d., J6ûi., p. 402 et suiv
3. Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais^ t. XI. Dépenses faites pour secourir Orléans, par M. Loyseleur.
lieu de se le demander en voyant combien de morts à la minute renferme le canon de fusil du plus simple de nos troupiers?
Au XV* siècle, les armes, moins perfectionnées, étaient aussi beaucoup plus nombreuses. Il serait hors de notre compétence, tout comme en dehors de notre sujet, de décrire celles que Ton trouve mentionnées dans les Chroniques. Il semble que les troupes municipales, qui combattaient surtout à pied, s'armaient de tout ce qui était à leur disposition, n'ayant pas pour s'équiper les ressources de la chevalerie, qui d'ailleurs, se réservait le port de quelques armes préférées. C'est ainsi qu'on les voit aller au siège de Jargeau, non seulement avec des guisarmes, des haches, des arbalètes, mais avee des maillets de plomb, et qu'ailleurs on mentionne même des frondes*.
Tous les contemporains sont unanimes pour nous dire que Jeanne montra tous les talents d'un général consommé ; le duc d'Alençon — celui qui avait dû l'observer de plus près — affirme qu'elle excellait surtout à tirer parti de l'artillerie, maxime in prœparatioyie artillerie^ quia midtum benè in hoc se habebat. Ce sont les derniers mots de son intéressante déposition.
Quoique le mot désignât alors toutes les armes de trait, que l'arc et l'arbalète fissent partie de l'artillerie, il faut, croyons-nous, entendre par là les armes à feu, qui dès lors jouaient dans l'armée un rôle beaucoup plus prépondérant que l'on ne semble le croire. 11 y avait plus de cinquante ans que l'artillerie produisait des effets décisifs. C'est ainsi qu'en 1374 la place de Saint-Sauveur en Normandie, réputée jusqu'alors imprenable, cède promptement dès que les assiégeants sont en possession du grand canon de Caen'. Rouen, lors du siège, en 1418, possédait pour se défendre, d'après un poète anglais, jusqu'à cent canons, trois dans chacune de ses tours, dirigés en trois directions différentes^. Il y avait des armes à feu de calibres bien différents, depuis la grosse bombarde, quipourêtre traînée demandait vingt-deux chevaux et lançait des projectiles de 120 et 160 livres, jusqu'aux simples coulevrines, dont quelques-unes ne pesaient que 12 livres, dit M. Loyseleur. On chargeait les coulevrines avec du plomb, comme l'indique le mot plombées, par lequel on indique leurs projectiles. On chargeait les canons avec des pierres grossièrement arrondies. Avait-on trouvé le moyen de fabriquer des boulets de fer ? il semble que non ; c'est l'affirmation commune. Il ne faudrait pas cependant renvoyer jusqu'au règne de François 1" l'usage des boulets en fer, puisque le Père Daniel cite un compte de 1487, mentionnant des dépenses
2. Mémoires des antiquaires de Normandie, t. XXVIil : Le grand canon de Caen.