‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 225 sur 327 · DOCUMENTS ANGLAIS PROPRES A ÉCLAIRER L'HISTOIRE DE LA LIBÉRATRICE · texte numérisé non relu

DOCUMENTS ANGLAIS PROPRES A ÉCLAIRER L'HISTOIRE DE LA LIBÉRATRICE

Sommaire: 1. — Pénurie de documents anglais sur la Pucelle. — Documents propres à éclairer son histoire. — Dès le 15 avril 1429, Bedford demande que Henri VI vienne se faire sacrer en France, et sollicite des secours. — Quelques jours après la délivrance d'Orléans, Bedford envoie dans tous les ports de Normandie des ordres pour qu'on arrête les soldats anglais qui fuient la France. — Le 17 juin, le conseil royal autorise le cardinal de Winchester à être le capitaine de Farmée levée contre les hussites. — Le 1«' juillet il ordonne que cette armée soit tournée contre la France. — Vives plaintes de Martin V. — Excuse du Cardinal, qui prétend n'avoir pas été consulté. — Le Pape voulant mander le cardinal à Rome, Henri VI défend à chacun de ses sujets de l'y accompagner. — Le cardinal consigné dès le 15 décembre auprès du duc de Bourgogne pour quatre mois. — L'archevêché de Rouen sollicité pour Cauchon.

II. — Instructions envoyées par Bedford dès le 17 juillet au conseil d'Angleterre. — Remerciements pour l'envoi des croisés. — 11 presse l'embarquement et veut être prévenu. — Les conquêtes du Dauphin et son sacre. — Son intention de venir sur Paris, et son espoir d'y trouver entrée. — Bedford s'est entendu avec le duc de Bourgogne sur les moyens de l'arrêter. — Bedford va se rendre en Normandie pour en faire sortir les garnisons et les conduire contre Charles. — Services du duc de Bourgogne. — Sans lui tout était perdu. — Observations.

m. — Le roi sur le continent dès le 23 avril 1430. — Les hommes d'armes engagés

vrancc d'Orléans, Bedford signiQait aux capitaines des ports de merde la Normandie d'exercer une vigilance particulière pour arrêter les soldais anglais qui fuyaient la terre de France\ Le chevaucbeur chargé de porter le message étant de retour à Rouen le 25 mai, le régent doit Tavoir lancé du 12 au 15 mai. Voici la constatation du reçu l^èrement rajeunie:

* ' - « L'an 1429, le vingt-cinquième jour de mai, par-devant nous, Michel Durand, vicomte de Rouen, fut présent en sa personne Guillaume Polain, messager à cheval, demeurant à Rouen, lequel connut et confessa avoir eu et reçu de Pierre Sureau, receveur général de Normandie, la somme de soixante-dix sols tournois, qui lui était due pour ses peines, salaire et dépens d'avoir hâtivement été à cheval, en ce présent mois de mai, de Rouen es lieux de Dieppe, Eu, Fécamp et Harfleur porter lettres closes de par Mgr le régent du royaume de France, duc de Bedford, adressées aux ' capitaines d'iceux lieux ou à leurs lieutenants, contenant, entre autres choses, qu'ils ne laissassent passer pour aller en Angleterre aucunes gens de guerre anglais étant par deçà la mer; ce dont il devait avoir pour marché à lui fait ladite somme de lxx sols tournois, de laquelle il est tenu et se tient pour content et bien payé et en a quitté le roi notre sire, ledit receveur général, et tous autres. Donné l'an et le jour dessusdits. — Signé : Petit. »

( L ^ Le Pape avait institué le cardinal d'Angleterre son légat dans la croisade contre les hussites. Le conseil d'Angleterre l'avait autorisé à lever deux mille cinq cents archers, deux cent cinquante chevaliers, et par délibération du 17 juin il l'instituait capitaine de tous les Anglais qui marcheraient contre ces hérétiques.

