Folles phanlosmeries
assemblée du peuple et des gens de guerre qui follement avaient mis en elle grande créance et foi, elle fit tenir les portes closes depuis le matin jusqu'après dîner bien tard, et leur dit comment sainte Catherine lui était apparue, pour lui signifier, de la part de Dieu, que ce jour même, il voulait qu'elle se mît en armes, qu'elle sortît à rencontre des ennemis du roi, les Anglais et les Bourguignons ; que sans doute elle aurait la victoire et les déconfirait ; que le duc de Bourgogne serait pris en personne, et que la meilleure partie de ses gens seraient tués et déconfits^.
Les Français ajoutèrent foi à ses dits, et le peuple qui croit légèrement crut à ces folles illusions, parce que, dans des cas semblables, ils avaient quelquefois trouvé vérité en ses paroles, qui n'avaient toutefois nul fondement de certitude dans le principe de bonté, mais bien une claire apparence de déceptions de l'ennemi, comme il parut en la fin *. Or, toutes les classes de gens du parti de delà étaient ancrées dans l'opinion que cette femme était une sainte créature, une chose divine et miraculeuse, envoyée pour le relèvement du roi français '. Quand donc elle mit en avant présentement à Compiègne une si haute entreprise que celle de déconfire le duc de Bourgogne, de l'emmener prisonnier en personne, nul ne se trouva qui ne voulût être de si haute besogne, et qui volontiers ne s'engage&t tout joyeux pour une si haute délivrance, par laquelle ils seraient audessus de leurs ennemis. Tous d'un commun assentiment, à la requête de ladite femme, coururent à leurs armes, et faisant joie de ce qui devait leur donner un sentiment tout contraire, ils lui offrirent une suite prête à sortir avec elle dès qu'elle voudrait.
Elle monta à cheval, armée comme le serait un homme, et parée sur son armure d'une huque de riche drap d'or vermeil. Elle chevauchait un coursier gris pommelé, très beau et très fier, et se maintenait en son harnois et en ses manières comme l'eût fait un capitaine meneur d'une grande armée. En cet état, son étendard haut levé et flottant au vent, bien accompagnée de beaucoup de nobles hommes, sur les quatre heures après-midi, elle sortit de la ville qui tout le jour avait été fermée, pour faire semblable entreprise par une vigile de l'Ascension. Elle amena avec elle tout ce
1. C'est emprunté à Lefèvre de Saint-Hémy. La preuve de la fausseté de ce récit, c'est qu'au procès où Ton chercha de tant de manières à démontrer la fausseté des prédictions de Jeanne, il ne fut pas question de cette annonce, si cruellement démentie par les faits.
2. Texte : Parce qu'en cas semllaUe avoicnt trouvé aukunes foys vérité en ses dis, qui n'avoient nul fondement toutes voies de certaine bonté, ains apparence de déception d'ennemi^ comme il parut en la fin,
3. Or estoient toutes manières de gens du party de là boutez en Vopinion que ceste femme icy fust une saincte créaturey une chose divine et miraculeuse, envoyée pour le relêiement du roy franchois.