‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 221 sur 327 · De Beaucourt, Histoire de Charles VU, l. II, p · texte numérisé non relu

De Beaucourt, Histoire de Charles VU, l. II, p

536 LA VRAIE JEANNE D ARC : LA LIBfiRATRICE.

hommes sont rejetés dans leur camp; quelques ennemis plus hardis viennent les y attaquer. Nos gens font déboucher une vaillante armée à travers la chaussée ; les ennemis sont refoulés ; ils sont renversés de leurs chevaux ; leurs rangs sont rompus ; nos hommes les préviennent, occupent rentrée du pont, pénètrent dans leurs lignes. Un pont-levis est jeté; les ennemis tombent dans le fleuve. Plusieurs échappent des eaux, grâce à rhumanité de nos guerriers qui leur tendent le bout de leurs lances. « Cette détestable femme, la risée des femmes, le scandale des hommes, couverte de ses armes à la manière des gens de guerre, est renversée de son cheval d'un coup de lance qui la frappe en pleine poitrine ; ses artifices disparaissent; ses sortilèges s'évanouissent; elle cherche à se dissimuler par la diversité de ses maintiens ; elle est reconnue ; elle est prise ; on Tamène au prince ; elle est dépouillée de sa trompeuse armure; son sexe montre bien que c'est à tort qu'elle feint d'être un homme. Débarrassés de la pression de l'armure, ses seins retombent, et montrent qu'elle est apte aux soins de la maternité, quoique à sa tenue et à l'insolence de son langage, on eût pu la prendre pour un homme.

« Enfin elle déclare d'où elle vient, la suite de ses faits; on l'envoie aux Anglais; et grâce à la justice de l'Église, elle subit dans les flammes le châtiment qui lui était dû *. »

Jean JouFFRor. — Jean Jouffroy est encore un des personnages ecclésiastiques marquants de l'époque. Né à Luxeuil vers 1412, il fit à l'Université de Pavie de si brillantes études qu'en cessant d'être disciple, il y devint maître. Eugène IV le manda au concile de Ferrare. La cour de Bourgogne l'employa au maniement des affaires les plus délicates, et lui confia de nombreuses ambassades à Rome, en Portugal, en Castille. Promu au siège d'Arras en 1453, il fut honoré du titre de Légat apostolique auprès du duc de Bourgogne. La part qu'il prit à l'abrogation de la Pragmatique sanction par Louis XI lui valut la pourpre cardinalice. Il fut transféré à l'évêché d'Alby dont il mourut titulaire en 1472. Pie II disait de Jouffroy : Judicio omnium doctus, suo doctissimus {savant au jugement de touSy très savant à son propre jugement).

Il commit sa page contre la Pucelle au congrès de Mantoue en 1459. Pie II, comme on le sait, y avait convoqué les princes de la chrétienté pour les armer contre le Turc, qui venait de s'emparer de Gonstantinople. Pie II comptait surtout sur le duc Philippe, qui, malgré la dissolution de ses mœurs, affectait le zèle d^ la foi. Le duc envoya pour le représenter à Mantoue Jean Jouffroy. L'évêque d'Arras prit pour sujet de sa harangue l'éloge de son maître : De Philippo duce Burgundiœ oratio. Le factum a

Page 1