C'était un acheminement à Tacte profondément malhonnête qui se consommait le 1" juillet. Par cet acte, le conseil royal, considérant que, après les revers survenus récemment en France, les croisés étaient nécessaires au service du roi exposé à perdre son royaume de France, du consentement du Cardinal, arrêtait que ce même Cardinal mettait pour six mois les troupes levées contre les hérétiques au service de Bedford contre la France, que ce môme Cardinal pourrait nommer maréchal de ses troupes quiconque lui agréerait. Des lettres expédiées à Bedford lui donnaient le pouvoir de défendre aux croisés de quitter la France avant le 21 décembre, de faire emprisonner et punir ceux qui le tenteraient. On s'engageait à rembourser au Saint-Père les sommes versées par lui, en deux payements, l'un de la fin de février, l'autre du 1" mai 1430*.

Le Pape Martin V fut souverainement mécontent de voir tourner (Contre la fille aînée de l'Kglise des armées qu'il avait soudoyées contre les

Jk Germain Leflyre-Pomalis, la Panique anglaise en mai H29, p. 20, 2. Rymer, l. IV, pars IV, p. 146-147.

pas Dieu; le combattre, c'est se combattre soi-même. Henri VI, dépouillé de la couronne de France et d'Angleterre, est mort dans un cachot, probablement de mort violente.

L'instruction suivante, que Bedford donnait au roi d'armes Jarretière, en l'envoyant au grand conseil d'Angleterre, à la date du 16 juillet 1429, est éminemment propre à nous faire pénétrer les évéments qui se sont passés après le sacre de Reims. A quelques rajeunissements près dans l'expression, la voici telle qu'on peut la lire dans Rymer * :

Instruction baillée à Jarretière^ roi d'armes de par Mgr le régent et le conseil du roi notre seigneur étant à Paris^ pour aller devers le conseil dudit seigneur en Angleterre^ 14^9-16 juillet.

Premièrement il remerciera les seigneurs dudit conseil de l'armée disposée et concluse [rassemblée) pour venir par deçà, oultre et par-dessus l'armée de Monsieur le Cardinal et de Messire Radcliflfe.

Il les priera affectueusement et si instamment qu'il le pourra de vouloir avancer ladite armée en toute célérité, en bonne et grande puissance, afin qu'à l'aide de Dien on puisse rebouter [repousser) les ennemis, qui déjà se sont bondés [lancés) si avant. Qu'ils veuillent aussi signifier par deçà, en toute promptitude et sans délai, par ledit Jarretière ou par tout autre, par leurs lettres, le temps au vrai que ladite armée sera sur le port, afin que l'on puisse par deçà régler et disposer les affaires. 11 est bien besoin d'adresse et de brief secours.

Item. — ^11 dira comment le Dauphin s'est mis déjà piéçà [il y a quelque temps) sur les champs en personne avec très grosse puissance. Pour la crainte de cette puissance, plusieurs bonnes villes, cités et châteaux se sont déjà mis en son obéissance, sans opposition ni attendre le siège. Telles les cités de Troyes et de Chàlons, et aujourd'hui, 16 de ce mois, il doit arriver à Reims, où semblablement on lui fera ouverture pour demain, et où lundi il se fera sacrer.

Item. — Incontinent après son sacre ^ il a intention de venir devant Paris, et il a espérance d'y avoir entrée ; mais à la grâce de Notre-Seigneur, il aura résistance par le moyen de nos seigneurs le régent et de Bour*

de pareils ordres. On peut voir dajis le môme Rymer (p. 137), le décret royal par lequel le monarque, qui n'a pas huit ans, ordonne à son gouverneur Warwick de le châtier quand il sera infidèle à ses leçons» \. Rymer, t. IV, pars IV, p. 150.

gogne, qui toute cette semaine ont été ensemble, et vaqué continuellement aux affaires du roi. On a trouvé manière d'obvier aux entreprises des ennemis par bataille ou autrement; et Ton met toute la diligence que Ton peut à garnir et à défendre les cités, villes et passages de la France, et par spécial la ville de Paris, dont dépend cette seigneurie.

