‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 227 sur 327 · Rymeh, t. IV, part. IV, p. tôO · texte numérisé non relu

Rymeh, t. IV, part. IV, p. tôO

Ko4 LA VRAIE JEANNE D*ARG : LA LIBÉRATRICE.

sa maison, lui dit qu'un messager dont il lui avait parlé d'autres fois était revenu pour trouver la manière de faire ladite entrée, et lui demanda s*il voulait se mettre de son parti, qui était celui de plusieurs autres. Le suppliant répondit que oui, s'il y avail des gens notables qui s'en entremissent. Perdriel lui dit que plusieurs personnes de pratique et d'autres états de bonne et grande autorité, parmi lesquels il en nomma quelquesuns, s'en mêleraient, et en outre, afin que ledit suppliant fût plus sûr de la besogne, et pour aviser la manière de faire cette entrée, Perdriel voulut que le messager parlât au suppliant ; sur quoi ils demeuFèrent d'accord qu'il irait à Saint-Merry, où Perdriel ferait aller icelui messager, et delà ils iraient en la maison du suppliant. Ce qui fut fait. Quand ledit messager, qui était très bien et proprement habillé en état de laboureur, fut en l'hôlel du suppliant, il lui dit qu'il était religieux Carme, et que Perdriel renvoyait vers lui ; que ni le Dauphin qu'il nommait roi, ni ceux de son conseil, ne le voulaient croire de la mission qu'il avait remplie de la jpart d'icelui Perdriel et autres touchant l'entrée devant dite, s'ils n'avaient lettres de chacun d'eux, et il requit ledit suppliant de vouloir faire une lettre ; à quoi celui-ci répondit qu'il ne ferait pas de lettre do sitôt, qu'il s'en rapportait à Perdriel de ce qu'il en ferait, et tiendrait le même chemin que lui. Le Carme quitta le suppliant en disant qu'il retournerait vers Perdriel, et que par lui il lui ferait savoir ce dont ils demeureraient d'accord, et qu'il enverrait dire par un laboureur, à Perdriel, le jour, rheureet la manière dont nosdils ennemis voudraient faire ladite entrée. <c Sur cela, le premier ou second dimanche de ce carême, le suppliant ne sait lequel, Guillaume de Loir, orfèvre, alla devers lui en son hôtel disant que Perdriel lui faisait dire que le laboureur dont il lui avait parlé autrefois était venu. Le suppliant, qui n'avait jamais parlé audit Guillaume de ce que dessus, lui dit qu'il ne savait pas ce qu'il voulait dire, et Guillaume lui répondit qu'il enverrait Perdriel lui parler. Et comme le lendemain, les serviteurs du suppliant lui dirent que Perdriel Tavait demandé, il alla à sa maison et lui parla à son comptoir, Guillaume de Loir étant présent. Perdriel lui dit que le Carme qui autrefois lui avait parlé avait apporté une abolition du Dauphin notre adversaire par laquelle tout était pardonné, que Perdriel et plusieurs autres étaient d'avis qu'un jour de dimanche on la lut à son de trompe à la porte Baudet, en présence de soixante ou quatre-vingts hommes de leur alliance. Après cette publication, eux et le peuple qui se joindrait à eux iraient gagner la porte Saint-Antoine, pour mettre et bouter par cette porte dans la ville nos ennemis et adversaires qui seraient en embuscade près de là. Quelques-uns opinaient que certain nombre de gens fussent en embuscade à maisons prochaines de la porte de Bordelles pour la gagner

soudainement, et par ce moyen faire ladite entrée par icelle: il semblait aux autres que le plus expédient serait que quatre-vingts ou cent Écossais, habillés comme les Anglais, portant la croix rouge, vinssent par petits troupeaux ou compagnies par le droit chemin de Saint-Denis en cette ville, et qu'en amenant de la marée ou du bétail ils entrassent adroitement en la porte, et puis se rendissent maîtres des portiers; alors une autre partie de nos ennemis, qui seraient embusqués près de là, viendraient avec puissance pour entrer dans cette dite ville, et en avoir la maîtrise.

