C'est une erreur. Mathew Goug élait Anglais
^' Habillements.
*• Texte : Qu'ils feissent bonne chière et bon devoir.
iout point au service du roi Henri sous messire Jean Fastolf, gran^ maître d'hôtel dudit régent, auquel il ordonna d'aller au paysdeBeauc porter secours à ceux qui étaient assiégés dedans Baugency.
Nous partimes en la compagnie dudit Fastolf, cette fois environ cents combattants, aussi bien pris que j'en eusse jamais vus au pays France. En cette brigade étaient Messire Thomas de Rampston^ Anglais ^ et plusieurs autres chevaliers et écuyers natifs du royaume d'Angleterr Nous partimes tous ensemble de Paris et all&mes coucher à Etampes, nous fûmes trois jours ; nous partimes le quatrième et nous cheminftm«h» .^ par la Beauce, tant que nous arrivâmes à Janville. C'est une très boni^^}^ petite ville, ayant à l'intérieur une grosse tour à manière de donjon^ q- -^• naguère avait été prise par le comte de Salisbury. Nous fûmes dura^ :^/ quatre jours dans cette ville, attendant encore de plus grandes forces q^j^ le duc de Bedford nous devait envoyer; car il avait demandé secours et aide en Angleterre, en Normandie, et de tous côtés. Or, nous dirons un peu l'état des Français qui tenaient le siège de Baugency.
Chapitre x. — Comment le Connestable de France^ le duc d'Alenchonei la Pucelle prirent Ghergeaux,
Or, il est vrai qu'en ces mômes jours, où les seigneurs anglais à savoir, Messire Jean Fastolf, Messire Thomas de Rampston et ses troupes séjournaient dans Janville, le connétable de France, le duc d'Alençon, Jeanne la Pucelle et les autres capitaines français, réunis, comme il a été déjà dit, devant Baugency, le siège bien garni, s'en partirent au nombre d'environ cinq ou six mille combattants, et se mirent en chemin vers Jargeau où ils parvinrent*. Tenait garnison en cette ville le sire de Suffolk avec de trois à quatre cents Anglais, natifs d'Angleterre, et les manants de la cité qui prestement et en toute diligence se mirent en défense quand ils virent les Français qui bientôt les eurent environnés de toutes parts, et commencèrent à les envahir très aigrement, à les assaillir par plusieurs côtés. L'assaut dura un bon espace de temps, continué merveilleusement. Les Français firent tant par leur grande diligence et travail que, malgré les Anglais leurs ennemis, ils entrèrent dans la ville par force d'armes. A cette prise, environ trois cents Anglais furent tués, parmi lesquels un frère du comte de Suffolk. Ce comte et un
1. Jargeau fut pris avant le siège de Baugency et le Connétable n'était nullement présent. Dans tout ce chapitre x, Wavrin se livre à sa fantaisie et confond toutes choses.
avant, de laisser les assiégés de Baugency prendre avec les Français le meilleur traité qu'ils pourraient avoir, et pour eux de se retirer es villes, châteaux et forteresses tenant leur parti, de ne point combattre leurs ennemis en si grande hâte, d'attendre jusqu'à ce que leurs gens fussent plus rassurés, et qu'à eux fussent venus se joindre ceux que le régent duc de Bedford devait leur envoyer.
Ces remontrances faites en plein conseil par Messire Jean Fastolf ne furent pas agréables à plusieurs des autres capitaines, et spécialement au seigneur de Talbot, qui dit qu'alors qu'il n'aurait que ses gens et ceux qui le voudraient suivre, il irait combattre à Taide de Dieu et de Monseigneur saint Georges.
Messire Jean Fastolf, voyant alors que nulle observation ou remontrance ne valait pas plus que s'il n'avait rien dit, se leva du conseil. Ainsi firent tous les autres, et chacun s'en alla à son logis. Il fut commandé aux capitaines et aux chefs d'escadre [compagnies) d'être prêts le lendemain au matin pour se mettre aux champs et aller là où leurs souverains l'ordonneraient. Ainsi se passa cette nuit. Puis au matin ils sortirent tous hors de la porte, et se mirent en pleins champs, étendards, pennons et guidons au vent.
