‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 207 sur 327 · LA PUCELLE JUSQU'A LA DÉLIVRANCE D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LA PUCELLE JUSQU'A LA DÉLIVRANCE D'ORLÉANS

Sommaire : I. — Exposé calomnieux de la jeunesse de la Pucelle. ~ Formée à sa mission par Baudricourt. — Dédain avec lequel elle est d'abord accueillie. — Examens. — Manière dont le chroniqueur raconte le dessein de ravitailler Orléans, le ravitaillement et le séjour de Jeanne à Orléans.

11. — L étal du siège d'après Wavrin. — Second récit du ravitaillement.

[11. - Discours que Wavrin prête à la Pucelle. — Conquête successive des trois bastilles. — L'honneur en est principalement attribué à la Pucelle. — Part prise par les capitaines.

iV. — Retraite en bon ordre des Anglais dans les villes de leur obéissance. — Douleur du parti anglais. — Joie des Orléanais. — Le butin.

[Le chroniqueur, au chapitre vu de son quatrième livre, raconte la victoire remportée à Rouvray par les Anglais. Il dit que la conduite du convoi était confiée à Jean Fastre (Fastolf) qui moult était sage et prudent, auquel se fiait grandement le duc de Bedford, régent, car il était son premier chambellan et son grand maître d'hôtel. D'après lui, les Anglais étaient environ seize cents combattants de bonne étoffe sans les communes, et les Français étaient six mille hommes tous faits et experts en armes. Les Français y perdirent six-vingts gentilshommes et autres jusqu'au nombre de cinq cents combattants ; et de la part des Anglais, il n'y mourut des gens de nom qu'un seul, un très bel écuyer et vaillant homme, le neveu du prévôt de Paris.

Il introduit Jeanne d'Arc dans le chapitre suivant qui, par son titre même, nous dit l'idée qu'il s'en fait.]

Chapitre viii. — Comment Jeanne la Pucelle vint devers le roi de France à Chinon en pauvre état, et de son abus.

En cet an que pour lors on comptait mil quatre cent et vingt-huit («. 5/.), le siège étant à Orléans, vint devers Je roi Charles de France à Chinon, où il se tenait pour lors, une jeune fille qui se disait Pucelle, âgée de vingt ans ou environ, nommée Jeanne. Elle était vôtue et habituée en gnise d'homme, née des parties entre Bourgogne et Lorraine, d'une ville nommée Domrémy, assez près de Vaucouleurs. Cette Jeanne fut pendant un long espace de temps demeurant en une hôtellerie, oii elle était très hardie à chevaucher les chevaux, à les mener boire, et aussi à faire auti'es appartises {tours) et habiletés que les jeunes filles n'ont pas coutume de faire, laquelle fut envoyée devers le roi de France par un chevalier nommé Messire Robert de Baudricourt, capitaine dudit lieu de Vaucouleurs, commis de par ledit roi^ Charles. Messire Robert lui donna ^cs chevaux et cinq ou six compagnons, et si V introduisit (la forma), et lui apprit ce qu'elle devait dire et faire, et la manière qu'elle avait à tenir, ^disant Pucelle inspirée de la Providence divine, et qu'elle était transmise devers ledit roi Charles pour le restituer et remettre en la possession de tout son royaume généralement, dont il était, comme elle disait, chassé et débouté à tort .

1. Wavrin envenime la phrase de Monstrelet, en disant que Jeanne avait été formée ison rôle par Baudricourt, en affirmant que c'était Baudricourt qui lui avait suggéré

Cette Pucelle était à sa venue en fort pauvre état ; elle fut environ deux mois en Thôtel du roi, lequel par plusieurs fois, ainsi qu'elle y avait été formée^ elle admonesta par ses paroles de lui donner gens et aide et qu'elle rebouterait et chasserait ses ennemis, exalterait son nom et amplifierait ses seigneuries* ; certifiant que de cela elle en avait eu bonne' révélation; mais quoiqu'elle sût dire, en ce commencement, le roi ni ceux de son conseil n'ajoutaient pas grande foi à ses paroles et à ses» instances. Et on ne la tenait alors en la cour que comme une folle des — voyée ' [hors de bon sens), parce qu'elle se vantait de conduire à bonn ^^

fin une si haute besogne qu'elle semblait chose impossible aux hau^:: s

princes, vu qu'eux tous ensemble n'y avaient pu pourvoir. C'est pourqucuDi Ton tournait ses paroles en folie et en dérision, car il semblait bien à ci .s princes que c'était chose périlleuse d'y ajouter foi, à cause des blaî phèmes [moqueries ?) qui pourraient s'ensuivre, et des paroles brocards du peuple, vu que c'est une grande confusion à homme sa| d'être abusé pour croire trop légèrement, spécialement en choses sus pectes de leur nature.

Néanmoins, après que la Pucelle eût demeuré en la cour du roi en a état durant un bon espace de temps, elle fut mise en avant et reçut aide^ elle arbora un étendard où elle fit peindre la figure et représentation d< Notre-Seigneur Jésus-Christ. Toutes ses paroles étaient pleines du noi de Dieu. C'est pourquoi une grande partie de ceux qui la voyaient ^ * entendaient parler, e?i fols qu'ils étaient *, avaient grande confiance e^ * inclination [à croire) qu'elle fût inspirée, ainsi qu'elle disait. Elle fut plusieurs fois examinée par de notables clercs et gens de grande autorité, afin de s'enquérir et de savoir plus à plein son intention ; mais toujours elle maintenait son propos, disant que si le roi la voulait croire elle le rétablirait en sa seigneurie. Maintenant pareil propos, elle conduisit à heureuse fin certaines besognes, qui lui valurent grande renommée, bruit et exhaussement; ce dont il sera parlé plus à plein ci-après.

Lorsqu'elle vint devers le roi, se trouvaient à la cour le duc d'Alençon, le maréchal de Rais, et plusieurs autres grands seigneurs et capitaines avec lesquels le roi avait tenu conseil sur le fait du siège d'Orléans.

de se dire Pucelle, envoyée par Dieu. Monslrelet se lait sur ce qui faisait parler la Pucelle, et il n'insinue pas que c'était sans raison que Charles se disait chassé du royaume.

1. Monslrelet se conlenle de dire qu'(^ elle exaucerait (relèverait) sa seigneurie >'. Ce qui n'a rien d'anlichrélien, tandis que la phrase de Wavrin sent la vaine gloire et l'ambition.

2. Suffisante révélation, suffisant y propre au but. (Godefrov.)

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