‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 164 sur 327 · Estoit très fort au-dessous · texte numérisé non relu

Estoit très fort au-dessous

2. (c Et Tavoient au peu près laissé comme abandonné la plus grande partie de set princes et autres des plus nobles seigneurs, voyant que de toutes parts ses besoîgnes lui venoicnt au contraire. Néanmoins il avoit toujours bonne affection et confiance en Dieu. »

à tirer très raidemcnt, et de pleine venue ils firent reculer loin d'eux ceux qui étaient à cheval avec leurs hommes d*armes. Le connétable d'Ecosse et ses gens combattirent dès lors à Tune des entrées, mais, pour être bref, ils furent déconfits, et moururent sur la place le connétable d'Ecosse... et bien jusqu à six- vingts gentilshommes et d'autres jusqu'au nombre de cinq ou six cents combattants, la plus grande partie Écossais... et n'y eut de mort de la partie des Anglais, de gens de nom, qu'un seul homme nommé Bresanteau, neveu de Messire Morbier, prévôt de Paris... Et pouvaient être les Anglais environ dix-sept cents combattants de bonne étoffe, sans les communes, et, comme il est dit ci-dessus, les Français étaient bien de trois à quatre mille...

Pour laquelle maie aventure ainsi advenue, Charles eut au cœur grande Iristesse, voyant de toutes parts ses besognes venir au contraire de mal en pis. La dessus dite bataille de Rouvray fut faite la nuit des Brandons (<** dimanche de Carême) environ trois heures après midi*.

Le chapitre lvu, consacré à Jeanne d'Arc, sera reproduit après le lviu". Ce dernier complétera l'idée de l'état d'Orléans lorsque la Pucelle y fit son entrée.

Chapitre lvui. — Comment de par le roi Charles et ceux de la ville iOHians^ vinrent ambassadeurs en la cité de Paris^ pour faire traité au due de Bedfordy afin que ladite ville d'Orléans demeurast paisible.

Au commencement de cet an^, le duc de Bourgogne accompagné de

su cents chcvaucheurs ou environ, vint à Paris vers le duc de Bedford

par lequel il fut très joyeusement reçu, ainsi que par sa sœur, femme du

même duc Là ne tardèrent pas à venir Poton de Xaintrailles, Pierre

<l'Oi]çin, et d'autres nobles ambassadeurs envoyés par le roi Charles, et

par ceux de la ville et cité d'Orléans très fort molestés et resserrés ' par

le si^e des Anglais. Ils voulaient traiter avec le duc de Bedford et le

conseil du roi Henri d'Angleterre, pour que la ville d'Orléans sortît de

son oppression etdemeurât paisible, remise qu'elle serait entre les mains

1. La nuit des Brandons, le samedi. La journée du dimanche était censée commencer avec les premières vêpres.

2. L*année commençant à Pâques, qui tombait cette année le 27 mars, on doit entendre les derniers jours de mars ou les premiers d avril. ChufTart dît que ce fut le 4 avril.

3. Ont mouU fort estoient molestés et contraints. Contrainty de conriclus, avait alors comme première acception le sens de lier, enchaîner.

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du duc de Bourgogne, qui y établirait un gouverneur à son plaisir, et la tiendrait comme neutre ; d'autant plus que le duc d'Orléans et son frère, le comte d'Angoulême, qui depuis longtemps en étaient les droituriers seigneurs, étaient prisonniers en Angleterre, et n'étaient point de ladite guerre.

Le duc de Bedford convoqua plusieurs fois son conseil pour avoir son avis et ses sentiments sur semblable requête. Le conseil ne put venir à s'accorder sur pareille demande. Plusieurs remontrèrent au duc de Bedford les grands frais et les grandes dépenses du roi Henri pour le siège ; il y avait perdu plusieurs de ses meilleurs hommes ; la ville ne pouvait pas longtemps tenir sans être subjuguée, et les habitants étaient dans le plus grand péril ; c'était une des villes du royaume dont il importait le plus d'être les maîtres, pour des raisons qu'ils en posaient. D'autres témoignaient leur mécontentement à la pensée qu'elle serait remise entre les mains du duc de Bourgogne. Il n'était point raisonnable que le roi Henri et ses vassaux eussent eu les peines et soutenu les mises, et que le duc de Bourgogne en eût, sans coup férir, les honneurs et les profits. Un conseiller, maître Raoul le Sage, dit qu'il ne serait jamais en un lieu où Ton mâcherait [le fruit] au duc de Bourgogne, pour que ce même duc Tavalàt. Finalement, l'affaire débattue et examinée, la conclusion fut qu'on n*entendrait pas les Orléanais s'ils ne voulaient traiter avec les Anglais et leur rendre la ville.

En entendant cette réponse, les ambassadeurs répliquèrent qu'ils étaient sans pouvoir pour traiter sur ce pied ; et qu'ils savaient bien que les Orléanais endureraient bien des maux, avant de se mettre en l'obéissance et sujétion des Anglais. Ces conclusions données, les ambassadeurs repartirent et retournèrent en la noble ville d'Orléans, où ils firent connaître l'accueil fait à leur proposition.

Cependant le duc de Bourgogne, à propos de ces affaires, fut content des ambassadeurs Orléanais. Si cela avait plu au roi et à son conseil, c'eût été bien volontiers qu'il aurait assumé le gouvernement de la ci et ville d'Orléans, tant pour l'amour de son beau cousin le duc d'Orléans que pour éviter les suites qui pouvaient résulter de sa prise; mais le^ Anglais, alors en grande prospérité, ne songeaient pas que la roue de I^ fortune pouvait tourner contre eux ; et quoique, en ce voyage, le duc d^ Bourgogne eût fait plusieurs requêtes à son beau-frère le duc de Bedfor tant pour lui comme pour ses gens, peu lui furent accordées. Apre environ trois semaines de séjour en la noble et royale ville de Paris, î retourna en son pays de Flandre.

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