‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 150 sur 327 · Fille léjrèiv et ilo mauvais renom · texte numérisé non relu

Fille léjrèiv et ilo mauvais renom

2. {\k> n'est que sous les nuu*s de Troyes que Jeanne el le Frère Richard se sont rencontrés pour la première fois. Nou^ en a>ons pour garant la parole de Jeanne elle-même.

que tous leurs chefs, et des autres jusqu'à quatre mille, y étaient morts ou demeurés prisonniers. Ces choses étant advenues par grâce divine plus que par œuvre humaine, de l'avis des princes de son sang et lignage et de son grand conseil, il s'était acheminé pour aller en ladite ville de Reims afin d'y prendre son sacre et couronnement. Par quoi il leur mandait, sur la loyauté et Tobéissance qu'ils lui devaient, de se disposer à le recevoir de la manière accoutumée pour ses prédécesseurs, sans qu'on pût en faire aucune difficulté pour les choses passées, et par la crainte que Ton pourrait avoir qu'il les eût encore en sa mémoire, leur certifiant que s'ils se gouvernent envers lui ainsi que faire se doit, il les traitera en toutes leurs affaires comme bons et loyaux sujets. Pour être plus avant informé de leur intention, il serait très content qu'avec le héraut qu'il envoie, quelqu'un de ladite ville voulût venir par devers lui, que l'on pourrait y aller sûrement en tel nombre qu'ils l'aviseraient, sans qu'il y fût mis aucun empêchement. Donné à Brienon-l'Archevêque* le jour que dessus.

Le seigneur de Châtillon, capitaine de la ville de Reims, durant le temps de ces nouvelles, n'était pas à Reims, mais à Château-Thierry ; ce qui fut cause que les habitants de ladite ville envoyèrent vers lui en diligence le bailli de Reims, le huitième jour du môme mois de juillet. Ils lui baillèrent avis de tout ce qui a été rapporté ci-devant ; et de plus, sur ces nouvelles, ils s'étaient assemblés pour prendre un parti, ce qu'ils n'avaient pas pu faire à cause du peu de gens qui s'étaient trouvés en rassemblée ; que depuis ils avaient fait assembler le commun [le peuple) par quartiers ; que tous avaient répondu et promis de vivre et de mourir avec le conseil et les gens notables de la ville, de se gouverner en bonne Bnion et faire selon leur bon avis et conseil, sans murmurer, ni sans faire réponse autrement que par l'avis et l'ordonnance du capitaine de la ville ou de son lieutenant. Le bailli eut charge de lui dire, parmi plusieurs .autres choses, qu'on le recevrait dans la ville avec quarante ou cinquante chevaux, pour communiquer des affaires de la ville.

Le seigneur de Châtillon envoya à Reims, pour répondre à ce que dessus,

Pierre de la Vigne porteur de ses lettres, auquel il avait remis certains

articles dressés par lui, avec créance pour les dire de par lui aux habi-

Jants, demandant qu'on lui fit réponse, et que si on voulait les garder

et entretenir sans les enfreindre, il se disposerait à vivre et à mourir

avec eux.

Articles envoyés aux habitants de Reims par le seigneur de Châtillon, capitaine de ladite ville :

1. Brienon-r Archevêque, à quatre lieues de Joigny, et moins de trois de Saint- Florentin.

« Que ladite ville soit bien et hâtivementj^emparée {mise en état de défense),

« Pour garder icellc, il faut avoir au moins trois ou quatre cents combattants qui y demeurent jusqu'à ce que l'entreprise du Dauphin contre elle soit faillie ; il avait «îcrit à Monseigneur le régent et au duc de Bourgogne d'y envoyer chevaliers et écuyers notables pour y résister à ladite entreprise, il n'avait aucune réponse ; c'est pourquoi il était nécessaire d'envoyer en la comté de Rethel, et partout où l'on pourra dans les lieux voisins de la ville, là où il y aura possibilité d'en trouver.

« Si leur volonté est qu'il se mette dans la ville, il ne le promettra qu'à la condition d'en avoir la garde ainsi que du château de Porte-Mars, dans lequel il consentira bien qu'avec lui s'y trouvent cinq ou six notables de la même ville. Il en agit ainsi par crainte de la commotion du peuple, et parce qu'il lui semble que c'est dans leur intérêt et pour leur sécurité. Que Ton pourvoie à ce qu'il y ait des provisions nécessaires pour lui et pour ceux qui l'assisteront et viendront avec lui, et comment on pourrait les gouverner {sic) et contenter.

