‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 21 sur 327 · Ihid., t. XXVI : Le siège de Rouen · texte numérisé non relu

Ihid., t. XXVI : Le siège de Rouen

faites pour des boulets en fer, et des boulets en pierre de grès*. Les noms de mangonneaux, de veuglaires, de bombardes, de gros canons, que Ton trouve dans les Chroniques, suffiraient k prouver qu'il y avait déjà de la variété dans les grosses armes à feu.

Dans son Étude sur le siège d'Orléans^ M. Loyseleur croit pouvoir affirmer que les Anglais avaient des canons portant à huit cents mètres. L'on ne nie pas d'ailleurs que leur maniement, leur chargement, ne fussent une cause de lenteur dans le parti que Ton pouvait en tirer, et de grande infériorité, eu égard au parti qu'on en tire aujourd'hui.

Tout le pays était hérissé de châteaux et de forteresses, bâtis en vue de la guerre, ordinairement sur une hauteur, entourés de fossés, d'avantposles de défense, où une poignée de braves, retirés parfois dans le donjon, c'est-à-dire dans la plus forte tour, pouvaient tenir longtemps, pourvu qu'une surprise ou un défaut de vivres ne les forçât pas à capituler. L'on ne pouvait pas laisser derrière soi ces places au pouvoir de l'ennemi, sans vouer la contrée à d'incessants pillages. Les Chroniques sont pleines des prises et des reprises de ces forteresses, et aussi des terribles exécutions, des pendaisons de ceux qui les avaient défendues. Heureux quand une composition finale leur permettait de se retirer le bâton au poing, sans bagages et sans armes, ou qu'une rançon leur assurait la vie sauve. La rançon, il fallait pouvoir la payer, et il n'y avait guère d'espérance pour bien des compagnons, dont la corde finissait trop souvent les aventures. Maître de ces places, il fallait ou y laisser des gardiens pour les défendre, ou les démolir pour qu'elles ne pussent plus servir au vaincu ; alternative laissée à la prudence du vainqueur, que l'on voit adopter tantôt l'un, tantôt l'autre parti.

Les villes mettaient leur honneur comme leur sécurité à s'entourer de puissants remparts, étayés par de vastes systèmes de défense. Tours coupant les murs à quelque cinquante mètres de distance en distance, et dans les tours, mâchicoulis, meurtrières et places pour les engins de guerre ; fossés souvent doubles, larges, profonds, disposés de manière à pouvoir être facilement remplis par les eaux, alors qu'ils ne Tétaient pas habituellement ; aux bords des fossés, des boulevards ; pour l'usage habituel de la vie, quatre ou cinq portes dans les villes ordinaires, mais

i. Père Daniel, Histoire de la milice française^ t. I, p. 449. Un de nos amis versé en ces matières, lisant ces pages, nous assure d'après ses souvenirs que, dès i400, on fondait des boulels en fer. Videant peritiores.

portes fortifiées, munies de herses, et de tout ce qui était nécessaire pour lever ou abaisser à volonté les ponts-levis, c'est la ville du moyen âge. Nos promenades actuelles portent le nom de boulevards ou même de fossés, parce que primitivement elles se sont établies sur les anciens fossés comblés, ou les boulevards aplanis. Tant que Tartillerie n'a pas existé, ou a été dans l'enfance, ce n'était guère que par un siège et par la famine qu'oij pouvait réduire les villes ainsi fortifiées, tant qu'à l'intérieur il existait une milice vigilante pour prévenir les surprises ou déjouer les trahisons, courageuse pour utiliser les savants moyens de défense élevés en temps de paix. Voilà pourquoi les sièges tiennent si large place dans l'histoire militaire ancienne ou même du moyen âge. Dans la guerre de Cent ans, fameux sont les sièges de Calais, de Cherbourg, de Rouen, de Melun, de Meaux. Nos modernes résistances pâlissent fort à côté de rhéroïsme déployé par les défenseurs et les habitants des cités qui viennent d'être nommées.

Pour réduire une ville par la famine, il fallait opposer fortifications à fortifications, et construire une seconde enceinte enveloppant la première, construire comme une seconde ville, à cela près que tout y était dirigé pour forcer la première. C'est l'idée que Froissard nous donne des travaux exécutés par Edouard III autour de Calais. « Le roi Edouard, nous dit-il, fit bâtir hôtels et maisons et charpenter de gros merrain. Il fit couvrir lesdites maisons qui étaient ordonnées par rues, d'estrain (chaume) et de genêts; et avait en cette neuve ville du roi toutes choses appartenant à une armée et plus encore, et place ordonnée pour tenir marché le mercredi et le samedi; et là étaient merceries, boucheries, halles de drap et de toutes autres nécessités*. »

Les assiégeants devaient en efiFet se loger, loger les chevaux, emmagasiner les armements et les provisions. C'est à quoi étaient destinées les constructions appelées bastides, ou bastilles. Pour leur rendre plus difficile ce premier établissement, nous verrons les Orléanais raser leurs faubourgs et toutes les constructions en dehors des remparts. Les assiégeants devaient s'établir à une distance suffisante pour ne pas être trop inquiétés dans ce premier travail; élever des fortifications pour défendre l'accès des bastilles; c'est ce que désigne le mot boulevard, constructions en terre, retenues par des fascines, hérissées de parapets, renfermant souvent des taudis, espèces de guérites pour les sentinelles ; le tout était joint à des fossés, off'rant le double avantage de protéger les demeures des assiégeants, et en se prolongeant de relier les unes aux autres les diverses bastilles et de leur permettre de communiquer entre

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