‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 208 sur 327 · Monstrelet n'a pas cette incise · texte numérisé non relu

Monstrelet n'a pas cette incise

Celte Pucelle s'en alla bientôt avec lui de Ghinon à Poitiers, où le roi ordonna que ledit maréchal mènerait des vivres, de Tartillerie et d'autres approvisionnements nécessaires audit lieu d'Orléans, avec une forte escorte. La Pucelle voulut aller avec le maréchal ; elle fit donc requête qu'on lui donnât équipement pour s'armer, ce qui lui fut délivré ; puis son étendard au vent, ainsi qu'il a été dit, elle s'en alla à Blois où se faisait l'assemblée, et de là à Orléans avec les autres; elle était toujours armée de toutes pièces, et dans ce même voyage plusieurs gens d'armes se mirent sous sa conduite ^

Quand la Pucelle fut venue dans la cité d'Orléans, on lui fit très bon accueil, et plusieurs furent très joyeux de la voir être en leur compagnie.

Lorsque les gens de guerre français qui avaient amené les vivres dans Orléans s'en retournèrent devers le roi, la Pucelle demeura à Orléans. Elle fut requise par La Ilire et quelques capitaines d'aller avec les autres aux escarmouches ; elle répondit qu'elle n'irait point, si les gens d'armes qui l'avaient amenée n'étaient aussi avec elle ; ils furent redemandés de Blois et des autres lieux où ils étaient déjà retirés. Ils retournèrent à Orléans où ils furent joyeusement reçus par cette Pucelle. Elle leur alla au-devant pour leur témoigner de leur bienvenue ^ disant qu'elle avait bien vu et considéré le gouvernement des Anglais, et que s'ils voulaient la croire elle les ferait tous riches.

Elle commença ce même jour à saillir hors de la ville, et s'en alla moult vivement assaillir une des bastilles des Anglais qu'elle prit par force; et depuis en continuant elle fit des choses très merveilleuses % dont il sera en son ordre fait mention ci-après.

[Au milieu de ses assertions sans preuves, contraires aux faits, haineuses, Wavrin constate les longs et sérieux examens subis par la Pucelle, les défiances qui raccueillirent. Qui est/o/ de ceux qui s'étant readus après ces interminables épreuves en ont été récompensés par les événements que Wavrin constate ivès é?7ierveillables^y ou du chroniqueur qui leur accole semblable épithète ? Au chapitre suivant il raconte lambassade envoyée par les Orléanais au duc de Bourgogne qui par le fait coïncida avec les six premières semaines de l'entrée en scène de la Pucelle.

Il revient ensuite à la délivrance d'Orléans, non sans se répéter. J

i. Il serait trop long de relever les inexactitudes dont fourmille tout ce passage.

2. Pour les bienvingner. Qui ne regretterait pas ce mot aujourd'hui intraduisible ?

3. Très émei^veillableSf encore un mot aujourd'hui sans équivalent.

490 Lk VRAIE JEANNE D*ARC : LA LIBftRATRIGE.

Chapitre x. — Comment Jehanne la Puce lie fui cause du siège levé de devant Orlf/e?is et des bastilles qui furent prises par les François.

Les Anglais mettaient grand'peine et labeur de nuit et de jour pour mettre en Tobéissance du roi Henri la ville d'Orléans.

Les compagnons qui la défendaient se voyaient très fort oppressés par la diligence des assiégeants, par leurs engins, et par les bastilles qu ils avaient faites autour de la ville jusqu'au nombre de vingt-deux. Par icelle continuation ils étaient en péril d'être mis en la servitude et obéissance de leurs ennemis les Anglais. Ils se disposèrent à tous les périls et conclurent de résister de tout leur pouvoir et par toutes les manières que bonnement employer ils pourraient. Pour mieux y réussir, ils envoyèrent devers Je roi Charles afin d'avoir aide de gens et de vivres; de quatre à cinq cents combaltiints leur furent alors envoyés ; et bientôt après il leur en fut bien envoyé sept mille avec plusieurs bateaux chargés de vivres, venant le long de la rivière sous la guide et conduite de ces mêmes gens d'armes, en la compagnie desquels fut Jeanne la Pucelle, dont mention a été faite ci-dessus, qui n'avait pas encore fait grand'chose qui la recommandât.

