‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 161 sur 327 · ROBERT BLONDEL · texte numérisé non relu

ROBERT BLONDEL

supérieur à tous les autres Targument tiré de la mission de la Pucelle. Voici comment il s'exprime :

« Ne parlons pas, j'y consens, de votre injuste et criminelle exhérédation. Votre miraculeux couronnement, très illustre prince, enlève tout allument et tout doute aux hommes de sens. Vous étiez réduit à la dernière extrémité. Est-ce par la puissance des hommes, par le secours des princes que vous avez pu recevoir votre très auguste sacre? Pour un si haut mystère, une simple Pucelle, innocente, née dans une humble condition, vous a été envoyée par Dieu, ainsi qu'il faut pieusement le croire. Vous étiez envahi de toutes parts : ce que les hommes ne pouvaient pas faire, elle l'a fait ; elle vous a apporté un secours tombé du Ciel. A travers les rangs d'ennemis acharnés, triomphant de cruels tyrans, ce que vous ne pouviez pas attendre des efforts humains, elle vous a glorieusement introduit à Reims. Là la sainte ampoule, jusqu'alors desséchée, a débordé d'une huile céleste*, et avec votre sacre vous avez reçu les insignes de la royauté.

« 0 Charles, roi Très-Chrétien, par les entrailles de Jésus-Christ dont par droit héréditaire vous êtes le vassal privilégié, écoutez ce que la sincère affection de ma charité, le zèle de l'extension de la foi me pressent de dire à votre piété. Vous avez à relever votre royaume calamiteusement affligé, à venger le patrimoine du Christ souillé par les infidèles. Méditez souvent le très haut mystère de votre couronnement, la délivrance qu'en ce jour vous avez promise à votre peuple. Ce que par serment vous avez promis à votre couronne et à votre royaume, hâtez-vous d'en faire sentir les salutaires effets. Sans quoi je redoute que le suprême Empereur, qui tient dans sa main tous les États, mais particulièrement le vôtre comme son royaume de prédilection, ne vous fasse sentir les effets de sa colère, en punition de l'oubli de ses immenses bienfaits...

« 0 Charles, athlète très particulièrement prédestiné à la défense de la foi, — singularissime'fidei Athleta^ — que tardez-vous à délivrer votre royaume des durs oppresseurs... qui vous empêchent de secourir le saint patrimoine du Christ si dévasté... de trouver partout des actes de vertu à exercer. Poursuivez vaillamment la guerre, et, c'est ma ferme conviction, jamais cœur ne rêva de demander à Dieu une victoire pareille à celle qui attend les lis en France et dans le monde, si vous savez vous m outrer courageux. »

Cette promesse est celle qui termine la lettre de Jeanne aux Anglais, alors qu'elle assure qu'en sa compagnie les Français accompliront en

1. Blondel croit que l'huile de la sainte ampoule comme tarie pendant la domination anglaise avait soudainement reparu pour le sacre de Charles Vil,

faveur de la chrétienté /^jo/î/s beau fait qui encore ait été fait. Le langage de Blondel rend si bien raison de la faveur unique accordée à la France par la Pucelle, il est si bien en accord avec les sentiments intimes de la Libératrice, qu'on nous pardonnera d'en traduire encore quelques lignes. Blondel dans une hardie prosopopée fait parler les prédécesseurs de Charles VIL Voici, au chapitre xvli, quelques-unes des paroles par lesquelles saint Louis presse Charles VII d'expulser les Anglais.

« De tous les Etats policés, le plus excellent c'est le royaume de France quand il ne forme qu'un seul et même corps. La foi chrétienne lui confère un éclat sans pareil. La puissance divine le dirige et le gouverne avec les tempéraments d'une souveraine équité. Ceux qui sont appelés à le régir doivent unir pour le défendre le courage d*un grand cœur à une joyeuse ardeur pour le métier des armes. Le corps vit par l'âme, le royaume de France par la vraie religion ; la foi du Christ en est la suprême loi. 0 cher petit-fils, appelé à être à la tête d'un si beau royaume, ce n'est pas pour vous endormir dans le repos et l'inertie; vous êtes né non pour vous, mais pour le salut et la défense de votre royaume et de la foi catholique. »

On aime à croire que ces objurgations réveillèrent Charles VII, plus que les reproches de la Sorel, dont nous parlent certaines histoires. Ce qui est certain, c'est que la conquête de la Normandie et de la Guyenne suivirent de très près ; celle de la Normandie Tannée même, celle de la Guyenne Tannée suivante. Le glorieux événement tenta la plume de Robert Blondel. Il écrivit sous le titre de Reductio Normanniœ {Recouvrement de la Normandie) un volume dont la Bibliothèque nationale possède trois copies, dans le fonds latin, n°* o964, 6194, 6198. Il fut composé en 1454. Robert Blondel était alors le précepteur de Charles, duc de Berry, le second fils de Charles VII, et le fils préféré depuis que le fils aîné, le futur Louis XI, donnait à son père de si amers déboires.

Dans ce nouvel ouvrage, Blondel a une page sur la Pucelle. Elle se lit au chapitre xu de la IV® partie (/° 9i du ix" 5964). La voici traduite en français :

« Angleterre, nation rapace, nation sacrilège, combien fut laborieux pour toi avec ses ouze immenses bastilles, le siège de la ville illustre par sa foi et sa valeur, de la ville boulevard du royaume, d'Orléans. Tu osas bien profaner et piller, avec le village adjacent, le temple de Notre- Dame-de-Cléry, fameux par d'infinis miracles de tout genre, riche de tant de dons. Ce fut, ô sacrilège, le principe de tes revers.

« Ce féroce comte de Salisbury, conducteur de ce siège barbare, à demi caché regardait par la fenêlre de la citadelle du pont l'assiette de la ville, lorsque d'une main inconnue, quelques-uns disent de celle d'un

Elle conduit, à travers des nuées d'ennemis farouches, Charles alors Dauphin, jusqu'à Reims pour y recevoir la céleste onction. Celui qui naguère, dépouillé du royaume par l'infâme conjuration des siens, était poursuivi par des traîtres comme l'ennemi de la couronne, est maintenant ceint du sacré diadème par la Providence de Dieu ; vrai et légitime héritier du sceptre, il est comme tel élevé sur le trône. »

Quand Blondel écrivait cette page, le procès de réhabilitation était entrepris, mais la sentence n'était pas rendue. On ignore la date de la mort du prêtre si français ; il vivait encore en 1460. Il écrivit, ou tout au moins traduisit, à la demande de la reine, la pieuse Marie d'Anjou, le Traité ascétique des douze portes de r enfer.

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