c( Et après cela Perdriel demanda au suppliant et à Guillaume de Loir de quelle opinion ils étaient, lesquels dirent qu^il leur semblait que ce serait le mieux de faire ladite entrée par cette porte Saint-Denis en la manière dessusdite, encore que sur ce ils ne prirent pour lors aucune conclusion. Mais Perdriel et Guillaume montrèrent au suppliant deux cédules qu'ils avaient faites pour envoyer à notre adversaire et à ceux de son conseil ; Tune était grande, écrite en parchemin, l'autre petite, en papier, et pour ce qu'elles ne plurent pas au suppliant, il en fit une autre petite qu'il bailla à Perdriel et à Guillaume, lesquels dirent qu'ils montreraient icelles cédules à leurs autres compagnons, pour aviser laquelle serait la meilleure.

a Le lendemain, bien matin, Guillaume, le Carme dessusdit, et deux autres compagnons, laboureurs ou en habits de laboureurs, que le suppliant ne connaissait pas, allèrent vers lui en sa maison, et lui portèrent Tune des trois cédules, il ne sait au vrai laquelle, mais toutefois il la signa le premier, puis la bailla à Guillaume, qui promit de la faire signer à d'autres de leur alliance, desquels il nomma quelques-uns; et cela fait, les dessusdits se départirent d'avec lui, et au surplus il ne sait ce que ledit Guillaume fit de ladite cédule, car depuis il ne vit plus ledit Carme. Cette cédule contenait en effet créance pour le porteur d'iccUe, et était ladite créance telle, c'est à savoir que ledit Carme était chargé de dire à notre adversaire et à ceux de son conseil que pour faire l'entrée convenue, ils élussent des trois voies ci-devant exposées celle qui leur semblerait plus convenable, et qu'ils mandassent la manière, l'heure et le jour où ils voudraient qu'elle fût exécutée.

« Avec cela Perdriel et Guillaume de Loir dirent au suppliant que Pierre Morant, procureur en notre Châtelet de Paris, et Jacquet Guillaume demeurant à l'Ours, à ladite porte Baudet, étaient consentants avec eux de faire l'entrée devant dite, et qu'ils avaient avec eux quantité de gens d'icelle porte Baudet et des environs.

« Et trois ou quatre jours après, Morant rencontra en Grève ledit suppliant et lui parla de la matière, disant qu'il avait parlé à Perdriel, vu

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lement cher à la Libératrice. C'est sans doute de lui qu'elle parlait Tannée suivante, à la séance du 14 mars, quand elle disait avoir pensé à échanger Franquet d'Arras, contre un homme de Paris, seigneur de fOurs; mais qu'ayant appris que ce dernier était mort, elle avait laissé la justice suivre son cours à l'égard du brigand Franquet.

Quoique la Pucelle ne soit pas nommée dans les pièces précédentes, il est indispensable d'en tenir compte pour débrouiller bien des obscurités de l'histoire de convention que l'on nous a léguée. Les documents qui vont suivre la regardent immédiatement.

Indemnité donnée à Cauchon pour cent cinquante-trois jours (cinq mois) quil a passés en voijages et en négociations^ spécialement sur le fait de la Pucelle. — Sa quittance, — Quicherat a fait sortir, en l'imprimant, cette intéressante pièce de l'obscurité de l'inédit où elle a reposé quatre siècles. Le parchemin original se trouve à la Bibliothèque nationale, dans la collection Gagnières (Titres scellés des évêchés, t. IV).