Item. — Il dira comment mondit seigneur de Bourgogne a fait dans le passé, et comment il fait encore très grandement et honorablement son devoir d'aider et servir le roi, et comment en ce besoin il s'est montré en plusieurs manières vrai parent, ami et loyal vassal du roi, auquel il doit être moult honorablement recommandé ; car x'eust été sa faveur, Paris et tout le rémanent s'en alloit a ce coup *.

Item. — 11 dira comment mondit seigneur le régent se partira dans dix jours, pour tirer {se placer) entre Normandie et Picardie, tant pour faire avancer les Anglais étant en Normandie hors les garnisons, comme pour aller au-devant de mondit seigneur le Cardinal.

Item. — Il dira comment les seigneurs du conseil du roi, qui sont par deçà, s'appliquent continuellement auxdites affaires ; comment pour aider à les conduire selon leur possibilité, ils s'emploieront loyalement jusqu'à la mort.

Ils supplient très humblement le roi qu'il lui plaise avancer sa venue par deçà en toute célérité possible; car s'il eût plu à Dieu qu'il y fût venu plutôt, ainsi que déjà par deux fois je l'en avais supplié par des ambassadeurs et des messagers, les inconvénients ne seraient pas tels qu'ils sont.

Donné à Paris lexvi* jour de juillet, l'an MCCCCXXIX.

Ces aveux de Bedford doivent être pris en grande considération dans Tappréciation des événements. Le dessein de Charles VII est de se porter sur Paris aussitôt après le sacre, et il a espérance de réussir. Le duc de Bourgogne est le seul qui soit un obstacle sérieux à son plein triomphe. Sans lui c'en était fait de Paris et de tout le rémanent.

Le jour où le héraut porteur de ces nouvelles prenait le chemin de Londres, le duc de Bourgogne arrivait à Laon, et envoyait ses ambassadeurs à Reims. Un effet de son double jeu était la conclusion d'une trêve de quinze jours, sur laquelle la Pucelle, dans sa lettre du 5 août aux habitants de Reims, s'exprimait en ces termes qu'il faut recommander à ceux qui s'obstineraient encore à faire finir la mission au sacre : « Des trêves qui sont ainsi faites je ne suis pas conteiite^ et je ne sais si je les tiendrai^ et si je les tiens ce sera uniquernenl pour garder r honneur du

I. Car 96 ne feust sa faveur, Paris et tout le rémanent s'en alloit àcop.

roi. » Ainsi qu'elle le disait à Châlons, elle avait à combattre un ennemi plus dangereux que les armées anglo-bourguignonnes : la trahison, fille de l'ambition et plus encore de Tenvie.

Sacré à Londres le 6 novembre 1429, le roi de huit ans fut amené en France et aborda à Calais le 23 avril 1430. Il ne devait pas venir seul; une armée devait le joindre h Calais le 1'' mai. Capitaines et soldats avaient pris leurs endentures, c'est-à-dire leurs engagements. Mais, le moment venu, ils vinrent en petit nombre et beaucoup d'entre eux firent défaut ; ils se cachaient. Rymer, dans le titre mis en tète de la pièce qui va être traduite, nous dit que la cause de leurs tergiversations, c'était la terreur inspirée par les incantations de la Pucelle. De proclamationibus contra capitaneos et soldarios tergiversantes incantationibm Puellœ terrificatos. Le nom de la Pucelle ne se trouve pas dans l'édit. Un des plus récents et des bons historiens de Jeanne d'Arc, M. l'abbé Debout, ne croit pas au bien fondé de ce titre donné par le grand annaliste anglais. A son avis, Tarmée anglaise ne regardait pas la Pucelle comme une incantatrice, mais plutôt comme une envoyée du Ciel. Ce qui est indubitable, c'est la terreur inspirée par la Libératrice aux soldats anglais. Une foule de documents de provenance bien différente sont unanimes pour attester le fait. Bedford dans la lettre à Charles YII présente Jeanne comme adonnée à la superstition, c'est-à-dire à la magie. Il était trop religieux pour la combattre, si à ses yeux elle avait été évidemment suscitée par le Ciel.