Après que tous furent hors de la ville en bonne ordonnance, tous les chefs s'assemblèrent de nouveau en groupe au milieu d'un champ, et Messire Jean Fastolf parla encore, déduisant et remontrant plusieurs raisons pour ne pas passer plus avant, mettant devant les entendements toutes les craintes de dangers et de périls que, selon son imagination, ils pouvaient bien encourir, et aussi qu'ils n'étaient qu'une poignée de gens, eu égard au nombre des Français; que si la fortune leur était contraire, tout ce que le roi Henri avait conquis par grand labeur et long temps serait en voie de perdition ; c'est pourquoi il vaudrait mieux se refréner un peu et attendre que leur armée fût renforcée. Ces remontrances ne furent pas encore agréables au seigneur de Talbot, ni aussi aux chefs de l'armée. C'est pourquoi Messire Jean Fastolf, voyant que, quelque observation qu'il sût faire, il ne pouvait rien pour empêcher ses compagnons de vouloir poursuivre leur entreprise, il cotnmanda aux étendards de prendre le chemin de Meung. Vous eussiez vu par cette Beauce qui est ample et large les Anglais chevaucher en très belle ordonnance, et puis quand ils furent parvenus à une lieue près de Meung et assez près de Baugency, les Français avertis de leur venue, au nombre d'environ six mille combattants, ayant pour chefs Jeanne la Pucelle, le duc d'Alençon, le bâtard d'Orléans, le maréchal de La Fayette, La Hire, Poton et d'autres capitaines, se rangèrent et se mirent en bataille sur une petite montagnette, pour mieux voir, et s'assurer de la contenance des
Anglais. Ceux-ci s'apercevant clairement que les Français étaient rangés en ordre de bataille, et pensant qu'ils allaient venir les combattre, commandement exprès fut fait immédiatement de par le roi Henri d'Angleterre, que chacun se mît à pied, et que tous les archers eussent leurs pieux en arrêt devant eux, ainsi qu'ils ont coutume de le faire quand ils pensent devoir être combattus. Quand ils virent que les Français ne se mouvaient pas de leurs positions, ils envoyèrent vers eux deux hérauts, disant qu'ils étaient trois chevaliers {sic) qui les combattraient s'ils avaient la hardiesse de descendre de leur élévation et de venir vers eux. Il fut répondu de par les gens de la Pucelle : « Allez vous loger pour aujourd'hui, car il est trop tard ; mais demain, au plaisir de Dieu et de Notre-Dame, nous nous verrons de plus près. »
Les seigneurs anglais, voyant alors qu^ils ne seraient pas combattus, quittèrent leur campement, et chevauchèrent vers Meung, où ils prirent leurs logis pour cette nuit ; car ils ne trouvèrent nulle résistance dans la ville, le pont seul tenant pour les Français. Il fut conclu par les capitaines anglais que cette nuit ils feraient battre ledit pont par leurs engins, canons et veuglaires, afin d'avoir passage de Tautre côté de la rivière. Ils le firent ainsi qu'ils se l'étaient proposé durant cette nuit qu'ils passèrent à Meung jusqu'au lendemain.
Or, retournons aux Français qui étaient devant Baugency, et nous parlerons ensuite des Anglais en lieu et temps.
Chapitre xiii. — Comment les François eurent par composition le chastel de Beaugensi que tenoient les Anglois^ et la journée que les Anglois perdirent à Pathai contre les François.
Comme vous l'avez vu, les Anglais étaient logés à Meung, tandis que les Français tenaient le siège devant Baugency. Ils pressaient fort les assises, leur faisant entendre qu'ils ne recevraient pas le secours qu'ils attendaient, que ceux qui devaient l'amener étaient retournés vers Paris.
Ce que voyant et entendant lesdits assiégés, ainsi que plusieurs semblables paroles que leur disaient les Français, ils ne surent bonnement à quel parti et à quel conseil ils devaient s'arrêter comme au meilleur et au plus profitable. Ils considéraient que par la renommée de Jeanne la Pucelle les courages anglais étaient fort altérés et défaillis ; ils voyaient, ce leur semblait, la fortune tourner raidement sa roue à leur encontre ; ils avaient déjà perdu plusieurs villes et forteresses qui, les unes par force, les autres par traité, s'étaient remises en l'obéissance du roi de France,
principalement par les entreprises de ladite Pucelle; ils voyaient leurs gens amatis, et ne leur trouvaient plus maintenant le même et ferme propos de prudence qu'ils avaient coutume de leur trouver ; mais tous, ce leur semblait, étaient très désireux de se retirer sur les marches de Normandie, abandonnant ce qu'ils tenaient en llle-de-France, et dans les pays environnants. En considérant ces choses et plusieurs autres qui se présentaient à leurs imaginations, ils ne savaient quel parti choisir, car ils n'étaient pas acertenés d'avoir prompt secours; mais s'ils avaient su qu'il était si près d'eux, ils ne se fussent pas rendus de sitôt. Toutefois finalement, vu les incertitudes qu'ils mettaient dans leur fait, ils traitèrent avec les Français du mieux qu'ils purent, ayant obtenu comme conditions qu'ils s'en iraient la vie sauve et emmèneraient tous leurs biens, et que la place demeurerait en l'obéissance du roi Charles et de ceux qui étaient commis à sa place. Le traité ainsi fait, le samedi matin les Anglais partirent, prenant leur chemin vers Paris à travers la Beauce, et les Français entrèrent dans Baugency.
