lo., Ibid,, p. 88, note
LE PARTI AiNTlNATlONAL. 19
Luxembourg, comte de Saint-Pol, qui mourut en 1433. Quelques mois avant de mourir, il avait donné en mariage, le 20 avril, sa fille Jacqueline, âgée de dix-sept ans, au régent de France, le duc de Bedford. Ce fut une cause de refroidissement entre le régent anglais et le duc de Bourgogne. Bedford n'était veuf que depuis le 13 novembre 1432 d'Anne, sœur de Philippe, dont il a été parlé déjà; et sans en avoir demandé auparavant le consentement, il épousa une vassale du duc ; mais il devenait par là le neveu de deux puissants appuis de la cause anglaise.
Le premier de ces appuis était Louis de Luxembourg, évêquc de Thérouanne, chancelier de France pour TAnglelerre. La cour anglaise devait le faire monter sur le siège de Rouen, et lui obtenir la pourpre de cardinal.
Le second était Jean de Luxembourg, comte de Ligny et bientôt seigneur de Beaurevoir. Lieutenant général des guerres pour le duc de Bourgogne, le comte de Ligny se trouve partout dans les sièges, les prises de châteaux et de forteresses. Il devait passer à la postérité avec une flétrissure qui Vy fera vivre autant que la Libératrice elle-même, puisque c'est le comte de Ligny, seigneur de Beaurevoir, qui la vendit à TAnglais. Il mourut sans postérité le 6 janvier 1440, anniversaire de la naissance de sa victime.
11 avait épousé Jeanne de Béthune, vicomtesse de Meaux. Jeanne de Béthune, ainsi que sa tante Jeanne de Luxembourg, dame de Beaurevoir, ont mérité la reconnaissance de la Pucelle pendant qu'elle était leur prisonnière à Beaurevoir. L'accusée de Rouen témoigna de ce sentiment devant le sanhédrin qui l'entourait à la séance du 3 mars. Jean de Luxembourg n'ayant pas adhéré au traité d'Arras, ses biens à sa mort furent confisqués, mais ils furent rendus à sa veuve « en considération de ce qu'elle avait toujours eu, en particulier, bonne afl*ection pour le roi* ». En date du 10 septembre 1430, par suite durant la captivité de la Pucelle, Jeanne de Luxembourg institua son neveu de Ligny héritier de son manoir de Beaurevoir, et ne tarda pas ensuite à mourir. Jeanne de Luxembourg, dame de Beaurevoir, garda le célibat, fut marraine de Charles VII, et inspira à son frère Pierre de Luxembourg les sentiments de piété qui ont fait que l'Église Thonore sous le titre de Bienheureux, quoiqu'il soit mort à dix-huit ans, décoré de la pourpre par le pseudopontife d'Avignon.
Les chroniqueurs énuméreront avec une complaisance marquée de nombreux seigneurs bourguignons. Il serait trop long de dire un mot de chacun. Signalons Villiers de TIsle-Adam. En 1418 il avait introduit les Bourguignons à Paris, et assisté impassible aux massacres qui suivirent.
1. GonART, Mémoires de la Société d'émulation de Cambrai^ t. XXVllI.
Henri de Lancastre, pourne pas Tavoir pas trouvé assez obséquieux, le fit jeter en prison. 11 y resta deux ans ; Bedford l'en tira, et il continua à servir la cause qui l'avait si mal récompensé. A la suite du traité d'Arras il revint avec son maître au parti français et répara sa faute de 1418 en contribuant à faire rentrer sous l'obéissance de Charles VU la capitale qu'il en avait détachée dix-huit ans auparavant. Il finit par être mis en pièces dans une sédition des habitants de Bruges, dans le cortège même de son duc.
Citons encore parmi les seigneurs qui se rangeaient autour de l'étendard de Bourgogne, la croix de Saint-André, Toulongeon, maréchal de Bourgogne et la puissante famille des Vergy. Le plus fameux, Antoine de Vergy, blessé à Montereau, à côté de Jean sans Peur dont il était chambellan, fut comblé de faveurs et par le duc et par le roi d'Angleterre. Ce dernier le nomma maréchal de France. On lui fait honneur de la victoire de Crevant, remportée contre son pays.