Les capitaines anglais tenant le siège, sachant la venue des bateaux et de ceux qui les guidaient, s'efforcèrent aussitôt et à la hâte de résister fortement pour les empêcher d'aborder en la ville d'Orléans ; et d'autre part les Français .s^évig auraient par force d'armes pour les y bouter. A l'aborder des vaisseaux pour passer, il y eut mainte lance rompue, mainte flèche décochée, et main coup d'engin [de machine) jeté ; il y eut si grande noise [mêlée) faite tant par les assiégés que par les assiégeants, tant par les défendants que parles assaillants, que c'était horreur de l'ouïr; mais quelque force ou résistance que sussent faire les Anglais, les Français tout malgré eux mirent leurs bateaux à sauveté [en sécurité) dedans la ville : ce dont les Anglais furent moult troublés, et les Français bien joyeux de leur bonne aventure. Des Français, plusieurs entrèrent aussi en la ville, où ils furent les bienvenus tant pour les vivres qu'ils amenaient, comme pour la Pucelle qu'ils avaient ramenée [sic) avec eux, et ils firent de toutes parts très joyeuse chère [réjouissance) pour le beau secours que Charles leur envoyait, à quoi ils voyaient clairement la bienveillance qu'il avait pour eux; ce dont les habitants se réjouissaient grandement, faisant éclater telle allégresse qu'ils étaient clairement entendus des assiégeants*.

\. Menant tel ylay que tout pîaincment étaient oys des assiégeants, Wavrina, dans tout

Puis quand ce vinl le lendemain qui était un jeudi*, Jeanne, levée de fort matin, parla en conseil à quelques capitaines et chefs de chambre, leur remontrant par vives raisons, comment ils étaient venus en cette cité uniquement pour la défendre à rencontre des anciens ennemis du royaume de France qui fort l'oppressaient, au point qu'elle la voyait en grand danger, si bonne provision n y était promptement apportée ; qu'elle les pressait d'aller s'armer. Elle fit tant par ses paroles qu'elle leur persuada de ce faire, et leur dit que s'ils voulaient la suivre, elle ne doutait pas de porter aux ennemis tel dommage qu'à toujours il en serait mémoire, et que ces ennemis maudiraient le jour de sa venue.

Tanl les prêcha la Pucelle que tous allèrent s'armer avec elle, et qu'ils sortirent ainsi en bonne ordonnance de la ville ; et au partir elle dit aux capitaines : « Seigneurs, prenez courage et bon courage ; avant qu'il soit passé quatre jours, vos ennemis seront vaincus^ ». Et les capitaines et gens de guerre présents ne pouvaient assez s'émerveiller de ces paroles.

Ils marchèrent alors en avant, et moult fièrement vinrent aborder une des bastilles de leur ennemis que l'on appelait la bastille Saint-Loup. Elle était moult forte ; il s'y trouvait de trois à quatre cents combattants ; en fort brief terme ils furent conquis, pris et tués, et la bastille brûlée et démolie. Cela fait la Pucelle et les siens s'en retournèrent joyeusement en la cité d'Orléans, où elle fut universellement honorée et louée de toutes manières de gens.

Derechef le lendemain qui fut vendredi, elle et ses gens sortirent de la ville, et elle alla envahir la seconde bastille qui fut aussi prise de bel assaut, et ceux qui la défendaient furent tous morts ou pris. Après qu'elle eut fait abattre, brûler et entièrement mettre à néant ladite bastille, elle se retira en la ville, ou plus qu'auparavant, elle fut honorée et exaltée par tous les habitants.

Le samedi suivant, la Pucelle sortit derechef et s'en alla envahir la bastille du bout du pont, laquelle était forte et grande à merveille, et avec cela garnie de grande quantité de combattants, des meilleurs et des

le morceau, amplifié Monslrclet qui lui sert de canevas, beaucoup par pure imagination. En transposant ici la fîn du chapitre vin donné plus haut, le récit serait plus exact, ainsi que le remarque Quicherat.

