Froissabd, Chroniques, liv. I, eh. ccxcvii
28 LA VRAIE JEANiNE D'ARC : LA LIBÉRATRICE.
elles. Il y avait souvent double fossé : Tun du côté de la ville, pour se protéger contre les assiégés ; l'autre du côté de la campagne, pour se protéger contre les assaillants du dehors, et aussi arrêter les convois d'approvisionnements. Monstrelet, parlant du siège de Rouen, nous dit que les Anglais, « sitôt qu'ils purent firent des fossés entre la ville et leurs logis, sur lesquels ils firent de fortes haies d'épines ; par quoi lesdits assiégeants ne pouvaient être ni surpris, ni travaillés, sijion par canons et par traits... Et encore lesdits Anglais firent en plusieurs et divers lieux moult de fossés profonds en terre pour pouvoir aller d'un logis à un autre, sans être atteints de traits de canons, et autres habillements (machines) de guerre par lesdits assiégés*. » Y avait-il une rivière, il fallait en intercepter le cours.
11 est manifeste que les Anglais ont dû employer à Orléans les moyens qui leur avaient réussi précédemment. Un chroniqueur nous dira même que jamais encore ils n'avaient déployé tant d'habileté. Des ponts-levis sur les fossés des assiégeants et des assiégés permettaient de franchir l'obstacle sans difficulté, quand ceux qui en étaient les maîtres y trouvaient leur avantage. Tandis que les assiégés s'efforçaient d'arrêter, de détruire les travaux des assiégeants, les assiégeants de leur côté cherchaient à surprendre la place, à y faire brèche, à y pénétrer par assaut.
Pour ourdir la trame du siège et créer comme une seconde ville militaire en face de la première, il fallait d'abord s'emparer d'un point important, s'y établir fortement, et de là dresser le réseau, en assurer la solidité, en ménageant de loin en loin des postes fortifiés et bien défendus, faire une suite de bastilles. Dans Tattaque même de la place, il fallait, si on le pouvait, arriver jusqu'aux fossés. On les comblait promptement avec des fascines, des bourrées, tout ce qu'on avait sous la main. Les fossés une fois comblés. Ton arrivait aux remparts, l'on appliquait les échelles et l'on montait, quelquefois sous une grêle de toutes sortes de projectiles, pierres, graisse fondue, traits, etc. C'était l'assaut. Pour se protéger contre les projectiles, on se couvrait de pavois, ou pavés, sorte de boucliers en bois, et en cuir, qu'on adaptait aux épaules, et qui couvraient la tête tout en laissant la liberté des bras. Il existait de ces sortes de pavois dont on se servait à terre. Montés sur des roues mobiles, ils étaient munis de petites ouvertures par lesquelles on lançait les flèches, tandis qu'on était soi-même abrité.
Quand on le pouvait, on pratiquait encore des mines. Au lur et à mesure que l'on creusait le terrain, on l'étayait avec des poutres. Arrivé au point voulu, on remplissait la mine de matières inflammables, et Ton