Puis, à la persuasion de la Pucelle Jeanne, ils conclurent qu'ils allaient se mettre à la recherche des Anglais, jusqu'à ce qu'ils les auraient trouvés en pleine Beauce, en un lieu avantageux pour le combat, et que là ils les combattraient ; car il n'était pas douteux que les Anglais, dès qu'ils sauraient la reddition de Baugency, ne s'en retournassent vers Paris, à travers la Beauce, où il leur semblait qu'ils en auraient bon marché. Or, pour exécuter leur projet, lesdits Français se mirent aux champs. Chaque jour il leur pleuvait, il leur arrivait de divers lieux des gens nouveaux. Donc à faire Tavant-garde furent ordonnés le connétable de France, le maréchal de Boussac, La Hire, Poton et d'autres capitaines ; les autres, tels que le duc d'Alençon, le bâtard d'Orléans, le maréchal de Rais étaient les conducteurs de l'armée et suivaient de fort près^ ladite avant-garde. Les Français pouvaient être en tout de douze à treize mille combattants.
Il fut alors demandé à la Pucelle par quelques-uns des principaux seigneurs et capitaines quelle chose lui semblait de présent bonne à faire. Elle répondit qu'elle était certaine et savait en toute vérité que les Anglais leurs ennemis les attendaient pour les combattre, et dit en outre qu'on chevauchât en avant contre eux et qu'ils seraient vaincus. Quelques-uns lui demandèrent où on les trouverait, auxquels elle fit réponse que l'on chevauchât hardiment et que l'on aurait bon conduit. Ainsi les divers corps de l'armée française se mirent en chemin en bonne ordonnance, les plus experts, montés sur fleur de chevaux, au
1. Le texte est: CLssez de prc2, mais, comme nous l'avons observé plusieurs fois, dans la langue du moyen âge assez signifie souvent : très, fort, (Voy. L\cur>'£.)
nombre de 60 ou 80 hommes, étant mis en avant pour la découverte, et ainsi chevauchant ce samedi par long espace, ils arrivèrent fort près de leurs ennemis les Anglais, comme vous pourrez ouïr ci-après.
Ainsi donc, comme il a été dit ci-dessus, les Anglais s'étaient logés
i Meung, avec l'intention de conquérir le pont pour aller rafraîchir* de
vivres la garnison de Baugency, qui dès le soir s'était rendue aux
Français; ce dont les Anglais ne savaient rien. Ce samedi, en effet,
environ huit heures du matin, après que les capitaines eurent ouï la
messe, il fut crié et publié dans Tarmée que chacun se préparât et se
mit en point, se pourvoyant de pavois, d'huis, de fenêtres et d'autres
appareils nécessaires pour assaillir ledit pont qui, la nuit précédente, avait
été rudement battu de nos engins. Comme nous étions tous garnis de ce
dont il était besoin pour l'assaut et prêts à partir pour commencer, il
advint que juste à cette heure arriva un poursuivant Urarmes] qui
venait tout droit de Baugency. Il dit aux seigneurs nos capitaines que la
ville et le château de Baugency étaient en la main des Français, qui, à
son départ, se mettaient aux champs pour les venir combattre.
Il fut alors promptement commandé dans tous les quartiers, par les capitaines anglais, que tous laissassent l'assaut, qu'on se tirât aux champs, et qu*à mesure qu'on arriverait aux champs hors de la ville, chacun de son côté se mit en bel ordre de bataille. La chose fut faite moult agrément (avec promptitude). L'avant-garde se mit d'abord en chemin, conduite par un chevalier anglais qui portait un étendard blanc ; puis l'on mit entre Tavant-garde et le gros de l'armée l'artillerie, les vivres et les marchands de tous états. Après, venait Tarmée dont étaient conducteurs Messire Jean Fastolf, le seigneur de Talbot, Messire Thomas Rampston et autres. Puis chevauchait l'arrière-garde qui ne se composait que d'Anglais.