1. Ce n'est ni le lendemain de son entrée, ni un jeudi, que Jeanne frappa son premier coup.

2. D'autres auteurs rapportent cette prophétie ; elle n'a pas cependant été faile pour exciter à Tassaut de Saint-Loup, qui eut lieu tout autrement que ne le raconte le faux Français.

plus éprouvés parmi les assiégeants. Ils se défendirent longuement et vaillamment, mais rien ne leur valut ; à la fin ils furent comme les autres déconfits, pris et morts. Parmi les morts furent le seigneur de Molins, Glacidas un moult vaillant écuyer, le bailli d'Évreuxet plusieurs autres hommes nobles et de haut état. Après cette belle conquête, les Français retournèrent joyeusement en la ville.

Nonobstant que dans les trois assauts dessusdits, la Pucelle, d'après le bruit commun, emportât la renommée et Thonneur d'en avoir été la principale conductrice, néanmoins s'y trouvèrent la plupart des capitaines français qui durant le siège avaient conduit les affaires de la ville, et dont il a été fait mention ci-dessus. Aux assauts et conquêtes des bastilles, ils se gouvernèrent hautement chacun de leur côté, ainsi qu'en pareil cas doivent faire des gens de guerre tels qu'ils étaient, si bien qu'en ces bastilles il y eut de sept à huit cents Anglais pris ou tués, et que les Français y perdirent environ cent hommes de tous états.

Le dimanche suivant, les capitaines anglais, à savoir le comte de Suffolk, le seigneur de Talbot, le seigneur de Scales et les autres, voyant la prise et la destruction de leurs bastilles et de leurs gens, prirent conclusion que tous s'en iraient en un seul corps d'armée, laissant le siège, logis et fortifications, et au cas où les assiégés les poursuivraient pour les combattre, il les attendraient et les recevraient; sinon ils s'en iraient en bonne ordonnance, chacun d'eux es bonnes villes, châteaux et forteresses qui tenaient pour lors le parti d'Angleterre : cette conclusion, qui sembla à tous la plus profitable qu'on pouvait élire en la présente conjoncture, fut arrêtée, accordée et tenue.

En exécutant ce plan, le dimanche, bien matin, ils abandonnèrent toutes les bastilles, logis et fortifications où ils s'étaient tenus durant le siège, mirent le feu en certains lieux, puis se mirent en ordre de bataille, ainsi qu'il a été dit, et qu'ils l'avaient tous résolu ; ils s'y tinrent un long espace, attendant que les Français vinssent les combattre ; ceux-ci ne montrèrent aucun semblant de ce faire. J'ai été informé qu'ils retardèrent et s'abstinrent par le conseil et exhortation de la Pucelle Jeanne, à laquelle ils ajoutaient grande créance.

Les Anglais donc, voyant et sachant alors de combien en vérité leur puissance était affaiblie, virent bien que continuer à séjourner en ce lieu ne serait pas pour eux chose de grand sens ; ils se mirent en chemin, s'éloignant de la ville en belle et bonne ordonnance, et quand ils se virent

hors de la poursuite de leurs adversaires, ils se séparèrent prenant congé les uns des autres, et s'en allèrent chacun dans les garnisons de leur obéissance, à Texception des grands seigneurs et des capitaines qui s'en allèrent à Paris, vers le régent pour lui conter leurs aventures, et avoir ordre et conseil sur leurs afiFaires. Le régent et tous ceux tenant le parti d'Angleterre furent moult dolents de cette perte, mais pour cette heure, ils ne le pouvaient amender, et il leur convint de souffrir.

Les Français qui étaient dedans Orléans furent moult joyeux du départ des Anglais leurs ennemis, de se voir eux et la cité délivrés à leur très grand honneur du dangereux péril où ils étaient ; et pour ce qui est des bourgeois, bourgeoises, manants et habitants de la cité, chacun de son côté se réjouit, louant et remerciant Notre-Seigneur Jésus-Christ de ce qu'il les avait ainsi préservés du malheur et des mains de leurs ennemis, qui s'étaient retirés à leur confusion, après les avoir tenus en sujétion un si grand espace de temps.

Plusieurs gens de guerre furent alors envoyés en quelques bastilles qui n'avaient pas été atteintes par le feu ; ils y trouvèrent très grande abondance de biens et de vivres, qu'ils mirent en sûreté, et ces mêmes bastilles furent prestement démolies et brûlées, pour que les Anglais ne pussent plus s'y loger.

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