Le lecteur vient de voir comment, à la suite de la délivrance d'Orléans, Bedford s'était hâté d'envoyer des ordres pour arrêter les déserteurs dans les ports de la Normandie. A la date du 3 mai 1430, c'est un édit royal rendu contre les officiers et les soldats infidèles à leur engagement, qui refusaient de passer en France où le roi se trouvait depuis le 23 avril. Voici la traduction du texte donné par Rymer.

« Le roi aux vicomtes de Londres, salut. Plusieurs capitaines et soldats devaient passer la mer avec nous, et nous escorter dans noire présent voyage. Au terme des endentures signées entre nous et nos capitaines, ils devaient le 1" mai dernier faire leurs montres, et à la suite être à notre service pour le temps de leur engagement. Or, l'on nous apprend qu'ils se retardent et tergiversent dans la cité de Londres, à notre grave préjudice et mépris, contre les clauses de leurs retenues, exposant à un manifeste péril, autant qu'il est en eux, notre personne en

ce moment sur le continent, le pays et nos sujets de par ici. Voulant mettre un terme à ce pervers désordre, qui est un mépris de notre autorité, un préjudice pour notre cause, nous vous enjoignons le plus étroitement qu'il est en nous, nous vous commandons qu'aussitôt après la lecture des présentes, vous fassiez proclamer en notre nom dans la ville susdite, dans ses faubourgs, sur toutes les places où vous le jugerez plus expédient, que tous et chacun de ces capitaines et soldats, présents dans la ville, ou en voie de s'y rendre, de quelque état, grade et condition qu'ils soient, qui sont retenus pour faire avec nous le voyage sur le continent, aient à se rendre aux côtes de la mer, à Sandwich ou à Douvres, et cela sans délai, sans retard pour leur équipement, Téquipement de leurs chevaux, et leurs harnais ; qu'avec toute la célérité possible, ils se rendent, se hâtent et s'empressent autour de notre personne, sous peine d'être punis de la confiscation de leurs chevaux et harnais, et d*ôtre emprisonnés selon notre volonté; que tous ceux qui, au lendemain du jour où vous aurez fait cette proclamation, sans notre licence, ou sans la licence de notre cher oncle Humfrey, duc de Glocester, gardien d'Angleterre, licence donnée par écrit, renfermant les raisons de leur retard, munie de notre sceau ou du sceau du prince gardien, que tous ceux que vous trouverez ainsi en retard à Londres, soient immédiatement saisis et arrôtés avec leurs chevaux et harnais, qu'ils soient emprisonnés, que les chevaux et harnais soient mis sous sûre garde, jusqu'à ce que nous croyions devoir ordonner différemment de leur libération.

a Exécutez ponctuellement ces ordres conformément à l'amour que vous avez de notre honneur, et au soin que vous avez d'éviter notre puissante indignation.

« Témoin, Ilumfroy, duc de Glocester, gardien d'Angleterre, à la cité royale de Cantorbéry, 3 mai* .»

Si semblable édit força les récalcitrants à s'exécuter, il n'eut pas la puissance de leur faire attendre la fin de leurs engagements. L'édit suivant semble prouver qu'ils désertaient en masse, puisque c'est sur cinq des ports d'Angleterre qu'ordre est donné de les arrêter. Jeanne était cependant dans les fers depuis six mois et plus, et probablement à Rouen ou tout au moins en voie de s'y rendre. Mais la terreur qu'elle inspirait n'avait pas disparu; aussi l'annaliste anglais donne-t-il pour titre à l'édit qui va être traduit : Ordre d'atrestation des déserteurs aballus par les vaines frayeurs de la Pucelle [De fugitivis ab exercitu, quos ierriculamenta Puellœ exaniinaverant^ arrestaiidis).

« Henri, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre et de France, seigneur

Page 1