre, toutefois quand ils virent nos gens à leur rencontre, ils s'en retournèrent hâtivement sans oser les attendre. Et nos gens sont restés à ce poste en espérance de faire de plus grandes choses.

« D'autre part, nous venons présentement de recevoir des lettres de beau cousin de Vendôme, par lesquelles il nous fait savoir que son castel dudit lieu de Vendôme, auquel par la trahison d'un valet de la garnison les ennemis étaient de nouveau entrés, a été prestement recouvré par nos gens qui étaient en celle ville et sur les marches.

« Toutes ces choses bien considérées, nous avons bien confiance en la miséricorde de Notre-Seigneur, moyennant aussi la bonne diligence que nous entendons faire à poursuivre notre bonne fortune, que nos affaires viendront à bonne issue. Ce que nous voulons bien vous communiquer, sachant qu'ainsi vous le voudrez et désirez, vous priant et vous exhortant bien cordialement qu'en reconnaissance de toutes ces choses, vous veuillez par notables processions, prières et oraisons, bien louer et regracier notre Créateur, le requérant toujours de nous être en aide et de conduire nos affaires, car en vos bonnes prières nous avons bien grand espoir. Et en ce faisant vous ferez bien, et votre devoir, et nous vous en saurons très bon gré. Et aussi quand les autres nouvelles surviendront, nous vous les ferons toujours savoir.

« Depuis que ces lettres ont été faites, il nous est venu ici ua héraut^ environ une heure après minuit, qui nous a rapporté sur sa vie que, vendredi dernier, nos gens passèrent la rivière par bateaux à Orléans, et assiégèrent du côté de la Sologne la bastide du bout du pont. Le môme jour ils gagnèrent le logis des Auguslins, et le samedi aussi ils assaillirent le demeurant de ladite bastide, qui était le boulevard du pont, où il y avait bien vi** {600) combattants anglais, sous deux bannières et sous Tétendard de Chandos. Finalement, par grande prouesse et vaillance d'armes, moyennant toujours la grâce de Notre-Seigneur, ils gagnèrent toute ladite bastide. Tous les Anglais qui y étaient ont été morts ou pris. Pour ce, plus que devant, vous devez louer et regracier notredit Créateur, qui n'a pas voulu nous mettye en oubli de sa divine clémence. « Vous ne pourriez assez honorer les vertueux faits et les choses merveilleuses que ledit héraut, qui a été présent à tout, nous a rapportés, et

LA LIBftRATRICB DIAPRÉS CHARLES VII. 327

d'autres aussi, de la Pucelle, laquelle a toujours été en personne à rexécution de toutes ces choses \

<« Et, depuis encore, avant Tachèvement de ces lettres, sont arrivés devers nous deux gentilshommes qui ont été à la besogne, lesquels certifient et confirment tout, quant à la manière, et plus amplement que ledit héraut; et de ce ils nous ont apporté les lettres de la main du sire de Gaucourt. « En outre nous eûmes cedit soir certaines nouvelles que, après que nos gens eurent samedi dernier pris et déconfît la bastide du bout du pont, les Anglais qui étaient demeurés s'en sauvèrent le lendemain au point du jour, et ils délogèrent si hâtivement qu'ils laissèrent leurs bombardes, canons, artillerie et la plupart de leurs vivres et bagages. « Donné à Chinon le x' jour de mai.

« Signé : Charles.