« Si l'on veut observer ces articles, il est prêt de se mettre avec eux ; pour sa décharge il garde le double de cette stipulation ; qu'on lui réponde hâtivement, d'autant que si le Dauphin venait devant la ville il ne pourrait s'y bouter. »

On peut facilement juger par la conduite du seigneur de Châtillon en ces occurences, qu'il avait reconnu que le dessein des habitants de Reims était d'admettre et de recevoir le Dauphin dans la ville. C'est pourquoi il ne voulait pas y venir qu'il ne fût le plus fort.

Depuis, le môme seigneur de Châtillon avec les seigneurs de Saveuse et de risle-Adam vinrent en la ville de Reims avec un grand nombre de leurs gens ; ils exposèrent plusieurs choses aux habitants de la part du duc de Bourgogne et en particulier que l'armée destinée à résister au Dauphin ne pouvait être prête que dans cinq à six semaines. Sur quoi lesdits habitants ne voulurent point permettre que les gens desdits seigneurs entrassent dans la ville de Reims, ce qui fut cause que les seigneurs de Châtillon, de Saveuse et de TIsle-Adam se retirèrent.

De toutes parts on écrivait aux habitants de Reims pour les encourager à se maintenir en Tobéissance du roi {d'Angleterre) et du duc de Bourgogne. Ainsi Colart de Mailly, bailli de Vermandois, écrivit le dixième jour de juillet, que le duc de Bourgogne et messire Jean de Luxembourg devaient entrer à Paris le jour qui précédait la date de ses lettres ; que les Anglais, au nombre de huit mille combattants, étaient descendus en la comté de Boulogne, et que, de bref, il y aurait pour résister aux ennemis la plus belle et grande compagnie qui ait été depuis vingt ans en ce

royaume ; que le duc de Bourgogne avait envoyé son armée aux passages par où étaient venus les ennemis pour empocher leur retour, et qu'ainsi ils ne retourneraient pas tous en leurs lieux.

Les habitants de Troyes ayant reçu en leur ville le roi Charles Septième, qui jusqu'alors avait été appelé et nommé le Dauphin, ils en baillèrent avis le môme jour qui était le onzième de juillet, aux habitants de Reims. Ils leur mandèrent comment le roi Charles étant arrivé devant leur ville, outre la lettre déjà mentionnée, qu'il leur avait fait savoir qu'on pouvait aller devers lui en toute sécurité, que Révérend Père en Dieu Monseigneur leur évêque y étant allé, le roi leur remontra et exposa très hautement et très prudemment les causes pour lesquelles il était arrivé devers eux, disant que, par le trépas du feu roi son père, lui survivant était le seul et unique héritier du royaume ; que, pour ce motif, il avait entrepris le voyage de Reims afin de s'y faire sacrer, et qu'il se rendrait dans les autres parties de son royaume afin de les réduire en son obéissance ; qu'il pardonnerait tout le passé sans rien réserver, et qu'il tiendrait ses sujets en paix et en franchise telle que le roi saint Louis tenait son royaume. Ces choses leur ayant été rapportées, il fut délibéré et conclu en une grande assemblée de lui rendre plénière obéissance, attendu son bon droit, qui est tel que chacun peut le savoir, moyennant qu'il leur ferait abolition générale de tous les cas, qu'il ne leur laisserait point de garnison, et qu'il abolirait les aides, la gabelle exceptée ; ce dont lui et son conseil furent d'accord. Pour ces causes, les habitants de Troyes priaient les habitants de Reims de faire audit roi plénière obéissance telle qu'ils l'avaient faite, afin de s'entretenir toujours ensemble en une môme seigneurie et de pouvoir préserver de périls leurs corps et leurs biens; car, s'ils ne l'avaient pas ainsi fait eux-mômes, ils étaient tous perdus de corps et de biens, et ils ne voudraient pas que ce fût à faire ; il leur déplaisait d'avoir tant tardé; l'on sera très joyeux, quand on l'aura fait, d'autant plus que c'est le prince de la plus grande discrétion, entendement et vaillance, qui de longtemps soit issu de la noble maison de France.

Jean de Châtillon, seigneur de Troissy, frère du capitaine de Reims, par sa lettre écrite de Châtillon le treizième jour de juillet, mandait aux habitants de Reims qu'il avait appris que l'entrée du roi en la ville de Troyes ne s'était pas faite du consentement des seigneurs de Rochefort et de Plancy, ni des autres seigneurs, chevaliers et écuyers qui s'y trouvaient; que ladite entrée avait été faite par la séduction de l'évoque et

