‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 145 sur 327 · La Paysanne et Vlmpirée, p · texte numérisé non relu

La Paysanne et Vlmpirée, p

M. Henri Sée, dans une Etude sur le servage^ a écrit plus récemment : « Les maires et les autres sergents du domaine appartiennent presque toujours à la classe servile et sont choisis parmi les habitants de la villa; leurs enfants restent hommes de corps, eux-mêmes sont soumis à la justice seigneuriale; ils jouissent cependant de nombreux privilèges ». A ceux qui, sur la foi de Siméon Luce, seraient tentés de faire de Jacques d'Arc le principal personnage de Domrémy, parce que durant quelque temps il y porta le titre de doyen, opposons ces lignes de M. Robiou, dans les Questions historiques : « Le doyen parait ici remplir Toffice d'huissier et de gardien des coupables. Seu/^ il ne représenterait que la dépendance ; mais le maire est déjà un fonctionnaire et communique au doyen un caractère quasi municipal. »

Un survivant de Tancienne Sorbonne s'est passé, paraît-il, vers le milieu de ce siècle, la fantaisie de donner par le menu le détail de la fortune de Jacques d'Are, comptant les arpents de ses terres, de ses prés, de ses vignes, et jusqu'à la somme tenue en réserve pour les besoins imprévus. Pas l'ombre d'une preuve de pareilles assertions, se produisant quatre cents après la mort du père de la Pucelle, à rencontre des documents contemporains qui le disent pauvre. En histoire. Ton ne tient pas compte des pasquinades; voilà pourquoi il n'a pas été fait mention de celle-ci dans la Paysanne et l'Inspirée, Elle n'est mentionnée présentement que parce qu'on la trouve dans quelques ouvrages écrits dans de louables intentions, mais sans souci des sources historiques.

Chateaubriand a dit que t aristocratie est de sa nature ingrate et ingagnable quand on ri est pas 7ié dans ses rangs *. L'humilité de la naissance de la Libératrice de la France, comme celle du Libérateur du genre humain, offusque l'orgueil de ceux qui sont nés dans des conditions plus élevées. Yoilà pourquoi on veut l'en faire sortir. Il faut l'accepter telle que le Ciel la fit. Une fois de plus Dieu s'est abaissé vers ce qui était plus bas, et a donné aux petits un nouveau gage de ses prédilections. Fût-elle née serve, l'intervention divine n'en serait que plus manifeste, et la gloire de la sainte fille n'en serait nullement diminuée. Celle dont l'histoire semble sur tant de points calquée sur la vie du Rédempteur du monde rappellerait par sa naissance ce que l'Apôtre a dit du Sauveur : Étant dans la forme de Dieu, il s'est anéanti Jusqu'à pretidre la forme de r esclave.

Jacques d'Ay^ Jacques Day^ Jacques d'Ai\ Jacques d'Arc^ Jacques Darc, les divers textes des lettres d'anoblissement de la Pucelle écrivent le nom de toutes ces manières, même les pièces réputées les plus authentiques.

i. HoBiou, Questions historiques, l. XV'III, p. 387.

2. Chateaubriand, Mémoires d* outre-tombe, Mirabeau, p. 367, édit. de 1864.

Pourquoi tant de divergences? Quicherat pense qu'elles tiennent aux diverses manières dont le mot d'Arc était prononcé en Lorraine. Cela semble peu admissible. L'accent lorrain admet l'r, et ne Télide pas. Il semble plus vrai de dire que ce que nous appelons le nom de famille était peu usité pour les roturiers, au xv*" siècle. La Pucelle ne l'a jamais revendiqué ; elle a dit au contraire que les filles portaient dans son pays le nom de leur mère, encore qu'elle n'ait jamais dit s'appeler Romée. Nous n'avons pas souvenance d'avoir vu une seule Chronique du temps qui l'ail appelée du nom aujourd'hui si populaire de Jeanne d'Arc ; c'est constamment Jeanne la Pucelle, ou la Pucelle. Pourquoi ne pas lui rendre le nom qu'elle se donnait ?

C'est un soulagement pour Thistorien de pouvoir affirmer, d'après la Chronique Morisini, que Charles VII fit de sérieux efforts auprès de Jean de Luxembourg et du duc de Bourgogne pour que la captive de Beaurevoir ne fût pas livrée aux Anglais ; auprès des Anglais pour la soustraire au bûcher. On sait que la nouvelle de son supplice lui causa une très vive douleur. D'après la Chronique vénitienne, il éclata en menaces contre les bourreaux.

Maître de Rouen, un de ses premiers actes fut de charger Bouille, le doyen de Noyon, d'étudier le procès de condamnation afin d'en rechercher les viceç. La lettre par laquelle il lui donne à cet effet les plus amples pouvoirs a été reproduite dans la Pucelle devant F Église de son temps *. On peut y lire aussi une lettre du cardinal d'Estouteville *, et une autre du grand inquisiteur Bréhal ^, attestant combien la revision de l'inique sentence lui tenait à cœur. On suppose qu'il a fait auprès de Nicolas V et de Calixte III d'activés démarches pour en presser l'exécution. L'on n'en a pas encore cité des preuves positives, du moins à notre connaissance.

La sentence de réhabilitation a été promulguée à Rouen et à Orléans. L'a-t-elle été ailleurs et notamment à Paris, où la sentence de condamnation le fut avec tant d'appareil? Il est à souhaiter qu'on mette au jour des pièces authentiques établissant qu'on a eu pour promulguer la réparation autant de zèle qu'on en déploya pour divulguer l'inique flétrissure.

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