« Contresigné : Bude. »

Toumay possède encore, comme Narbonne, Toriginal de la lettre par laquelle Charles VU, annonçait aux consaux {consuls) la délivrance d'Orléans. La voici, légèrement rajeunie* :

« De par le roi. Chers et bien-aimés. Parce que nous savons que plus grande consolation ne pouvez avoir que d'ouïr souvent du bien de l'état et prospérité de nos affaires, nous vous certifions qu'après que, par la grâce de Notre-Seigneur, nous eûmes fait ravitailler bien et grandement la ville d*Orléans ; ce qui fut vers le commencement du présent mois ; nos gens qui firent ledit avitaillement, assaillirent les Anglais étant en une bastide appelée la bastide Saint-Loup, devant ladite ville d'Orléans ; iN prirent icelle d'assaut et de force, et furent tués tous les Anglais qui dedans étaient. Et l'autre jour ensuivant, ils passèrent la rivière de Loire du coté de la Sologne; ils assaillirent aussi certaine autre très fort'.' bastide que lesdils Anglais avaient faite au bout du pont d'icelle ville: et finalement, moyennant la grâce et le bon aide de Notre-Seigneur, iK la gagnèrent comme l'autre, et es dites deux bastides, il y a eu de i^pi à huit cents tant morts que prisonniers, et presque tous sont rnortn. La nuit suivante, le demeurant des Anglais étant es autres ba.%tide5^ désemparèrent {en soriireni) et s'enfuirent tous, abandonnant leur artillerie et tous leurs vivres et autres biens, et par ainsi le si^e fut levé, ^r layille, la merci Dieu, est demeurée en sa franchise et liberté.

1. « Et ne pourriez assez honorer les Tertneuz laits et cfacr»e^ tn^rré^lU^*^*. qiK M*f liéraot qui a été présent, nous a tout rapporté, ei autres aa«iî <i^ U P v^l>, UqtMU. a toujours été en personne à rexécution de toutes ces dK/*<:^. *

2. WA3iiNC5iBMOEK, ExtrmU ûmil^tif£ues dt$ miâeM rtgUlrei *U Vi xiiU ^ r^/u/mey, t, (^ p. 329.

« Pour poursuivre notre bonne fortune, nous mettrons sus toutes nos forces, en espérance, Dieu devant*, de recouvrer les passages qu^occupent encore nos ennemis, et de faire au surplus ce que Dieu nous conseillera.

« Auxdits exploits a toujours été la Pucelle, laquelle est venue vers nous, ainsi que toutes ces choses pourrez savoir plus à plein par le porteur de cette lettre, un clerc et serviteur de notre ami et féal conseiller et chambellan, le sire de Gaucourt.

« Donné en notre châtel de Loches le xxii* jour de mai. »

Des actions de grâce, des réjouissances furent célébrées pour la délivrance d*Orléans dans tous les pays soumis à Charles VU. Des processions annuelles furent établies dans plusieurs villes pour perpétuer le souvenir de l'événement.

On possède la lettre par laquelle Charles VII annonce la victoire de Patay aux habitants de Grenoble. En voici la teneur, telle qu'elle est donnée par le Bulletin de F Académie Delphinale*. Ce spécimen pourra faire juger de la difficulté que présenteraient nos pièces, si elles étaient reproduites sans rajeunissement d*aucune sorte. La lettre par laquelle Rebauteau annonce de Lyon les mêmes événements, prouve le fonds que Ton faisait sur un soulèvement de Paris contre les Anglais.

Lettre de Charles VII au Conseil delphinal de Grenoble

(En date du 19 juin 1429).

« A nos amés et féaux les gens de notre Conseil du Dauphiné.

« De par le roy,

« Nos amez et féaulx, pour ce que nous savons que prynez plaisir à ouïr souvent de la prospérité des affaires de nous et de notre royaulme, nous vous signifions que hyer qui fut sabmedy xviii* jour de ce moys» beau nepveu d'Alantzon, et autres seigneurs et cappitaines estant avegoo& LA Pucelle à siège devant la tour, pont et forteresse de Beaugency» receurent à mercy et laissièrent partir de là nos ennemys estant céans eiL garnison, qui estoient au nombre de cinq à six cens combattants. Talabot, Fastol, le sire d'Escalles, le fils du comte de Ungrefort et autre» cappitaines de nos dicts ennemis estant à Meung sur Loire près dudictliea de Beaugoncy, oyans ces nouvelles de composition, lesquielx avoient avccques eulx autres trois mille combatans ou environ, et s'estoient illec assemblez pour grever notre houst [armée\ laissièrent et abandonnèrent les villes et chastel et se mirent en chemin pour eulx saubver.

i. Dieu nous précédant.

