‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 19 sur 327 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SosiMAiRE : L — Complication de Tart de la guerre au temps de Jeanne d'Arc. — Le chevalier, Técuyer, Thomme d'armes. — Les archers anglais. — L'arbalète inutilement interdite par l'Église dans la guerre entre chrétiens. — Infériorité de l'armement des milices municipales. — La Pucelle excelle à tirer parti de l'artillerie. — L'artillerie produisait déjà de puissants effets au commencement du xv« siècle.

ÏI. — Les forteresses qui couvraient le pays. — Empressement des villes à se fortifier.

— Les sièges. — Ce que demandait un siège. — Bastilles, boulevards, fossés. — Comment on comblait les fossés. — Comment on se protégeait en montant à l'assaut.

— Les mines.

m. — Manière dont se recrutaient les soldats. — La solde payée au capitaine. — Les profits de guerre, rançon, pillage. — Part qui revenait au roi. — Certains prisonniers.

Ce serait une erreur de penser, ainsi qu'on le lit dans quelques basses histoires, que les batailles du moyen âge étaient des chocs impétueux et comme fortuits, sans ordre et sans tactique. Les xiv®et xv* siècles ont eu leurs Végèces ; leurs manuscrits ornent notre grand dépôt littéraire. Si la chevalerie française réputait de son honneur d'aborder Tennemi de front et d'exposer sa personne, ce n'était pas au point de dédaigner soit de choisir le lieu de la lutte, soit de disposer l'armée dans le meilleur ordre possible. On verra qu'en face d'un ennemi occupant une position inexpugnable, la Pucelle ne fut pas d'avis d'engager le combat, et se contenta de s'efiTorcer de l'attirer hors des retranchements. Embuscades, surprises, autres ruses de guerre, tout cela était bien connu et appliqué au moyen âge.

L'art de la guerre était d'autant plus compliqué au xv'' siècle que l'on faisait usage des armes des siècles précédents, en même temps que les armes de Tàge moderne étaient appliquées plus fréquemment et plus efficacement qu'on le pense et qu'on ne le dit parfois.

Les chevaliers se couvraient de fer des pieds à la tête, laissant à peine deux petites ouvertures pour la vue. De menues pièces aux genoux, au cou, des plaques de fer, s'agençant avec des cottes de maille et des plastrons rembourrés, les protégeaient si bien qu'ils étaient presque invulnérables, dit le Père Daniel. Ce qu'ils avaient le plus à craindre, c'était d'être renversés de cheval, parce que Ja pesanteur et la complica-

tion de leur armure les empochaient de se relever facilement*. La tête et le poitrail du cheval étaient eux-mêmes protégés par des chanfreins de métal, et les flancs par des flançois en cuir bouilli ^. Les gentilshommes, dès leur adolescence, étaient dressés au maniement des armes et aux exercices qui devaient donner force et souplesse à leurs membres.

Us s'y exerçaient en faisant fonction d'écuyers autour de Thomme d'armes, portant les pièces offensives de son armure, les lui présentant au moment de la bataille, enchaînant les prisonniers, Taidant à monter à cheval, ou à se relever s'il en était renversé. C'est un sujet controversé parmi les doctes de savoir le nombre d'hommes qui accompagnaient Vhomme d'armes^ ce que comprenait la lance fournie. La plupart des auteurs consultés semblent indiquer qu'il y en avait trois au moins : rhomme d'armes, son page, son coutilier ou valet ^ Il y avait ordinairement trois archers pour un homme d'armes.

C'est aux archers que l'Angleterre dut ses victoires en rase campagne. Placés au front de l'armée, ils recevaient les assaillants par une grêle de flèches. Si ces décharges étaient impuissantes à les arrêter, les chevaliers arrivés au camp anglais se trouvaient en lace d'une palissade de pieux aigus, inclinés, dont la pointe acérée était terminée en fer. Chaque archer devait en être muni; ces pieux étaient aigus des deux côtés, pour être facilement fixés en terre. Tandis que par un bout ils étaient plantés dans le sol, de l'autre ils présentaient au cavalier assez hardi pour s'aventurer jusqu'à l'ennemi leur extrémité taillée de manière à s'enfoncer dans le poitrail du coursier. Celui-ci se cabrait, s'embarrassait sur le terrain ainsi hérissé, renversait non seulement son cavalier, mais encore les cavaliers voisins. La noblesse anglaise chargeait alors à la faveur du désordre, et la déroute commençait. L'Eglise, dans sa sollicitude pour arrêter Teffusion du sang, n'avait pas seulement introduit la trêve de Dieu ; elle avait, dans un concile de Latran, interdit dans les guerres entre chrétiens l'usage de l'arbalète, comme étant une arme trop meurtrière. La défense, d'abord respectée par les Français, ne l'ayant pas été par les Anglais, force fut bien d'en user aussi. Le cours de l'invention des engins homicides continua donc pour en venir au degré de perfectionnement, où il est arrivé de nos jours, et où il fait des progrès qui présagent d'incalculables destructions. N'arrivera-t-il pas un jour où le monstre qui désirait que le peuple romain n'eût qu'une seule tête pour l'abattre d'un seul coup, serait presque en état de réaliser son rêve d'infinie scélératesse? N'y a-t-il pas

1. Père Daniel, Histoire de la milice française y 1. 1, p. 383 et passim, p. 400.

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