/ Pour pénétrer dans l'histoire de la Libératrice, il est important de se ' rappeler qu'un frère de La Trémoille, le sire de Jonvelle, était un des favoris préférés du duc de Bourgogne. Lorsque les Anglais occupèrent Sully, Jonvelle se rappela que la seigneurie appartenait à son frère et s'en constitua le fidèle gardien. Il n'en fut pas autrement pour les maisons que Georges possédait à Paris.
Un personnage dont la monographie éclaircirait un des points les plus obscurs de la vie de la Libératrice et jetterait un grand jour sur l'époque, est Perrinet Gressart, ou Grasset, ainsi que le nomment la plupart des historiens, encore qu'il signât Gressart. Il semble qu'il était originaire du Poitou, puisque, le 13 avril 1424, il échange la terre de La Robinière, qui lui vient par héritage de son oncle et de sa grand'mère, une Toillant. Ce fut en tout cas un de ces aventuriers dont foisonne l'époque, qui fit de La Charité-sur-Loire comme une petite capitale, d'où il sortait pour rançonner le Berry, le Nivernais, l'Auxerrois, le Bourbonnais. Avec des formes obséquieuses envers son très redouté seigneur le duc de Bourgogne, on le voit refuser de lui obéir, ne tenir aucun compte de ses saufs-conduits et imposer ses conditions pour accepter la paix. Ne pouvant être réduit, il est nommément exclus des trêves qui se font; il se dédommage de ses pertes prétendues ou réelles, de ce qu'il prétend lui être dû, en faisant jeter en prison, et en rançonnant des personnages aussi puissants que l'était le sire Georges de La Trémoille. Il le fit arrêter, alors que le tout-puissant favori se rendait avec un saufconduit pour des négociations vers le duc de Bourgogne. Une grosse rançon put seule rendre le négociateur à la liberté. Ailleurs il se saisit d'un troupeau de pourceaux que Ton conduit à Nevers, parce que la ville
lui devait je ne sais quelle somme. LaPucelle ne put parvenir à Texpulser de son repaire ; Perrinel le conserva après le traité d'Arras, et ne reconnut Charles VII qu'après avoir fait ses conditions. N'ayant pas d'enfants de sa femme Etienne tte de Cour vol, il porta sa sollicitude sur ses nièces qu'il maria richement et noblement. L'une d'elles, Étiennetle, fille de noble homme Grézeville de La Lande et de noble demoiselle Jeanne Gressard, épousa François de Surienne, dit l'Aragonnais, un aventurier espagnol allié aux Borgia, venu pour chercher fortune en France. Perrinet traite François l'Aragonnais comme un fils. Il en avait fait un bailli de Saint-Pierrele-Moustier, d'où Jeanne d'Arc l'expulsa avant de mettre le siège devant La Charité. De Surienne continua à combattre pour l'Anglais, après le congrès d'Arras*.