2. liulL de rAcadémis Dclphinale, 1847, t. II, p. 469 [Des archives de Vévéchè de Grenoble).

Leur parlement vient à la cognoyssance de nos gens ; ils les poursuivirent bien chaudement en celle manière que IcsJilz Anglois fuyans furent tous mors et déconiiz ou prins jusqucs au nombre de deux à trois mille combatans, et sont prisonniers lesditz Talabot, Faslol, de iDgrefort, Dcscalles et autres cappitaines et nobles d'entre eulx. «< Ces chouses vous escrions pour vous resjouir et aussi affin que pareillement les notifiez et faictes savoir aux gens de TEsglise, nobles et autres de noslro pays du Dauphiné, en les exhortans de faire des prières, processions et oraisons envers Dieu afin qu'il lui pleyse relaxer sa maind'ulcion et JTclcver nostre peuple de la misère et captivité que longuement il a souiffert, et que le puyssions sous la meyn de sa besnigne clémence oînlenir et gouverner en bonne paix, union, justice et tranquillité. « Donné à Sucylly le xix* jour de juing.

<( Charles. »

Lettre de Rebauteau, magistrat de Lyon sur le même sujet.

« Â Messieurs du Conseil du Roi-Daulphin, à Grenoble.

Messieurs, je me recommande à vous tant que je puis.

Le roi vous escrit par le porteur de ces présentes la bonne fortune

^'^e Dieu lui a envoyée et la grante grâce qu'il a faite à luy et à toute

seigneurie. Entre autres choses que Ton m'a escript de par delà, on

^ escript de la rébellion de la ville de Paris que Ton croit ôtre de cette

*^^Hre contre les Anglois, et quand Talebot fut pris il dist que de cette

^^Urele roy estoit le maistre du tout, et qu'il n'y avoit plus de remède,

^t croy qu'il dit vray, la mercy Dieu. Quand nos gens assemblèrent

^Vecqueles Anglois, Ton m'escript qu'ils n'estoicnt pas plus de cent à six

Vingt, mes si tut qu'ilz virent la Compagnie approcher, ils se mirent à fuire

^n désarroy et furent tous mors et prins.

« Escript à Lyon le xxvu* jour de juing. « Le porteur de cest présente dist que ceux de Paris sont en deroy et ^ue en ont mis ours tous les Anglois et ce y ont escript ou roy.

« Le tout vostre, Rebauteau*. m

Diaprés la lettre du roi, aucun Anglais n'aurait échappé de Patay, et l^iklof lui-même aurait été pris, ce qui est inexact.

Le billet de Rebauteau est fort remarquable en ce qu'il suppose que lansa chassé les Anglais. La capitale fut, il est vrai, consternée ; mais *® parti national n'était pas assez fort pour opérer cette révolution. Elle

^'^ullde r Académie Delphinale, 1847, 1. Il, p. 439 {Des archives de Vévéché de Grenoble).

aurait pu avoir lieu, si, au grand mécontentement de la Pucelle, Ton n'avait pas tergiversé à la cour, et hésité à poursuivre la victoire.

La parole de Talbot est fort remarquable. Il ne fait que ratifier ce que promettait la Pucolle, et ce que Ton aurait certainement obtenu, si Ton s'était conformé à ses inspirations.

A remarquer l'expression que le duc d'Alençon et les autres capitaines sont avec la Pucelle. Elle est, par suite, le centre autour duquel les autres se groupent.

Lettres d'anoblissement de Gut de Gailli.

