Texte : derrière une dodenne
retourner ensuite es pays de Touraine et de Berry. La chose ainsi conclue, il constitua chef principal dans TIle-de-France et le Beauvaisis Charles de Bourbon comte de Clermont, et avec lui le comte de Vendôme et le chancelier. Le comte de Clermont et le chancelier se tenaient le plus souvent en la ville de Beauvais, et le comte de Vendôme à Senlis, Guillaume de Flavy à Compiègne, Messire Jacques • de Chabannes à Creil. Le roi, avec les grands seigneurs qui Tavaient accompagné dans son expédition, retourna do Senlis à Crépy ; et de là, par devers Sens en Bourgogne, il retourna aux pays ci-dessus indiqués.
Toutefois les trêves furent confirmées entre les Bourguignons et les Finançais jusqu'au jour des prochaines Pâques, et avec cela le passage du /^ont-Sainte-Maxence, que tenaient les Français, fut remis entre les ocLains de Renauld de Longue val pour en être gardé.
Xa marche de France et de Beauvaisis demeura par là en grande trii>VM.lation. Ceux qui étaient es forteresses et garnisons, tant les Français ixa^ les Anglais, couraient chaque jour les uns contre les autres. Par smxite de ces courses, les villages des environs commencèrent à se <i^|peiipler, et les bonnes gens et les habitants se retiraient es bonnes villes.
[Tous les chroniqueurs constatent à Tenvi le néfaste résultat des trêves conclues à rencontre des avis de la Pucellc. Les Anglais n'y accédèrent P^s; les Bourguignons se travestirent en Anglais afin de pouvoir contiï^xier à guerroyer contre les Français, et ceux-ci les poursuivirent comme ^xiglais. Les pays redevenus français furent foulés par les deux partis. ^e duc de Bourgogne avait promis de mettre Charles VII dans Paris, ^l avait, pour s'y rendre, obtenu un sauf-conduit à travers le Beauvaisis, ^e Valois et les autres contrées qui venaient de proclamer Charles VIL Dles traversa en effet avec sa sœur, la duchesse de Bedford, qui, pour le maintenir dans Talliance anglaise, ne Tavait pas quitté depuis le mois de juillet. Parti de Hesdin le 20 septembre, il s'avança à petites journées, avec l'appareil d'un triomphateur, ainsi que l'indique Monstrelet par le titre même du chapitre lxxiii : Comment le duc Philippe de Bourgogne en grand appareil rameiia sa sœur en la cité de Paris au duc de Bedford son mari. Il longea Senlis sans y entrer, et reçut avec froideur les honneurs que lui rendirent Regnault de Chartres et le comte de Clermont, son beau-frère. Laissons parler Monstrelet :]
Le duc fut grandement regardé des Français qui, soit à pied, soit à
cheval, étaient sortis de Senlis... Le duc armé de toutes pièces, la tête exceptée, s'avançait monté sur un très bon et excellent cheval, et était très richement habillé. Après lui étaient sept ou huit pages, montés chacun sur un bon coursier. L'archevêque de Reims, chancelier de France, arriva le premier en rase campagne au-dessus de Senlis pour lui faire révérence et hommage. Charles de Bourbon, comte de Clermont, vint bientôt après, accompagné d'environ soixante chevaliers. Lorsqu'il fut arrivé assez près du duc, les deux ôtèrent leurs chaperons, et inclinèrent leurs chefs l'un à l'autre, en se disant quelques paroles de salutation, mais sans s'embrasser, comme témoignage de grand amour et de joie, ainsi qu'ont coutume de le faire ceux qui sont aussi prochains de sang qu'ils l'étaient l'un à l'autre. Après cette salutation et révérence, le duc de Bourbon alla baiser et embrasser sa belle-sœur de Bedford, qui était près, à la droite du duc de Bourgogne. Ils se firent brièvement quelques compliments. Il retourna bientôt vers son beau-frère le duc de Bourgogne. L'on ne vit point que celui-ci donna grand semblant d'amour pour lui, ni désir de prolonger l'entretien. Sans chevaucher l'un avec l'autre, sans faire longue conduite, ils se séparèrent en prenant congé l'un de l'autre au propre lieu où ils s'étaient abordés et rencontrés...
[Le couple entra triomphalement à Paris. Bedford était revenu de Normandie pour le recevoir, il s'avança à sa rencontre,] « et là furent faites grandes accolées et joyeuse réception... fut faite moult grande joie des Parisiens. Si y criait-on Noël partout sur le passage.
« Entre les autres choses, les Parisiens requirent au duc de Bourgogne qu'il lui plut de se charger du gouvernement de la ville de Paris qui avait pour lui très grande affection. Ils étaient tout prêts et armés pour maintenir sa querelle et celle de feu son père... Laquelle chose le duc leur accorda jusques après Pâques prochaines. » [C'est-à-dire jusques après l'expiration des trêves fallacieusement conclues avec Cliarles VII. En attendant, les deux beaux-frères conclurent qu'après Pâques l'on recommencerait la guerre de concert pour recouvrer les villes et les contrées qui avaient abandonné leur cause.
Bedford et sa femme allèrent en Normandie, le duc de Bourgogne établit de ses capitaines dans la capitale et les environs ;] « et après avoir séjourné à Paris durant l'espace de trois semaines, il s'en retourna par les chemins par lesquels il était venu en son pays d'Artois et de là en Flandre ».
[La guerre devait recommencer à Pâques ; mais les gens du duc de Bourgogne n'eurent pas la patience d'attendre. C'est ce que nous dit le chroniqueur par le titre même du chapitre lxxiv et par les premières lignes qui vont être reproduites.]
Chapitre lxxiv. — Comment les Français et les Bourguignons couraient Pun sur r autre nonobstant les trêves qui y étaient.
Durant le temps dessus dit, alors que les trôves étaient accordées entre le roi Charles et le duc de Bourgogne jusques aux Pâques suivantes, ces mêmes parties couraient néanmoins très souvent Tune sur l'autre. Et même, pour embellir leur querelle, quelques-uns de ceux qui tenaient le parti du duc de Boui^ogne, se boutaient avec les Anglais qui n'avaient pas trêve avec les Français, et avec eux [les Anglais) ils faisaient pleine guerre auxdits Français ; et les Français pareillement couraient et faisaient pleine guerre aux Boui^uignons, feignant les dessusdits Bourguignons être des Anglais, et à cause desdiles trêves il y avait peu ou néant de sécurité.
[Tel fut le résultat de ces trêves si fort improuvées par la Vénérable. Son histoire à partir du sacre est de toute obscurité, lorsque Ton ne tient pas compte de cette tortueuse diplomatie.
La guerre allait recommencer ouvertement après Pâques ; le duc de Bourgogne avait profité de Tintervalle pour en faire les préparatifs. Il convoitait particulièrement Compiègne. C'était la clef des communications de ses possessions du Nord avec rilc-de-France. Les conseillers du roi avaient été assez faibles pour s'engager de lui en laisser la garde jusqu'à la paix. Les habitants de Compiègne refusèrent d'accepter un tel compromis. De là chez le duc un profond ressentiment et des projets d'atroce, vengeance. Pâques, alors commencement de Tannée, une fois arrivé, Philippe se hâta de s'emparer des places qui étaient comme les avant-postes de Compiègne. Écoutons Monstrelet nous le dire. Après avoir vainement tenté de l'arrêter, la Pucelle allait devant Compiègne entrer dans la carrière de son martyre. C'est par le martyre quelle devait acheter ce que on ne lui avait permis de réaliser par les armes.]