‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 152 sur 327 · LE SACRE : LETTRE DE TROIS SEIGNEURS ANGEVINS · texte numérisé non relu

LE SACRE : LETTRE DE TROIS SEIGNEURS ANGEVINS

dont elle tirait son nom. C'était en Anjou, à Angers ou à Saumur que résidait le plus souvent Yolande, quand elle n'était pas à la cour de son gendre. Elle avait aussi sa cour à elle, et elle était brillante. Les trois gentilshommes qui écrivent étaient probablement des seigneurs de cette cour. D'après Quicherat, le premier signataire en serait le premier personnage, puisqu'il ne serait autre que Pierre de Beauvau, sénéchal d* Anjou et du Poitou.

Le Père Ménétrier publia le premier la lettre des trois gentilshommes dans sa Bibliothèque instructive (t. P% p. 90). Il la reproduisit d'après l'original possédé par Tabbaye de la Bénissons-Dieu-en-Forez. Dans ces dernières années, vers 1888, on en a découvert une copie dans les archives de Riom; l'écriture est, dit-on, de la première partie du xv* siècle. L'auteur de la découverte, M. Boyer, a publié le texte de Riom ; il dififère très peu de celui du Père Menestrier.

Voici, légèrement rajeuni, le texte publié par M. Boyer :

« Nos souveraines et très redoutées Dames, qu'il plaise à vous de savoir que hier le roi arriva en cette ville de Reims, où il trouva toute obéissance plénière, et aujourd'hui il a été sacré et couronné ; cela a été moult belle chose à voir le bel mystère ; car il a été aussi solennel, toutes choses ont été trouvées appointées aussi bien convenablement pour faire la chose, soit couronne et habits royaux et autres choses à ce nécessaire, comme si on Teùt mandé un an auparavant ; et il y a eu tant de gens que c'est chose infinie à écrire, et aussi la grande joie que chacun y avait.

« Messeigneurs les ducs d'Alençon, le comte de Clermont, le comte de A^endôme, les seigneurs de Laval, le seigneur de La Trémoille, y ont été €n habits royaux, et Monseigneur d'Alençon a fait le roi chevalier. Les clessusdits représentaient les pairs de France, Monseigneur d'Albret a tenuTépée devant le roi durant ledit mystère.

« Pour les pairs de l'Église, y étaient avec leurs crosses et mitres, Messeigneurs de Reims, de Châlons qui sont pairs; et au lieu des autres les ^vêquesde Séez et d'Orléans, et deux autres prélats*. C'est Monseigneur ie Reims qui a fait le mystère et le sacre qui lui appartient^.

^ - Les évêques de Laon et de Troyes. Les six évèchés pairies étaient Reims, Laon, wvais, Noyon, Châlons et Soissons. Reauvais et Noyon étaient occupés par des '■^lats très déclarés pour la cause anglo-bourguignonne ; Soissons devait adhérer 1^«^ le sacre. Des six pairies laïques, il n'en restait plus qu'une : elles avaient été ^^inies à la couronne. La pairie du duché de Rourgogne avait pour titulaire l'auteur ^ tout le mal, le duc de Rourgogne, alors fort déconcerté.

^. Cela peut vouloir dire : « fonction qui lui revient » ; ou bien : « le sacre qui est le *^*^d de la cérémonie ».

« Pour aller quérir la sainte ampoule en l'abbaye de Saint-Rémy, et pour rapporter en la grande église de Notre-Dame, où a été fait le sacre, furent ordonnés le maréchal de Boussac, les seigneurs de Rais, Graville, et r Amiral, avec leur quatre bannières, que chacun portait en sa main, armés de toutes pièces, à cheval, bien accompagnés, pour conduire Tabbé dudit lieu qui portait ladite ampoule; et ils entrèrent à cheval en ladite grande église, et ils descendirent à l'entrée du chœur. C'est en cet appareil qu'ils l'ont rendue en ladite abbaye après le service, lequel service a duré depuis neuf heures jusqu'à deux heures ; et à Theure que le roi fut sacré, et aussi quand on lui assit la couronne sur la tète, tout homme cria « Noël ! » et les trompilles sonnèrent en telle manière qu'il semblait que les voûtes de l'église dussent fendre.

« Et, durant ledit mystère, la Pucelle s'est toujours tenue joignant du roi, tenant son étendard en sa main; et était moult belle chose de voiries belles manières que faisait le roi, et aussi la Pucelle. Dieu sait si vous y avez été bien souhaitées.

« Aujourd'hui ont été faits comtes par le roi le sire de Laval, le sire de Sully, et Rais maréchal.

« Vendredi, il y eut huit jours, le roi mit le siège devant Troyes, et il leur fit moult forte guerre. Ils vinrent à obéissance; et il y entra par composition le dimanche suivant. S'ils ne lui eussent pas fait obéissance à son plaisir, il les eut pris de vive force, car c'est une chose moult merveilleuse de voir la grande puissance de gens qui sont en sa compagnie. « Le lundi ensuivant, le roi se départit de Troyes, tenant son chemin vers Chàlons. Ceux de Châlons ont envoyé devant lui à demi-journée pour lui rendre obéissance. Le roi y entra jeudi et en partit vendredi tenant son chemin vers cette ville {de Reims)^ et pareillement ceux de cette ville sont venus au-devant du roi lui rendre obéissance; ils sont bien joyeux de sa venue et le montrent à leur pouvoir.

(c Le roi doit en partir demain tenant son chemin droit a Paris. On dit en cette ville que le duc de Bourgogne y a été, et s'en est retourné à Laon, où il est à présent. Il a envoyé devers le roi une ambassade qui arriva hier en cette ville. A cette heure, nous espérons que bon traité s'y trouvera {sera fait) avant qu'ils partent.

« La Pucelle ne fait nul doute qu'elle ne mette Paris a l'obéissance.

'< Audit sacre, le roi a fait plusieurs chevaliers, et aussi les seigneurs pairs

en font tant que [c'est] merveilles; et il y en a plus de trois cents nouveaux.

« Par deçà le roi n'entend {ne pense) qu'à faire son chemin, et pour

ce ne besogne en rien autre choses

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