Avant d'être personnellement anoblie, la Pucelle le fut dans la pe^ sonne de Guy de Gailli, pour lequel elle avait sollicité cet honneur. Les mérites de la Libératrice y sont exaltés en termes qui ne sont pas su> passés dans les lettres qui lui confèrent la noblesse à elle-même et à sa famille.

Guy de Gailli était possesseur du château de Reuilly, à près de deux kilomètres de Ghécy, lorsque Jeanne, venant pour la première fois à Orléans, passa la Loire en face de cette bourgade. L'Envoyée du Ciel fut reçue à Reuilly; et l'heureux de Gailli s'attacha aux pas de celle qui lui avait fait cet honneur. La pièce suivante nous dira qu'en considération de Jeanne, les anges voulurent bien se manifester visiblement au dévoué chevalier. Notre mémoire nous atteste qu'en un volume qu'elle se refuse de nous indiquer, nous avons vu que Guy de Gailli accompagna Jeanne -i lorsque, avant le suprême assaut des Tourelles, elle se retira à l'écart pou-*" prier. Ge serait en cette occasion qu'il aurait été favorisé de la vuede^^ anges.

Ges lettres sont données en juin à Sully. La date du jour n'est p^-indiquée ; il en est ainsi dans d'autres pièces de cette nature. Gomme To:* n'y parle que de la levée du siège d'Orléans, il est vraisemblable qii^ Ton n'avait pas encore vu les merveilles de la journée de Patay.

La conservation de ce document est due au célèbre érudit provenç^-J Nicolas-Glaude de Peiresc, à qui Aix élevait récemment une statue bie^ méritée. L'évêque deGarpentras, Inguimbert, acheta la bibliothèque et 1^^ manuscrits de Peiresc. Ils tout aujourd'hui l'ornement et la gloire del^ bibliothèque de sa ville épiscopale. La présente lettre se lit au registre ^ » avec d'autres pièces sur Jeanne d'Arc. Quelques-unes trouveront peu. *' être place dans la suite de cette publication. Quicherat a inséré ces lettreau tome V de sa Gollection, sur la copie envoyée par le bibliothécaire ^^ Garpentras. La traduction suivante a été faite sur le texte de Quichera»^

€ Charles, roi des Français, pour perpétuelle mémoire.

« Nous aimons à mettre sous nos yeux l'immensité des bienfaits dont le Ciel nous comble dans nos expéditions contre nos mortels ennemis, et avant tout la faveur capitale par laquelle, alors que nos affaires allaient toujours en déclinant, le siège d'Orléans a été si heureusement repoussé.

f< Cette faveur nous a été principalement départie sous les auspices, par rheureuse arrivée, sous la conduite de Tillustre Pucelle, de Jeanne d'Arc de Domrémy, dont les mérites à notre endroit sont infinis. Il n'est que juste de dire qu'en pénétrant dans cette ville pour la défendre et en repousser nos ennemis, les Anglais, la Pucelle nous a donné un présage et un gage que nous pourrions facillement recouvrer les autres villes et cités. Aussi entourer d*une faveur singulière ladite Jeanne* alors que nos récompenses ne sauraient égaler la grandeur de ses services, ce n'est pas assez; nous devons étendre cette faveur aux guerriers illustrés par une longue profession des armes qui, pour la levée d'un siège si mémorable, se sont empressés de la seconder ; dont elle a plus utilisé les travaux et Tardeur dans les divers combats autour do ladite ville et dans les expéditions qui ont suivi depuis.

« Parmi ces guerriers, notre bien-aimée Jeanne de Domrémy nous a principalement recommandé, pour son extrême diligence et sa fidélité à combattre à ses côtés, Guy de Cailli, homme des plus honorables par rhonnèteté de sa vie, citoyen notable et de talent dans la cité d'Orléans, livré à toutes les occupations des nobles hommes. Aussi désirons-nous le . décorer d'insignes d'honneur qui soient pour sa personne et sa postérité ua perpétuel accroissement de rang.

