‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 193 sur 327 · LA CHRONIQUE DE GEORGES CHASTELLAIN · texte numérisé non relu

LA CHRONIQUE DE GEORGES CHASTELLAIN

dition. Ses faits recouvraient plusieurs hérésies et étranges choses bien périlleuses, sur lesquelles il était nécessaire d'avoir un très grand et très mûr conseil pour en décider salutairemcnt en vraie et bonne justice, comme le cas le demandait.

C'est la vérité qu après que cette Jeanne, dite la Pucellc, eût été prise et délivrée entre les mains du roi anglais, Tévèque du diocèse oii elle avait été prise Tavait fait demander très instamment, afin de Tavoir devers lui pour l'examiner comme son juge ordinaire. Pour ce motif il avait même envoyé vers le roi anglais en la cité de Rouen où il se tenait. Le roi, considérant que le cas était fort raisonnable, la lui délivra volontiers. Ledit évoque commit pour être examinateur avec lui le vicaire de rinquisiteur de la foi, s'adjoignant en outre grand nombre de maîtres en théologie, de docteurs solennels qui tous assistèrent aux interrogatoires. Toutes les hérésies, superstitions et erreurs dans lesquelles cette femme était tombée, clairement connues et prouvées, tant par sa propre confession comme par diverses investigations et claires circonstances de son cas, lesdits examinateurs les ayant notées par points et par articles, les envoyèrent à Paris pour être considérées et discutées publiquement en l'Université, afin que jamais, en nul temps à venir, ils ne pussent être notés pour avoir procédé légèrement en ce cas, par affection ou par haine, mais seulement en toute voie d'équité, et en vue du salut des âmes, pour qu'il pût et dût apparaître à tout le monde que tout avait été bien et justement fait. Ces points vus et examinés en assemblée générale furent, après mûre délibération de toute l'Université, jugés et condamnés comme pleins de dol et des méchancetés de l'ennemi, et en même temps ladite Jeanne fut jugée hérétique, blasphémeresse contre Dieu, et siiperstitieuso devineresse.

Cette condamnation prononcée par toutes voies contre la personne cl les aveux de Jeanne, les examinateurs, au nom de sainte Église qui voudrait sauver toutes les âmes, les réduire à vrai et bon état, sans faire mourir personne par justice séculière, se contentant d'une punition salutaire en prison ou autrement, les examinateurs n'omirent aucun effort, aucune peine, firent de longues et de diverses instances pour que cett.' femme rétractât les fausses déceptions par lesquelles l'ennemi Tavait conduite, pour qu'elle retournât à la vraie lumière de vérité et contrition [de ses péchés]^ délaissant les fausses et erronnées opinions et imaginations qu'elle avait conçues et qu'elle maintenait contre l'honneur de la divine majesté, et pour sa perpétuelle damnation ; mais leurs instances et leurs labeurs portèrent si peu de fruit qu'à cause de la diabolique obstination en laquelle elle persévérait et voulait persévérer toujours, elle fut livrée finalement à la justice séculière, à Rouen, pour faire d'elle ce

qu'elle en jugerait. L'Église se désintéressa d'elle après avoir bien saintement fait son devoir, et elle laissa la justice temporelle agir selon Tappartenir du cas.

Comment toute l'affaire avait été conduite et démenée, le roi anglais le notifia expressément au duc de Bourgogne, son oncle, par ses lettres, dont la teneur est celle qui suit :

« Très cher et très aimé oncle, etc. » [suivent les lettres déjà rapportées dans la Chronique de Monstrelet.]

Chastellain ajoute : « Le roi d'Angleterre signifia ces choses au duc de Bourgogne, afin que cette exécution fut publiée par lui, comme par les autres princes chrétiens dans tous ses pays et auprès de ses sujets, pour abolir et extirper Terreur et les mauvaises créances qui, sur cette femme, étaient déjà éparses par toute la chrétienté. »

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