L'Eglise a l'effusion du sang chrétien en horreur. Les pontifes, par leurs légats et leurs lettres, n'ont jamais cessé, durant cette désastreuse guerre, de rappeler à la paix ces frères ennemis. Ils faisaient appel à tous les intermédiaires qui pouvaient seconder leurs vues. Les intermédiaires ne manquaient pas ; des liens de parenté unissaient tous ces princes qui se déchiraient. Aussi les négociations entre la cour de France et la cour de Bourgogne ne discontinuent presque pas depuis 1 422 jusqu'au traité d' Arras. Négociations stériles ; le duc de Bourgogne les élude, lié, disait-il, par son serment de ne pas traiter sans l'Anglais, par son honneur qui veut qu'on commence par lui livrer les meurtriers de Montereau, et que l'on fasse d'humiliantes réparations. En attendant ce que Ton appelle la paix finale, Ton conclut, l'on prolonge des trêves fallacieuses, mal gardées, sujet de mutuelles récriminations. Elles ne trompèrent pas la céleste envoyée qui en était fort mécontente, et qui aurait voulu et demandait une paix solide et ferme. Elle savait et elle disait qu'on n'aurait cette paix qu'au bout de la lance. On n'ajouta pas foi à sa parole. L'on n'apprécierait pas toute l'étendue des maux qui punirent ce défaut de foi, si l'on disait que ce fut un état de guerre désastreux jusqu'au traité d'Arras, en 1435. Ce traité lui-même fut un bien relatif, en ce qu'il permit de combattre TAnglais désormais isolé de l'allié qui faisait sa force; mais il fut la cause d'immenses malheurs pour la suite. Charles VII s'y humilia profondement et accepta du Bourguignon de bien dures conditions. Le fils de ce dernier, Charles le Téméraire, balance la fortune de Louis XI, et la fille et l'unique héritière du Téméraire porte ses immenses États dans la maison d'Autriche ; autant de semences de guerres séculaires entre la France et l'Empire. Le bout de la lance de la Pucelle, si on avait voulu la seconder, aurait vraisemblablement écrasé tous ces germes d'un si lamentable avenir, en
1. Extrait de diverses pièces des archives dépaftementales de Dijon et de Nevers. M. de Flamard, archiviste à Nevers, a très ohiigeamment secondé nos recherches.
réduisant la puissance du Bourguignon à ses justes limites. Les maux causés au pays par cette maison de Bourgogne sont incalculables. Sans vouloir ici entrer dans des discussions politiques, c'est un fait historiquement évident que la plupart des guerres qui ont ensanglanté notre passé furent des guerres de succession dynastique. La raison, et encore moins la foi, n'établissent pas qu'il faille faire égorger par milliers et milliers de paisibles cultivateurs, ruiner des provinces, pour rétablir un maître, même injustement dépouillé, à plus forte raison pour défendre des droits litigieux. C'est un progrès sensible de penser que les maux si épouvantables de la guerre doivent aujourd'hui être justifiés par des motifs plus élevés et qui touchent de plus près ceux qui en subissent les plus lourds fardeaux*.
L'Angleterre s'épuise pour assurer la double couronne de France et d'Angleterre sur la tête d'un enfant. Cet enfant grandira ; il sera homme fait quand, par la perte de la Normandie et de la Guyenne, il verra le royaume de France lui échapper totalement à l'exception de Calais, mais ce n'est qu'un prélude : la couronne d'Angleterre tombera de sa tête, y sera replacée, en tombera encore, et il mourra lui-même dans la trop fameuse prison appelée la tour de Londres, assassiné, pense-t-on. Heureux que les vertus chrétiennes dont il fut doué lui aient mérité une autre couronne que celle qui est l'objet de ces sanglants jouets ! Jouets d'horreur. L'Angleterre nagea dans le sang durant vingt ans pour savoir si la Rose rouge ou la Rose blanche remporterait. Toutes deux y disparurent; la couronne passa à un des petits-fils de cette Catherine pour la main de laquelle le second des Lancastre ensanglantait la France. Ce petit-fils, Henri ïudor, n'avait pas dans les veines le sang des Lancastre ; il descendait d'un chevalier d'assez médiocre condition, que la dame restée veuve avait épousé en secondes noces. Pour être devenue une citation banale, la parole des Saints Livres, Et niinc reges inteWgite et erudimini n'en est pas moins vraie, tout comme cette autre : Filiihominum usquequà gravi corde, ntquid diligitis vanitatem et quœritis mendaciiim? X quoi bon dérouler ce livre si souillé de l'histoire des passions humaines, si l'on ne devait pas recueillir quelques-uns de ces ;enseignements fondamentaux?
1. I/éloquent prédicateur de Notre-Dame, Mgr d'Hulst, constatait ce progrès, et cette différence des causes de la guerre, dans sa conférence : iVon occides. (Carême de 1896.)