‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 23 sur 327 · Monstrelet, ch. cxcvi · texte numérisé non relu

Monstrelet, ch. cxcvi

y mettait le feu. Le sol en s'éboulant faisait sauter le rempart, la tour, le boulevard qu'il supportait; un vase d'eau, par ses oscillations, avertissait les assiégés du travail souterrain. L'on contre-minait alors, et au siège de Melun assiégeants et assiégés se livrèrent ainsi des combats dans les entrailles de la terre.

L'on ne comprendrait pas les Chroniques, si l'on n'avait présentes à Tesprit ces notions rudimentaires de l'art de la guerre au moyen âge. Ajoutons encore les détails suivants.

Ce n'étaient pas les soldats qui touchaient la paye, c'était le capitaine, le chef qui les avait enrôlés. Il faisait ce que, dans le langage du temps, on appelait une endenture^ c'est-à-dire un engagement par un écrit endenté, à peu près dans la forme de nos mandats-poste. 11 s'obligeait à fournir, pendant un temps déterminé, ordinairement six mois, un an, tant d'hommes d'armes, d'archers, etc. ; on lui promettait pour chacun une solde convenue ; il devait au jour fixé faire ses montres^ c'est-à-dire les présenter à l'inspection; il touchait la somme ; à lui de s'arranger avec sa troupe. C'était une source d'immenses désordres. La pénurie du trésor, les gaspillages des favoris ne permettaient pas toujours de payer le capitaine, et le capitaine payé ne payait pas toujours ses soudoyés. Ces derniers, avides de pillages, prompts à toutes les violences, se jetaient alors partout où ils espéraient se pourvoir non seulement du nécessaire, mais satisfaire leur cupidité, leur luxure ; ils se portaient contre les faibles aux excès décrits ailleurs. Parfois ils imposaient ce que la langue du temps appelle des apatissements, c'est-à-dire une contribution que l'on devait payer, sous peine de se voir incendié, torturé, emmené prisonnier. On cachait ce que l'on avait de précieux. Pour forcer de dévoiler le trésor, on a vu de ces pillards brûler à petit feu celui qui était soupçonné d'avoir frustré leur avidité.

Il a fallu bien du temps pour faire pénétrer au sein des sociétés en guerre le respect de la vie humaine, adoucir, puisqu'il ne peut pas disparaître, ce fléau terrible des mêlées sanglantes et ordonnées, épargner au moins les meurtres inutiles. A chaque page, à la suite de forteresses emportées, l'on voit des chiffres relativement élevés d'hommes pendus. C'étaient surtout ceux qui n'étaient pas en état de payer leur rançon. L'on verra un chroniqueur regretter la mort des capitaines anglais aux Tourelles, non pas, comme la Pucelle, par pitié pour leurs âmes, mais parce que, prisonniers, on eût pu en tirer une riche rançon. Ces rançons.

SOUS le nom de profits de guerre, entraient fort en ligne de compte. Une curieuse délibération du conseil d'Angleterre, citée par Rymer, nous apprend qu'un des motifs mis en avant pour accepter la rançon exorbitante offerte par le duc de Bourbon, c'est qu'étant malade, il pourrait mourir dans les fers, comme il mourut en effet, et que Ton serait privé de tout profit. On mesurait la rançon à la richesse vraie ou présumée du prisonnier. Moyennant des otages, on permettait quelquefois au captif d'aller la quérir, ou la mendier auprès de ses vassaux, de ses amis, du suzerain. La fidélité à la parole donnée est un des beaux côtés du moyen âge ; les Régulus y abondent.

« L'usage était que le capitaine reçût le tiers des prises appartenant à ses soldats. Sur ce qui restait, le roi prélevait encore son tiers, et de même son tiers sur les profits personnels du capitaine*. » Il faut entendre par ces prises, et les prisonniers et le butin de toute sorte, armes, chevaux, meubles, etc. Le butin était vendu à l'encan; le capitaine présentait un état des ventes, et jurait que tout était en conformité avec la vérité. Les rois, les princes du sang royal, les lieutenants généraux, devaient être remis au roi, qui s'engageait à donner aux preneurs' un dédommagement convenable.

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