DE REIMS
SOMMAIRE : I. — Le résumé de* archive? de Reim> f»ar Jean RosritT. — Ce quV'Uit Roder.
il. — Le Dauphin en marche pour Reims. — D'après ce qu'écrivait le duc de R^urgogne, des Rémois lui avaient pn>mis l'entrée dans la ville. — Ce qui lui avait donné la hardiesse de s'avancer dans un pays entièrement ennemi. — Même nouvelle de la part des habitants de Troyes, qui disent le tenir d'un Conielier qui est entre leurs mains. — Ils sont résolus à résister jusqu'à la mort. — Ils donnent avis de la marche de Charles, qui leur a écrit pour requérir obéissance. — Lettre de la Pucelle aux mêmes Troyens. — Ceux-ci envoient à Reims message sur message pour prévenir de l'arrivée du Dauphin, et demander secours. — Ils protestent de leur détermination de rester anglo-bourguignons, ils déprécient la IHicelle et sa lettre. — Mêmes sentiments exprimés par les habitants de Ciiàlons. — Leur étonnement du rôle de F. Richard. — Charles a écrit aux Rémois de Rrienon- l'Archevêque, pour requérir obéissance et promettre amnistie. — Les Rémois avertissent de ce qui se passe leur capitaine, de Châtillon, qui est à Ciiàt eau-Thierry: celui-ci ne veut se charger de la défense de la ville qu'à la condition d'introduire ses hommes. Tannée destinée à combattre le Dauphin n'étant pas prête. — On s'efforce de maintenir les Rémois anglo-bourguignons.
lu. — Les Troyens ayant fait leur soumission pressent les Rémois de la faire à leur tour. — Ils disent combien ils sont heureux de ce parti. — Le seigneur de Trossy, frère de Châtillon, les en dissuade, en rapportaut à sa manière la soumission de Troyes. — Mépris déversé sur la Pucelle; indigne rapprochement. — Les habitants de Chàlons, soumis à leur tour, pressent les Rémois de faire obéissance à Charles Vil.
— Bel éloge du roi. — Les Rémois envoient une députation à Charles à Sept-Saulx. IV. — Résumé de soixante-dix lettres écrites par le roi après le sacre. — Leur objet.
— Résumé de quatre-^ingt-quinze lettres écrites par Regnault de Chartres à sa ville épiscopale. — Confusion de ce résumé, où il n'est tenu aucun compte de Tordre chronologique. — Ce qui est dit de la Pucelle dans ces lettres. — II est manifeste que ce n'est pas dans une seule qu'il en est question.
Le document qui va être produit ne peut que dans une large acception être donné comme un document contemporain de Théroïne. C'est le résumé de pièces qui seraient aujourd'hui fort précieuses si le temps ne les avait détruites. Ce résumé est de la première partie du xvii* siècle. n a été fait par un notable bourgeois de Reims, Jean Rogier.
Jean Rogier, membre de Téchevinage de sa ville natale, fut porté plusieurs fois au premier rang de la magistrature urbaine en qualité de procureur, c'est-à-dire comme administrateur des deniers municipaux.
Il était curieux de connaître Torigine des institutions de la noble cité, l'histoire de Reims durant les trois ou quatre derniers siècles. Avec son ami, Nicolas Bergier, comme lui curieux du passé, il se mit à étudier les chartes, les lettres et autres documents, dont plus que beaucoup d'autres villes Reims abondait. Il était en correspondance suivie avec le savant André Duchesne, et lui transmettait avec beaucoup de désintéressement les pièces qu'il découvrait, et croyait pouvoir lui être agréables.
M. Varin, le laborieux éditeur des Archives de Reims, dans les prolégomènes historiques et biographiques mis en tête de ses compacts et nombreux volumes (p. cxxi), cite une longue lettre dans laquelle Rogier manifeste son regret de connaître bien imparfaitement le latin, et la difficulté qu'il éprouve à déchiffrer les vieilles écritures. L'aveu honore sa modestie et concilie l'estime à sa personne. Encore faut-il peut-être en tenir compte dans l'appréciation de certaines pièces de toute gravité que nous ne connaissons que par les analyses qu'il nous en a laissées. Telles, par exemple, les lettres de Regnault de Chartres sur la Pucelle.
Rogier nous a conservé des détails intéressants sur la soumission de Troyes, Chàlons et Reims, trois villes fort anglo-bourguignonnes, comme presque la Champagne entière, disposées à repousser toutes ensemble la Pucelle et le roi, et qui, soudainement, ouvrirent leurs portes. Nous lui devons la conservation de la lettre de Jeanne d'Arc aux habitants de Troyes, lettre courte mais singulièrement expressive, que Ton ne trouve que chez lui.
Rogier semble avoir fini son travail en 1620; mais il ne cessa de le perfectionner jusqu'à sa mort, survenue en 1637. On possède plusieurs manuscrits de son œuvre ; le meilleur est à la bibliothèque de Reims (2 vol. in-f°). C'est du moins le sentiment de Pierre Varin, que nous ne faisons qu'abréger, et chez lequel est pris l'extrait que Ton va lire *.
En Tan mil quatre cent vingt-neuf, les Anglais ayant été chassés du siège qu'ils tenaient devant la ville d'Orléans, par le secours de Jeanne la Pucelle, et toute leur armée ayant été défaite aux environs de Baugency, Meung, et en d'autres lieux, le Dauphin, qui était le roi Charles Septième [mais il sera ainsi nommé jusques à son arrivée à Troyes afin de rendre ce présent recueil conforme aux lettres et avis qui y sont rapportés], le Dauphin prit la résolution, par l'avis de son conseil, de s'acheminer en