‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 190 sur 327 · CHRONIQUE DE GEORGES GHASTELLAIN · texte numérisé non relu

CHRONIQUE DE GEORGES GHASTELLAIN

Or, ce Franquet était un courageux homme que rien n'ébahissait; qui vit bien que le seul remède à son cas était de combattre la Pucelle, ne respirant de son côté que de tomber sur les Bourguignons, et ne cherchant toujours qu'à inciter les Français à batailler contre eux ^ Les deux parties en vinrent aux mains et combattirent longuement sans que les Français remportassent d'avantage sur les Bourguignons, ayant cependant moins de forces que leurs adversaires *, mais ils étaient hommes de grande valeur et de bonne défense, à cause des archers qu'ils avaient avec eux, qui avaient mis pied à terre.

Quand la Pucelle vit que rien ne se ferait si elle n'avait encore de plus grandes forces, elle manda en toute hâte la garnison entière de Lagny, et ainsi fit-elle des garnisons d'alentour, pour qu'on vînt l'aider à coucher à terre cette petite poignée de gens, dont on ne pouvait être maître. Accourus précipitamment, ils reprirent un troisième combat contre Franquet. Celui-ci, sans songera se sauver parla fuite, espérant toujours s'échapper et sauver ses gens par vaillance, finit par être pris, tandis que ses gens étaient tués pour la plupart et tous déconfits. Conduit prisonnier, il fut dans la suite décapité par la cruauté de cette femme qui désirait sa mort ' ; ce dont grandes plaintes furent faites dans son parti, car il était vaillant homme et bon guerrier.

Chapitre xiv. — Comment la Pucelle issit dehors Compiegne à Rencontre des Bourguignons j et comment elle fut prise en ceste envahye.

Je reviens au logis du duc, principal sujet de ce récit. Il était à Coudun, projetant toujours d'approcher de plus en plus près de la place, pour clore l'investissement et fixer le siège ainsi qu'il appartenait ; il y mit sens et entendement pour le faire bien et convenablement, et le plus possible à son honneur.

Or, il est vrai que la Pucelle dont il est tant fait mention ci-dessus était entrée de nuit dans Compiegne. Après y avoir reposé deux nuits, le second jour elle donna à connaître plusieurs folles imaginations ^ ; elle mit en avant et dit avoir reçu certaines révélations divines annonçant que de grands événements allaient advenir. Faisant donc une grande

1. Texte: «' La Pucelle mallement enflambée sur les Bourguignons, et ne queroit tousjours qu*à inciter François à bataille encontre eux ».

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