(lu doyen de Troyes, par le moyen d'un Gordelier nommé Frère Richard. Le commun de ladite ville (le peuple) alla en très grand nombre vers lesdits seigneurs, chevaliers et écuyers, leur dire que s'ils ne voulaient pas tenir le traité quils avaient fait pour le bien public, ils mettraient les gens du roi dans la ville, qu'ils le voulussent on non. Ledit de Ghàtillon mandait aussi que les ennemis n'avaient fait aucun effort, qu'ils n'avaient pas de quoi manger et étaient près de passer outre; que lesdits chevaliers et écuyers étaient sortis de la ville par traité, leurs biens et leurs corps saufs, moyennant qu*ils auraient un marc de chacun des prisonniers qu'ils avaient pris. L'écuyer qui lui avait apporté ces nouvelles certifiât avoir vu Jeanne la Pucelle, qu'il était présent quand les seigneurs de Rochefort, Philibert de Molant et d'autres l'interrogèrent ; qu'il leur avait affirmé par sa foi que c'était la plus simple chose qu'il vit jamais, et qu'en son fait il n'y avait ni rime ni raison, non plus que dans le plus sot qu il vit oneques ; il ne la comparait pas à si vaillante femme comme madame d'Or*, et que les ennemis ne faisaient que se moquer de ceux qui en avaient crainte.

Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France, avait toujours assisté le roi Charles VU, spécialement durant le temps de sa régence, de sorte qu'il n'avait eu aucune part aux affaires qui s'étaient passées dans la ville de Reims depuis l'entrée du duc de Bourgogne en cette ville. Étant à Troyes avec le roi, il manda aux habitants de Reims, par ses lettres du douzième de juillet, qu'ils eussent à se disposer pour recevoir honorablement le roi à son sacre ; à quoi faire il les priait et exhortait.

Les habitants de la ville de Chàlons ayant pareillement reçu le roi Charles en leur ville, en baillèrent avis aux habitants de Reims par leurs lettres du seizième de juillet. Ils leur mandaient que le roi Charles avait envoyé vers eux un héraut appelé Montjoie, leur disant par icelui de se disposer à le recevoir et à lui rendre pleine obéissance, et que sur ce, ils avaient député certains ambassadeurs pour aller de leur part vers lui à Lestré; qu'ils y furent bénignement reçus et favorablement ouïs; àleur retour à Chàlons, après avoir été entendus en assemblée générale, il avait été conclu par tous de recevoir le roi Charles, et de lui rendre entière obéissance comme à leur souverain; qu'ils avaient été au-devant de lui porter les clefs de la ville qu'il avait reçues bénignement; après quoi il était entré dans la ville. Dans ces lettres ils louent fort la per* sonne du roi, comme étant doux, gracieux, compatissant et miséri-

1. Une servante, ou mieux une baladine, attachée à la cour de Bourgogne, qu'ell© égayait par ses tours de force et par ses farces. Sa longue chevelure blonde lui avait valu le nom de « madame d'Or ».

rapports contre la fidélité qu'ils lui devaient, il n'avait voulu y ajouter aucune foi, se tenant trop assuré de leur fidélité; qu'un nommé Jean Labbé lui avait dit qu'il y avait plusieurs gens qui avaient promis de rendre la ville de Reims au duc de Bourgogne, d'autres qui avaient dit que le jour du Saint-Sacrement on avait enti^epris d'y faire entrer le duc de Bourgogne, et il témoigne par toutes ses lettres qu'il avait un grand soin de la ville de Reims, une grande confiance aux habitants d'icelle.

Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France, par quatre-vingt-quinze lettres missives que depuis le sacre du roi Charles il écrivit aux habitants de Reims, se reconnaît une grande affection et bonne volonté à leur égard. Il leur baille avis de toutes les affaires qui se passaient tant pour la guerre que pour les traités de paix, il assiste tant de sa faveur, que de ses moyens les députés de Reims qui étaient journellement en cour pour les affaires de la ville ; il prêta auxdits habitants la somme de quatre mille livres pour bailler à Monsieur le Connétable, afin de l'aider à entretenir son armée occupée en Champagne à réduire les places à l'obéissance du roi ; et sur la nécessité qu'il dit en une de ses lettres avoir de son argent, il jure sur sa foi qu'il paye ses dépens en la campagne, comme il le fait dans les villes ; ce qui fait croire que cela n'était pas commun, parmi les seigneurs de sa qualité, de payer la campagne.

Sur les fausses nouvelles qu'un nommé Jean le Gros faisait courir, pour intimider le peuple, que le duc de Bourgogne était aux champs avec une grande armée, que le roi d'Angleterre était arrivé à Calais, ledit Archevêque mande que le roi a donné bon ordre partout. Il donne avis des offres que ledit duc avait faites à Guillaume de Flavy, gouverneur de Compiègne, pour qu'il lui rendît ladite ville, lui offrant un grand mariage de plusieurs milliers de saints d'or, et que ledit Flavy lui avait répondu que ladite ville appartenait au roi, et non à lui.