« Nous, Pierre, évêque et comte de Beauvais, pair de France, vidame de Gerberoy, conseiller du roi notre sire, confessons avoir eu et reçu de Pierre Sureau, receveur général de Normandie, la somme de sept cent soixante-cinq livres tournois, qui due nous était, pour sept-vingl-treize jours, que nous affirmons avoir vaqué au service du roi notre seigneur et pour ses affaires, tant en la ville de Calais, comme en plusieurs voyages, en allant devers Mgr le duc de Bourgogne et devers messire Jean de Luxembourg, comte de Guise, en Flandre, au siège devant Compiègne, à Beaurevoir, pour le fait de Jeanne que Ton dit la Pucelle, comme pour plusieurs autres besognes et affaires du roi notredit seigneur, et aussi en la ville de Rouen, par le mandement du roi notredit seigneur et de son grand conseil, iceux sept vingt treize jours commençant le premier jour de mai [mil] quatre cent trente et finissant le dernier jour de septembre suivant, dernier passé inclus, au prix de cent sols tournois par jour, à nous ordonnés, pour être pris et obtenus sur ladite recette [de Normandie]^ pour la moitié de dix livres tournois par jour à nous ordonnés et taxés par le roi, notredit seigneur, pour chacun des jours que nous avons vaqué et vaquerons pour ses affaires au voyage en quoi nous sommes présentement, et jusqu'à notre retour en la ville de Paris, comme il appert par les lettres de taxation du roi, notredit seigneur, données le xiv* jour du mois de mai, expédiées par le trésorier et général gouverneur des finances de Normandie.

« De laquelle somme de sept cent soixante-cinq livres tournois nous nous tenons pour content et bien payé, et en quittons le roi notredit seigneur, ledit receveur général et tous autres. En témoin de ce, nous avons mis à ces présentes notre signet et sceing manuel, le dernier jour de janvier, Tan mil quatre cent et trente (a. st.).

« f P., Episcopus Belvacensis. »

Il serait intéressant de connaître par le détail l'itinéraire de cet agoni si dévoué à l'Angleterre. Nous savons qu'en 1428 il était chargé de prélever l'impôt mis sur la Champagne pour réduire Mouzon, Vaucouleurs et quelques autres places qui, aux bords de la Meuse, tenaient encore pour Charles VII. En 1429, quinze jours environ après la délivrance d'Orléans, l'évêque de Beauvais était à Reims, car il est marqué comme ayant porté le Saint-Sacrement à la Fôle-DieuV Quatre jours après il était à Chàlons, dont depuis longtemps il était archidiacre^. Le 23 juin il rentrait à Reims'. Il ne semble pas douteux qu'il voyageait ainsi hors de son diocèse pour conserver sous la domination anglo-bourguignonne les pays que la Pucelle devait traverser pour conduire le roi à Reims. Les chroniqueurs nous ont dit que ces villes avaient renouvelé leur serment de fidélité au traité de Troyes. N'est-ce pas à son instigation?

L'arrivée de Jeanne aux bords de la Marne et de la Seine en avril 1430 produisit grand émoi à Paris, et sur les frontières des pays encore soumis à la domination anglo-bourguignonne. Cauchon se met en voyage dès le 1" mai. Il se rend à Calais d'abord ; le roi d'Angleterre y était arrivé dès le 23 avril ; le prélat a dû y aller faire sa cour. Il dit qu'il a été ensuite vers le duc de Bourgogne et Jean de Luxembourg ; mais l'un et l'autre étaient occupés au siège de Compiègne, ou tout au moins à s'emparer des avant-postes. Si Jeanne, comme l'affirment quelques Chroniques, a été vendue par Flavy,-le négociateur serait-il intervenu dans le marché? Les antécédents nous autorisent à poser la question, encore que nous ne puissions pas y répondre. Après un voyage en Flandre, le voilà de nouveau au siège devant Compiègne. 11 y était certainement le 14 juillet ; c'est là qu'il fait sommation à Luxembourg et au duc Philippe d'avoir à livrer la captive. La dame et la tante de Luxembourg s'opposaient à l'infamie du mari et du neveu. Serait ce pour triompher de leur résistance qu'il se serait renduàBeaurevoir?Il indique encore dans sa quittance qu'il a été à Rouen. Les Etats y étaient réunis au mois d'août ; et ils ont voté

dix mille livres pour l'achat de la Pucelle. Etait-ce encore pour les

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