« Nous portons donc à la connaissance de tous présents et à venir, que, dûment informés des beaux services du même Guy de Cailli, sachant comment il a secondé de tout son pouvoir les bonnes dispositions de la naême Jeanne à notre endroit, comment il Ta reçue dans son château de Reuilly, près de Chécy, lorsque pour la première fois elle approchait d'Orléans, à la suite de divines apparitions des anges qui l'y invitaient, ^^leste faveur dont le même Guy de Cailli a été rendu pai'ticipant, ainsi ^Ue noué en avons été pleinement informé par Jeanne elle-même*;

L Aurelianensis obsidionis felicissiina repulsio, quai polissimum peracla est sub ^^spiciis et felici adventu et conductu inclytae Puellœ, ac de nobis in infinitum meriloî ^laoïiae d^Arc de Dompremigio, ila ul merito die! possit adilum et ingressum dictœ ^^ell» inistam civitalem ad eam defendendam et arcendos inde diclos hostes Anglicos, ^obis faciliorem aditum ad alias ci vitales et urbes nostras recuperandas promittere et Ptcnuntiare : id circo singulari favore prosequentes non solum dictam Johannam ^^JU8 reraunerationi satis contribuere non possumus, sed etiam viros bellicosos, etc.

2. Certiores facti... quantum omni sua potestate bonam erga nos praMnemoratac ^Qhannœ voluntalem secundaverit, eam in arce Rulliaca prope Checiacuni exci-

U LIBÉRATRICE D'aPRËS CHARLES VII. 333

« C*est pourquoi que nos amés et féaux, les gens de nos comptes, nos conseillers généraux sur le fait et gouvernement de toutes nos finances, notre bailli d*Orléans, nos autres justiciers et officiers ou leurs lieutenants, présents et futurs, et que chacun d'entre eux, selon qu'il lui appartiendra, veille à Texécution du mandement donné par les présentes, à savoir qu'à perpétuité ils fassent et laissent jouir paisiblement ledit Guy de Cailli, ladite postérité née et à naître, de notre présente faveur, anoblissement, donation, quittance et concession ; qu'ils ne les empochent et molestent en rien contre la teneur des présentes, et qu'ils ne souffrent pas qu'ils soient à ce sujet empfichés ou molestés par qui que ce soit.

« Pour donner perpétuelle force aux présentes, nous y avons apposé, en Tabsence du grand sceau, notre sceau personnel, réserve faite en toutes autres choses de nos droits, et en toutes choses du droit d'autrui.

« Donné à Sully, au mois de juin de Tan du Seigneur M('CCCXXIX, de notre règne le septième. »

Et sur le repli est écrit : « Par le roi, présent l'évoque de Séez, et signé : LspiCARD. Et sont scellées du grand sceau de cire verte en lacs de soye rouge et verte, à double queue. »

U est inutile de relever ici les expressions par lesquelles Charles VII

proclame ce qu'il doit à Jeanne d'Arc. Les mérites de Jeanne envers lui

sont infinis, pas de récompense humaine qui soit à leur hauteur; en

délivrant Orléans Jeanne donne un gage que Tennemi sera chassé des

places et des villes qu'il occupe.

Que de Cailli ait été favorisé une fois de l'apparition des anges, c'est Jeanne qui l'assure. Cette assertion si formelle rend plus croyable l'as- ^rtion par laquelle elle affirmait à Rouen que le roi aussi avait été favorisé de révélations.

Exemptions d'impôts pour les habitants de Domrémy et de Gueux.

Historique du privilège.