Quand cette compagnie fut en rase campagne, on prit, en chevauchant en belle ordonnance, le chemin vers Patay, si bien que Ton en vint ù une lieue près; et là on s'arrêta, car les coureurs de l'arrière-garde avertirent qu'ils avaient vu venir beaucoup de gens après eux qu'ils comptaient être les Français Et alors, pour en savoir la vérité, les seigneurs anglais envoyèrent quelques-uns de leurs gens courir à cheval ;
i . Le pont conquis, les Anglais auraient longé la rive gauche jusqu'à Baugency, dont la garnison s'élail retirée sur le ponl que canonnait Tarniée française campée sur la rive droite.
lesquels retournèrent bientôt, et firent relation auxdits seigneurs que les Français venaient après eux, chevauchant rondement, en très grosse puissance ; en effet, on ne tarda guère à les voir venir.
Il fut alors ordonné par nos capitaines que ceux de Tavant-garde, les marchands, les victuailles et l'artillerie iraient devant prendre place tout le long des haies qui étaient près de Patay. Laquelle chose fut ainsi faite. Puis Tarmée marcha si bien qu'elle vint entre deux fortes haies entre lesquelles les Français devaient passer. Et alors le seigneur de Talbot, voyant le lieu avantageux, dit qu'il descendait à pied avec cinq cents archers d'élite, et qu'il se tiendrait là, gardant le passage contre les Français jusques à ce que l'armée et Farrière-garde seraient jointes, et Talbot prit place aux haies de Patay, avec l'avant-garde qui là attendait. Le seigneur de Talbot, gardant cet étroit passage à rencontre des ennemis, espérait pouvoir revenir de lui-môme rejoindre le gros de Tarmée en côtoyant les haies, que les Français le voulussent ou non ; mais il en fut tout autrement.
Les Français venaient très rapidement après leurs ennemis, qu'ils ne pouvaient pas encore aborder, ne sachant pas le lieu où ils étaient, lorsque, par hasard, les avant-coureurs virent un cerf sortir des bois et, prenant son chemin vers Patay, aller se jeter dans l'armée des Anglais. Ceux-ci à cette vue poussèrent un grand cri, ne sachant pas que leurs ennemis fussent si près d'eux. Par ce cri les dessusdits coureurs français furent acertenés que c'étaient les Anglais, et, bientôt après, ils les virent bien manifestement. Ils envoyèrent quelques-uns de leurs compagnons annoncera leurs capitaines ce qu'ils avaient vu et trouvé, en leur faisant savoir de chevaucher en avant par bonne ordonnance, et que c'était l'heure de besongner. Ceux-ci se préparèrent promptement de tous points, et chevauchèrent si bien qu'ils eurent les Anglais bien clairement sous leurs yeux.
Quand les Anglais virent les Français les approcher de si près, ils se hâtèrent le plus qu'ils purent, afin de se rendre aux haies avant leur arrivée, mais ils ne surent pas exécuter leur mouvement si promptement, qu'avant qu'ils fussent joints à leur avant-garde auxdites haies, les Français s'étaient précipités à l'étroit passage où était le seigneur de Talbot. Et alors Messire Jean Fastolf, courant et chevauchant vers ceux de l'avant-garde pour se joindre à eux, ceux de ladite avant-garde pensèrent que tout était perdu et que les compagnies étaient en fuite. C'est pourquoi le capitaine de l'avant-garde, pensant qu'il en était vraiment ainsi, avec son étendard blanc prit la fuite, et ses gens avec lui, et tous abandonnèrent la haie.
Alors Messire Jean Fastolf, voyant le danger de la fuite, connaissant
tout aller très mal, fut conseillé de se sauver. Il lui fut dit, moi acteur {sic) étant présent, qu'il prit garde à sa personne, car la bataille était perdue pour eux. Il voulait à toutes forces rentrer en la bataille, et là attendre le sort que Notre-Seigneur lui voudrait envoyer, disant qu'il aimait mieux être mort ou pris que fuir honteusement et abandonner ainsi ses gens, et avant qu'il voulût partir, les Français avaient rabattu le seigneur de Talbot, ils l'avaient fait prisonnier et tous ses gens étaient morts, et les Français étaient déjà si avant dans la bataille qu'ils pouvaient à leur volonté prendre ou occire {liter) ceux que bon leur semblait. Finalement les Anglais y furent déconfits avec peu de pertes de la part des Français. Du tôté des Anglais il y mourut bien deux mille hommes, et il y eut bien deux cents prisonniers.