Il mande aussi qu'il était averti que quelques habitants avaient entrepris de mettre la ville de Reims entre les mains du duc de Bourgogne, il prie que Ton fasse bonne garde, de se représenter ce qui avait failli arriver à Troyes; qu'il est averti que quelques-uns de Paris, pleins de toute iniquité, avaient envoyé à Reims un religieux des Blancs-Manteaux, afm, par son moyen et par le moyen d'autres de la ville, tant gens d'Klglise que séculiers, ils pussent mettre à perdition ladite ville et plusieurs personnes de tous états, qu'il avait mandé à son officiai et à ses autres officiers d'en faire justice, et il requiert de par le roi qu'on y tienne la main... Il mande que Ton fasse sortir les gens de guerre qui étaient à Beyne, qu'il fera sortir les Écossais qui étaient dans Cormicy, qu'il a eu avis de la

JEAN BOGIER. — LA C\MPaGNE DU SACRE. 363

déloyauté de Jean Labbé, qu'il n'avait pis voulu ajouter foi à ses fausses paroles, et il mandait que justice en fût faite.

Il donne avis des abstinences de guerre prises avec le duc de Bourgogne, de la commission qu'il avait avec Monsieur le Connétable pour traiter de la paix avec ledit duc. et de plusieurs particularités qui se sont passées pendant le temps du pourparler de paix, de ce qui se passait avec TAnglais, de la journée prise à Arras pour faire la conclusion de ladite paix, en laquelle se devraient trouver quatre Cardinaux.

// donne pareillement avis de la prise de Jeanne la Pucelle devant Compiègftey et comme elle ne voulait croire conseil, ains (msis) faisait font à son plaisir; qu'il était venu vers le roi un jeune pastour gardeur de brebis des montagnes de Gévaudan en révéché de Mende. lequel dirait ne plus ne moins qu avait fait Jeamie la Pucelle, et qu'il avait commandement de Dieu d'aller avec les gens du roi, et que sans faute les Anglais et Hourgui^ gnons seraient déconfits; et sur ce quon lui dit que les Anglais avaient fait mourir Jeanne la Pucelle, il leur répondit que tant plus il leur en mécherrait (arriverait mal) ; et que Dieu avait souffert prendre (qu'on prît) Jeamxe la Pucelle^ parce qu'elle s'était constituée en orgueiL et pour les riches habits quelle avait prisy et quelle n avait pas fait ce que Dieu lui avait commandé; aim avait fait sa volonté.

Il mandait aussi comme Monsieur le duc d'Orléans, lequel avait été tenu vingt-cinq ans prisonnier en Angleterre, était arrivé à Calais, et do là était allé à Gra vélines, etc..

[Voilà avec le contexte le fameux passage sur Jeanne d'Arc. Il est manifeste que, en résumant les quatre-vingt-quinze lettres de TArchevêque-chancelier aux bourgeois de la ville archiépiscopale, Rogier n'a nullement suivi Tordre chronologique. Avant de parler des malencontreuses missives de Regnault de Chartres sur celle qu'il avait approuvée à Poitiers, TAbréviateur rapporte celles qui regardent le congrès d* Arras, qui fut tenu cinq ans après la prise de Jeanne; d'un bond, après avoir narré Tintervention du triste berger du Gévaudan, il en vient au rachat du duc d'Orléans, qui ne fut opéré que dix ans après la sortie de Compiègne. Ce pôle-môle n'est pas sans diminuer l'autorité d'une pareille analyse. On voudrait avoir le texte môme de Tincrimination du prélat sur la mémoire duquel pèsent semblables lignes. Il est manifeste que le chancelier a parlé de la Libératrice dans plusieurs de ses lettres, et la conjecture émise dans la Pucelle devant l'Église de son temps (page 82) devient certitude, quand on lit le passage entier de Téchcvin de Reims. Il a été déjà discuté. Les inculpations du malheureux pastour contre celle qu'il prétendait sottement remplacer et continuer n'atteignent pas la Vénérable; elles retombent sur celui qui s'en est fait l'écho. Quand

toutes les pièces auront été produites, il faudra revenir sur le rôle de rArchevèque-chancelier.

Rogier ne dit rien de la cérémonie du sacre de Charles VII; il a cru sans doute qu'il suffisait du livre où il a raconté d'une manière générale comment les choses devaient se passer. Les détails en sont très intéressants, et le seraient bien plus, s'il n avait pas semé de grosses et nombreuses fautes de latin les multiples oraisons liturgiques, si propres à donner la juste idée de la royauté chrétienne et de la souveraineté, telle que TKglise la conçoit.

Ce que Rogier ne nous a pas décrit, trois seigneurs angevins vont le mettre sous nos yeux.]

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