Celle qui avait pour mission de venir au secours des malheureux et

^ ^ut jamais le courage de les écarter de sa personne, songea après le

^^cre de Reims à ses compatriotes, les villageois de Domrémy et de Greux.

t-Me avait laissé son père à Reims à l'hôtel de l'Ane rayé ; à Châlons

«Ile avait accueilli une députation de ces bons paysans qui, il y a moins

^un an, ne la connaissaient que sous le nom de Jeannette, et la

revoyaient la plus glorieuse des femmes de notre histoire. Elle demanda

totale exemption d'impôts pour Domrémy et Greux, deux sections d'une seule et même paroisse S qui était la sienne. C'était demander que dans la France entière Ton ne prélevât que les impôts nécessaires. La raison et le droit chrétien en font aux gouvernants un devoir strict qu'ils ne peuvent violer sans mériter les qualifications qui mènent les particuliers au bagne.

Sa demande fut écoutée. A la date du 31 juillet 4429, Charles VII exemptait à perpétuité de tout impôt les villages de Domrémy et de Greux. D'après Charles du Lys, que sa charge d'avocat général à la cour des aides mettait en état de connaître les pièces officielles plus que les généalogies non écrites des descendants de Jeanne d'Arc, d*après Charles du Lys. les villageois de Domrémy et Greux, molestés dans Tusago de leur privilège, en obtinrent la confirmation le 6 février 1459, de celui-là môme qui Tavait octroyé. « Dans les registres de la cour des comptes, écrit-il encore, ces deux villages sont tirés à néant avec cette mention : Pour cause dé la Pticelle^ et sur les registres des tailles pour Domrémy et Greux, on lit : Néants la Pucelle *.

L'original de la charte concédant le privilège n'existe plus ; mais il devait exister en 1769, puisque la copie suivante porte toutes les marques d'authenticité qu'on peut désirer dans une transcription officielle. Voici cette copie tirée des Archives nationales [Sect. domaniale H^ 45359)j ainsi que les intéressantes pièces qui vont suivre. Les vicissitudes d'un privilège si bien justifié méritent d'ôtre racontées.

Lettres patentes de Charles VII qui exemptent (f impôts les habitants

de Domrémy et de Greux.

31 juillet 1429.

« Charles, par la grâce de Dieu, roi de France. Au bailly de Chaumont, aux cslus et commissaires commis et à commettre à mettre sus et imposer les aides, tailles, subsides et subventions audit bailliaigc, et à tous nos autres justiciers et officiers, ou à leurs lieutenants, Salut et diicction. Savoir vous faisons que, en faveur et à la requeste de nostre bien aimée Jchanncla Pucelle, et pour les grands, haults, notables et profitables services qu'elle nous a faits et fait chaque jour au recouvrement de notre seigneurie, Nous avons octroyé et octroyons de grâce spéciale, par ces présentes, aux manans et habitans des villes et villaiges de Greux et Domrémy, audit bailliaigc de Chaumont-en-Bassigny, dont ladicte

1. A cette époque, et longtemps dans la suite, le mot paroisse était rexpression usitée. La commune n*existait que dans les villes.

2. Traité sommaire du nom, des armes, etc., de la Pucelle, Paris, 1633, dans TéditioD vue à la Bibliothèque nationale, p. 4s>.

Jebanne est native, qu'ils soient dorénavant francs, quittes et exemps de toutes tailles, aides, subsides et subventions mises et à mettre audict bailliaige. Sy vous mandons et enjoignons et à chascun de vous, si comme à Tun qu'il appartiendra, que, de notre présente grâce, affranchissement, quittance et exemption vous faittes, souffrez, et laissez lesdicts manans et habitants jouir et user pleinement, sans leur mettre ou donner, ne souffrir être mis ou donnés aucun détourbier ou empeschemens au contraire, lors ne pour le temps advenir; et en cas que lesdicts manans soient ou seroient assis et imposés es dictes tailles et aides, nous voulons que chascun de vous les en droit soi les en faites tenir quittes et paisibles. Car ainsi nous plaist et voulons estre faict, nonobstant quelconques ordonnances, restrictions ou défenses et mandemens à ce contraires.

<f Donnez à Ghinon, le dernier jour de juillet Tan de grâce mil quatre cens vingt-neuf et de notre règne le septième. <( Par le roi en son conseil,

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