StatutSy 1. 1", II* part., p. 596 et suiv
Champagne pour venir se faire sacrer et couronner roi de France, en la ville de Reims. Suivant ce que le duc de Bourgogne écrit aux habitants de Reims, en faisant réponse aux lettres que lesdits habitants lui avaient envoyées, le Dauphin avait eu quelque assurance de la part de quelques habitants de la ville que, s'il venait en Champagne, les portes de la ville de Reims lui seraient ouvertes. Le duc de Bourgogne dit dans ses lettres qu'il était averti que quelques-uns des habitants, par lettres ou par messages, avaient mandé et fait venir lesdits adversaires, en les assurant qu'une fois arrivés par ici, on leur ferait ouverture des portes de la ville et entière obéissance ; autrement ils n'auraient pas été si hardis que de venir en ces marches ^
Ce Cordelier qui fut pris par ceux de Troyes, comme il sera dit ciaprès, confirme fort ce que le duc de Boui^ogne en avait écrit, disant à ceux de Troyes, qu'il avait vu trois ou quatre bourgeois qui se donnaient comme de la ville de Reims, lesquels disaient entre autres choses à icelui Dauphin d'aller sûrement à Reims, et qu*ils se faisaient fort de le mettre dans la ville. Encore que l'histoire de France ne fasse point mention de ces particularités, que l'on pourrait croire inventées, il ne faut nullement douter que cela ne soit ainsi : les lettres du duc de Bourgogne sont encore en bonne forme ainsi que celles des habitants de Troyes touchant le rapport du Cordelier; et aussi les effets ont suivi ^
Au cours de cet acheminement du Dauphin, on remarque une grande prudence de la part des habitants de Reims. Pour ne pas donner de mauvais soupçon contre eux aux chefs qui gouvernaient pour TAnglais, ils leur baillaient avis de tout ce qu'ils apprenaient dudit acheminement et de Tétat de la ville de Reims, et ils mandaient qu'on empêchât les passages dudit Dauphin ; mais pas un mot de demande de secours pour défendre et garder ladite ville, et ils n'en voulurent pas recevoir comme il sera dit ci-après.
Il faut noter que depuis Orléans jusqu'à Reims tout était à la dévotion de l'Anglais. Philibert de Meulan, à la tète d'une compagnie de gens d'armes, de Nogent-sur-Seine où il était, écrivit aux habitants de Reims, le 1** jour de juillet 1429, que le Dauphin et sa puissance étaient à Montai^s et se vantaient d'aller à Sens, se promettant que ceux de Sens leur feraient ouverture; mais qu'il était bien assuré du contraire, qu'ils
1. C'est, ce semble, une conjecture faite par ceux qui, ne croyant pas à la mission de laPucelle, ne pouvaient pas s expliquer la marche si hardie de Charles VII en plein pays ennemi.
2. Tout ce passage de Rogier est peu intelligible. S'agit-il du Cordelier Hichard ou de l'un de ses confrères? Richard n'a pas été pris par les Troyens. Lui-même n'a cru à Jeanne d'Arc que lorsqu'elle est arrivée à Troye**. Les effets qui ont suivi avaient une autre cause, sur laquelle Rogier passe trop légèrement.
attendaient le secours du roi d'Angleterre, de Monsieur le régent et de Monseigneur de Bourgogne ; que les habitants de ladite ville avaient pris et portaient la croix de Saint-André, et que la ville d'Auxerre et les autres du pays ne se souciaient ni des Armagnacs, ni de la Pucelle, et que si les habitants de Reims avaient besoin de lui, il les viendrait secourir avec sa compagnie, comme bon chrétien doit faire *.
Les habitants de Troyes baillèrent pareil avis aux habitants de Reims, et le môme jour, leur mandant que les ennemis du roi {d'Angleterre) et du duc de Bourgogne étaient près d'Auxerre pour aller à Reims, et que s'il advenait qu'eux-mômes fussent requis par lesdits ennemis de faire quelque chose de contraire au parti qu'ils tenaient, qu'ils étaient délibérés de faire une réponse entièrement négative, et de se tenir au parti du roi et du duc de Bourgogne jusqu'à la mort inclusivement.
Le Dauphin arriva près de la ville de Troyes le cinquième jour de juillet. 11 manda aux habitants comment, par avis de son conseil, il avait entrepris d'aller à Reims pour y recevoir son sacre et son couronnement, que son intention était de passer le lendemain par la ville de Troyes, et à cette fm il leur mandait et commandait de lui rendre Tobéissance qu'ils lui devaient, de se disposer à le recevoir, sans être arrêtés par la difficulté ou la crainte des choses passées, pouvant penser qu'il en voulût prendre vengeance, ce qu'il n'avait pas en volonté ; mais que s'ils se gouvernaient envers leur souverain comme ils le devaient, il mettrait tout en oubli, et les tiendrait en sa bonne grâce.
Jeanne la Pucelle écrivit pareillement auxdits habitants en cette façon :
Jhesus t Maria.
« Très chers et bo7is amis^ s'il ne tient à vous ^ seigneurs^ bourgeois et habitans de la ville de Troyes^ Jehanne la Pucelle vous ynande et votis fait savoir de par le roi du Ciel^ son droiturier et souverain Seigneur^ au service royal duquel elle est U7i chascunjour *, que vous fassiez vraie obéissance et recon7ioissance au gentil roy de Fratice qui sera bien brief [bientôt] à Reims et a Paris, qui que viemie coiitre^ et en ses bonnes villes du saint RGYAULME, à l'aidcdu roi Jhesus.
1. Philibert de Meulan était probablement un de ces condottieri de l'époque, dont le métier était de se battre, et qui n'aimaient pas à chômer. li ne semble pas que (Charles Vil ait voulu passer par Sens drftis ce premier voyage. Les habitants de Reims, quoique insinue Uogier, furent anglo-bourguignons très chaleureux; mais ils ne se souciaient pas d'avoir dans leurs murs des auxiliaires non moins onéreux pour leurs alliés que pour leurs ennemis.