‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 16 sur 327 · Anselme, t. VllI, p · texte numérisé non relu

Anselme, t. VllI, p

el d'autres Gascons devenus depuis si populaires ont débuté par là.

Abandonné par la noblesse, le gros des forces de Charles VII à Tarrivée de la Pucelle se composait de ces bandes. Bien plus, s'il y avait des Français dans leurs rangs, les étrangers en formaient l'appoint le plus considérable. C'étaient des Espagnols, Aragonnais, Castillans, tels que Rodrigue de Villandrado, don Cernay, de Partada. C'étaient des Lombards. Dès 1423, Charles VII avait recruté en Lombardie six cents hommes d'armes, mille hommes de pied. Théaulde Valpergue, Borne Caqueran, sont des Lombards. Leur avidité avait amené la défaite de Vemeuil. Vainqueurs de leur côté, ils s'étaient jetés sur les bagages des Anglais, sans se demander si la victoire était gagnée à l'aile opposée.

L'Kcosse fut la principale contrée où le roi de Bourges recrutait pareils auxiliaires. Il y faisait des levées qui atteignaient quelquefois jusqu'au chiffre de six mille hommes. Ils venaient en France commandés par des membres de la famille royale, par le comte de Bucland, fils du régent Albany, par le connétable d'Ecosse lui-môme, le duc de Darnley. Ce n'étaient pas seulement de grosses sommes que promettait le malheureux roi, il aliénait en leur faveur jusqu'à des provinces telles que la Touraine. Ils vinrent en si grand nombre que l'on disait la France partagée entre les Anglais et les Ecossais. Ils se rendirent profondément odieux par leur orgueil, leurs déprédations et leur gloutonnerie. Leurs excès ne doivent pas cependant faire oublier les services rendus, et le sang versé pour notre cause. La victoire de Baugé, en 1421, leur fut principalement due. Pour diminuer l'effet produit sur son parti par la défaite de Crevant^ Charles VII écrivait qu'il n'y avait péri qu'un petit nombre de nobles Français, mais seulement des Ecossais, des Lombards, et autres étrangers, qui avaient coutume de vivre sur le pays. Dans un autre volume, nous avons cité Bazin écrivant que Ton se consolait du désastre beaucoup plus grand subi Tannée suivante à Verneuil, parce que les Ecossais y étaient tombés en très grand nombre. On les retrouve à Rouvray ; le connétable d'Ecosse et son fils y périssent, comme avait péri à Verneuil le comte de Bucland, devenu connétable de France. Il y avait des Ecossais autour de Jeanne d'Arc ; ils devaient jouer un rôle capital dans une conspiration ourdie à Paris pour livrer la ville au roi, lorsque Jeanne rentrait en scène à la fin de mars 1430. Un Ecossais pénètre auprès d'elle dans la prison d'Arras, et lui montre son portrait. Il n'est pas invraisemblable que c'était lui qui l'avait fait.

Leurs excès ne furent pas toujours sans excuses. Ils n^étaient pas régulièrement payés; ils Tétaient mal, ou pas du tout; encore devaient-ils vivre. Ils mouraient pour la France; pareil souvenir doit tempérer les sévérités de l'histoire. En récompense de leurs services, les rois firent

des Écossais les premiers gardiens de leur personne. La première compagnie de la garde royale conserva le nom de garde écossaise, alors même qu'elle ne comptait plus un seul Ecossais dans ses rangs ; ce qui avait lieu depuis plusieurs années, lorsque le Père Daniel écrivait sa belle Histoire de la milice française^ en 1721 ^ C'est du moins ce qu'il affirme.

Dans le volume précédent a été retracé le tableau de la misère des peuples foulés par les envahisseurs et par les défenseurs. Quelque sombres qu'en soient les couleurs, elles le sont moins que la réalité attestée par mille documents. Les villes, pour se mettre à couvert des ennemis et des protecteurs, formèrent des milices dans leur sein, ou plus exactement se constituèrent en milices, mettant à la tête des divers quartiers des dizainiers, des centeniers; elles s'exercèrent au maniement des armes, formèrent des archers, des arbalétriers, des canonniers, en même temps qu'elles se pourvurent des engins de guerre nécessaires. Pour préparer des archers, Charles V avait défendu que le dimanche et les fêtes l'on se livrât à d'autres jeux qu'au maniement de l'arc. On s'y livra avec tant d'entrain que la noblesse craignit d'être supplantée, et l'on restreignit le nombre de ceux qui devaient faire semblable apprentissage *.

La noblesse eut toujours du mépris pour ces milices, dont l'armement était nécessairement fort défectueux. Les chroniqueurs en parlent en des termes qui, à la désinence près, sont ceux de Cambronne. Cependant, quand on lit de près les Chroniques qui nous racontent les exploits de l'héroïne, l'on voit que le commun, pour employer l'expression du temps, a fourni à la Libératrice son meilleur appoint à Orléans et ailleurs. La multitude l'a suivie avec enthousiasme, tandis qu'elle a trouvé en haut des envieux qui l'ont traversée. Ce point n'ayant pas été assez mis en lumière, les soulignements des passages où le fait est constaté sont pour attirer l'attention sur une particularité qui n'est pas sans importance. N'est-ce pas un trait de plus de ressemblance avec le divin Fiancé, dont ses ennemis disaient : Il séduit les foules, tout le monde court après lui ?

Les milices communales se rangeaient autour de la bannière de la cité, du patron de la paroisse, de la compagnie à laquelle elles appartenaient ; les milices seigneuriales autour de la bannière du suzerain, ou du seigneur dont elles relevaient. Quand le roi était présent, c'était lui qui, de l'avis de son conseil, prescrivait l'ordre de bataille et la marche

1. Père Daniel, Histoire de la milice française, t. II, p. 116.

2. BouTARic, Bibliothèque de V École des chartes, année 1861 (Organisation militaire de la France).

de l'armée. En son absence, c'était le lieutenant général qu'il avait nommé. Tel était Dunois à Orléans, le duc d'Alençon dans la campagne de la Loire.

Le premier titre militaire était celui de connétable. Il a été déjà dit qu'Arthur de Richemont, qui en était investi lors de la carrière de la Libératrice, était tombé dans la plus entière disgrâce. Le seigneur de Boussac et de Sainte-Sévère était, ce semble, le seul maréchal, à l'arrivée de Jeanne, puisque de Rais n'obtint ce titre qu'au sacre de Reims.

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