Ainsi alla cette besogne comme vous venez de l'ouïr. Ce que voyant Messire Jean Fastolf, il s'en partit bien malgré lui à très petite compagnie, menant le plus grand deuil que jamais je visse faire à un homme. Et en vérité, il se fut remis en la bataille, n'eussent été ceux qui étaient avec lui, spécialement Messire Jean, bâtard de Thian, et autres qui l'en détournèrent. Il prit son chemin vers Étatfipes, et moi je le suivis comme étant mon capitaine, auquel le duc de Bedford m'avait commandé d'obéir, bien plus de servir sa personne. Nous arrivâmes une heure après minuit à Étampes où nous couchâmes, et le lendemain à Corbeil.
Ainsi, comme vous l'entendez, les Français obtinrent la victoire audit lieu de Patay où ils couchèrent cette nuit, rendant grâces à Notre-Seigneur de leur belle fortune Et le lendemain ils partirent de Patay, qui est situé à deux lieues de Janville. Du nom de cette place, cette bataille portera perpétuellement le nom de journée de Patay. Et de là les Français s'en allèrent avec leur butin et leurs prisonniers à Orléans où ils furent universellement conjouis de tout le peuple.
Après cette belle victoire, tous les capitaines français qui s'y étaient trouvés, Jeanne la Pucelle avec eux, s'en allèrent vers le roi Charles qui moult les conjouit [félicita) et les remercia grandement de leur service et diligence. Ils lui dirent que par-dessus tout on devait savoir gré à la Pucelle qui, de cette heure, fut du conseil privé du roi *. Et là il fut conclu dassembler le plus grand nombre d'hommes de guerre que l'on pourrait dans les pays obéissants audit roi, afin qu'il pénétrât en avant dans les pays et poursuivit ses ennemis.
1. Cette assertion que Ton ne trouve que chez W'avrin est démentie par les faits.
REMARQUES CRITIQUES
Jean Le Fèvre de Saint-Rémy naquit près d'Abbeville vers 1394, et mourut à Bruges vers 1474. Tout jeune il fut poursuivant d'armes sous Jean sans Peur. Il persévéra dans la carrière où il s'était engagé, et en 1422, il fut créé héraut d'armes sous le nom de Charolais. Lors de l'institution de la Toison cTOr il en devint le roi d'armes, et il échangea son nom de Charolais contre celui de Toison d'Or. Cher au duc de Bourgogne, l'un de ses plus intimer officiers, il en reçut des dons nombreux, et fut honoré de plusieurs délicates missions.
Toison d'Or était septuagénaire lorsque, en 1464, il entreprit d'écrire ses Mémoires', il en est sorti la Chronique qui porte son nom; elle s'étend de 1407 à 1460. Il confia son écrit à Chastellain qui s'en est inspiré. Le Laboureur inséra dans sa traduction de la belle Histoire de Charles VI, par le Religieux de Saint-Denis, la partie de la Chronique de Le Fèvre qui s'étend de 1407 à 1422. Buchon l'édita tout entière.
A en juger par les chapitres qui relatent les événements qui se déroulèrent sous la conduite de la Pucelle, la Chronique n'est pas seulement succincte; elle est très inexacte. Il traite l'héroïne d'une manière fort superficielle, cavalière, rapetisse sans mesure son rôle, en taisant la part qui lui revient dans les faits, et taxe de gens de folle créance ceux qui comptèrent sur elle. Les faussetés qu'il invente sur les débuts de la Pucelle donnent droit de ne pas croire ce qu'il lui plaît de narrer des promesses faites par l'héroïne avant sa sortie de Compiègne. Il est le seul à nous en parler ; car Georges Chastellain n'a fait qu'embellir de sa diction la donnée fournie par Le Fèvre de Saint-Rémy, qui, venons-nous de dire, lui envoyait son écrit. Le Fèvre semble peu croire au surnaturel, l'élague ou le persifle. N'est-ce pas ce qui explique le jugement très favorable porté parQuicherat sur une œuvre pleine d'énormes faussetés, qui n'apprend rien, et nous semble être, avec celle de Wavrin de Forestel, au dernier rang des Chroniques qui traitent avec quelque étendue de l'apparition de la Libératrice?