‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 238 sur 327 · LA PUCELLE D'APRÈS LA GESTE DES NOBLES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LA PUCELLE D'APRÈS LA GESTE DES NOBLES FRANÇAIS

(Bibl. national, fs. Français n»* 5699 et SOOf.)

De ta Pucelle venue devers le roy et des merveilles d*elle. — Ces choses durans fut admenée à Chinon par devers le roy de France une fille de simple estât, pucelle de sainte et religieuse vie, du pays de Barrois, qui fille fut d'un pouvre laboureur de la contrée et de sa femme, qui de leur loyal labour vi voient, aagée d'environ vint ans, et ou au temps de son enffance avoit été pastoure, et peu savoit des choses mondaines. Et peu parla ceste pucelle, seulement parloit de Dieu et de sa benoite mère, des anges, des saints et saintes de Paradis, et disoit que par plusieurs fois lui avoient été dites aucunes révélations touchans la salvacion du roy et préservation de toute sa seigneurie, laquelle Dieu ne vouloit lui être tollue ne usurpée, mais dont déboutez en seroient ses ennemis. Et ces choses estoit chargée de dire et signifier au roy dedans le tems de Saint-Jehan MIUIXXIX. Si fut la Pucelle ouye par le roy en son conseil, et là ouvrit les choses à elle chargées, et à merveilles traicta des manières de faire vuider Anglois du royaume, et là ne fut chief de guerre que tant proprement sceust remontrer les manières de guerroier ses ennemis, dont le roy et tout son conseil fut esmerveillé, car en toutes autres matières fut autant simple comme une pastoure. — Pour ceste merveille, ala le roy à Poitiers et là mena la Pucelle qui par les notables du Parlement et par docteurs solemnelz en théologie la fist interroguer; et, elle ouye affermèrent que ilz la réputoient chose divine inspirée de Dieu, et tout son fait et les paroles approuvèrent; dont en plus grant révérence la tint le roy qui à ce temps mandoit gens de toutes pars, et grant quantité de vivres, et artillerie avoit fait mener à Blois, pour la cité d'Orléans secourir. Si requist la Pucelle que pour le secours conduire pleust au roy lui bailler telle gent et en tel nombre que elle requei^roit, qui ne seroit pas grant nombre, ne grant puissance, et que pour son corps lui fut admenistré un har-

612 LA VKAIE JEANNE D'aRC : LA LIBÉRATRICE.

nois entier. Adoncques ordonna le roy que tout ce qu'elle requerroit lui feust baillé. Si prinst la Purelle congié du roy pour aller à Orléans, et elle venue à Blois à peu de gens séjourna illec par aucuns jours, lesquels pcndans elle fist faire un estendard blanc ou quel elle fist pourtraire la représentation de Saint-Sauveur et de deux anges, et le dit estandard avec tout son harnois fist beneistre en Téglise Saint-Sauveur de Blois, auquel lieu vindrent tantost après le mareschal de Sa in te -Sévère, le sire de Rais et e sire de Gaucourt ayant conipaignie de nobles et commun, qui une partie des vivres chargèrent pour iceulx mener à Orléans, en la compaignie desquels se mis! la Pucelle qui bien cuidoit que par devant les bastides du siège devers la Beauce deussent passer, mais le chemin prinstrent par la Salloigne, et à Orléans fut amenée le pénultième jour d'avril cellui an.

Cette Pucelle séjournante Blois en attendant la compaingnie qui à Orléans la devoil mener escrivit et envoia par un hérault aux chiefs de guerre qui devant Orléans tenoient siège unes lectres dont la teneur est telle :

Jhesus, Maria.

Roy d'Angleterre, faictes raison au roy du Ciel de son sang royal. Rendez lesclefz à la Pucelle de toutes les bonnes villes que vous avez enforcées. Elle est venue de par Dieu pour réclamer le sang royal et est toute preste de faire paix, se vous voulez faire raison; par ainsi que vous mettez jus et paiez de ce que vous Tavez tenue.

Roy d'Angleterre, se ainsi ne le faictes, je suis chief de guerre; en quelque lieu que je ataindray vos gens en France, se ilz ne veulent obéir, je les ferai yssir, vueillent ou non; et se ilz veulent obéir, je les prendrai à mercy. Croiez que s'ilz ne veulent obéir, la Pucelle vient pour les occire. Elle vient de par le roy du ciel, corps pour corps, vous bouler hors de France ; et vous promet et certiffie la Pucelle que elle y fera si gros hahay, que encore a mil ans en France ne fut veu si grant, se vous ne lui faictes raison. Et croiez fermement que le roy du Ciel lui envolera plus de force que ne sarez mener de tous assaulx à elle et à ses bonnes gens d'armes*.

Entre vous, archiers, compaignons d'armes, gentilz et villains 2, qui estes devant Orléans, alezvous en en vostre pais de par Dieu; et se ainsi ne le faictes, donnez-vous garde de la Pucelle et de vos dommages vous souviengne.

Ne prenez mie vostre opinion, que vous ne tcnrez mie France du roy du CieP, le (ils sainte iMarie; mais la tendra le roy Charles, vray héritier à qui Dieu la donnée, qui entrera à Paris à belle compaignie. Se vous ne créez* les nouvelles de Dieu et de la Pucelle, en quoique lieu que vous trouverons, nous ferrons" dedeiis à horions ; et si verrons lesquelx meilleur droit auront, de Dieu ou de vous.

Guillaume de la Poule, conte de SufFort, Jehan, sire de Talbort, et Thomas, sire do Scalles, lieuxtenans du duc de Bethford, soi-disant régent du royaume de France pour le roy d'Angleterre, faictes réponse se vous voulez faire paix à la cité dOrléans. Se ainsi ne le faictes, de vos domages vous souviengne briefment ^.

Duc de Bethford, qui vous dictes régent de France pour le roy d'Angleterre, la Pucelle vous prie et requiert que vous ne faictes"^ mie destruire. Se vous ne lui faictes raison, elle fera ^ que les François feront le plus beau fait qui oncques feust fait en la christianté.

1. Variantbs du journal du siège : Que le roy du ciel lui envoyra plus de force à elle et à S'S bonnes gejis d'annes, que ne sçauriez avoir à cents assauU,

2. Gentilz et vilains ne s'y trouve pas; mais le mot vilains est dans le texte de la geste.

Page 1