‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 25 sur 327 · III · texte numérisé non relu

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jamais distraits du domaine royal, et de relever toujours immédiatement de la couronne. Ils réclamèrent Texécution de la promesse ; Tévêque fut rinterprète de leurs doléances ; elles ne furent pas écoutées et le frère du monarque devint le duc d'Orléans. Le duché comprenait dix châtellenies ; plusieurs en Beauce, en Gâtinais, en Sologne. Louis d'Orléans avait acheté le comté de Blois et de Dunois. Valentine, sa femme, lui avait apporté le comté d'Asti. Il était en état de lutter avec son cousin de Bourgogne, Jean sans Peur. On sait ce qui en résulta. Il a été déjà dit plusieurs fois qu'à l'arrivée de la Libératrice les deux fils légitimes du duc d'Orléans étaient prisonniers en Angleterre : Jean, le plus jeune, depuis 1412; Charles, l'aîné, depuis 141S. La postérité masculine de Charles VII devant finir après deux générations, le fils de Charles devait être Louis XII, et le petit-fils de Jean, François P'. C'est probablement la raison du particulier intérêt que leur témoigna toujours la Libératrice.

Si les Orléanais avaient vu avec peine un prince s'interposer entre eux et le roi, il semble cependant qu'ils s'attachèrent promptement à leur duc et à sa postérité, et spécialement à Charles. La famille avait les qualités qui gagnent les multitudes, du charme dans la personne, de l'élégance dans les manières, du courage sur le champ de bataille, beaucoup de magnificence dans le train de vie, de la splendeur dans les manifestations de la foi, un fonds de bonté dans l'éclat d'un luxe qui pesait lourdement sur les peuples. Le chef de la race était tombé dans la force de l'âge sous les coups d'un cousin assassin ; son fils languissait dans une longue captivité ; c'était plus* qu'il n'en fallait pour obtenir une popularité qui est à l'honneur de ceux qui la départent, plus encore qu'à l'honneur de celui qui en est l'objet.

Les amis des lettres saluent dans le prince captif un des fondateurs de notre poésie moderne, bien supérieur à Villon. On admire dans les ballades, les rondeaux, les virelais, par lesquels Charles d'Orléans charmait les ennuis de sa captivité, la fraîcheur, la délicatesse, la naïveté du sentiment. Faut-il dire que, ayant parcouru ces poésies, nous avons été frappé de l'égoïsme dont elles sont l'expression? A part une prière à Dieu pour la cessation de la guerre, nulle part on ne rencontre un sentiment de compassion pour les peuples que sa querelle avait rendus si malheureux ; nulle part le nom de Théroïne qui lui avait rendu sa ville et son duché, pas une allusion à celle qui lui avait témoigné un si touchant intérêt!

Les officiers du duc continuaient à administrer le duché en son nom, à en percevoir les revenus, faisant arriver de larges sommes au captif. Raoul de Gaucourt était bailli d'Orléans, a-t-il été déjà dit. Guillaume Cousinot, dont il sera bientôt plus longuement parlé à propos

de sa Chronique^ remplissait les fonctions de chancelier, et était à la tête de Tadministration du domaine ducal. La charge de trésorier était dévolue à Jacques Boucher. Les revenus seigneuriaux s'accumitlaient entre ses mains ; il en faisait passer une partie au prisonnier, et il acquittait avec le reste les dettes et les libéralités du prince.

Le siège épiscopal d'Orléans était occupé par un de ces Écossais si nombreux alors en France, par Jean de Saint-Michel. D'abord chanoine, l'élection du chapitre, en 1426, le porta au premier rang. Les Chroniques ne parlent guère de lui que lorsqu'elles donnent le nom des personnages qui après la défaite de Rouvray quittèrent la ville. Il ne semble pas qu'il fût à Orléans lors de la délivrance. On regrette de lui voir une attitude si effacée.

La ville jouissait du privilège, dont elle était justement jalouse, de s'administrer elle-même. Tous les deux ans, le 22 mars, dans une élection à deux degrés, sagement tempérée, douze procureurs étaient élus ; ils nommaient un receveur, c'est-à-dire un trésorier chargé des recettes et des dépenses. Il ne recevait et ne dépensait rien que sur reçu; à la fin de sa gestion, il rendait ses comptes devant une assemblée à laquelle le bailli assistait.

Les trois quarts des recettes étaient consacrés aux fortifications de la ville. Ces dépenses étaient inscrites à part sur un registre portant le titre de « Comptes de forteresses ». Le clergé fournissant le sixième des dépenses de forteresses^ trois de ses membres étaient présents au conseil des procureurs quand il s'agissait de déterminer l'emploi des sommes affectées à la défense de la ville. Le quatrième quart des recettes était destiné à subvenir aux besoins courants de la cité.

Dans le premier quart de ce siècle, un chanoine d'Orléans, M. Tabbé Dubois, a eu la patience de dépouiller ces monuments du passé, et de faire, surtout en ce qui regarde le siège de 1429, des travaux de grand mérite. N'ayant pas eu le temps de mettre la dernière main à ses écrits, il les légua à la bibliothèque de sa ville natale. M. Paul Charpentier a donné en 1894 sous ce titre. Histoire du siège d'Orléans^ par l'abbé Dubois, une série de dissertations fort lumineuses. Ce ne sont pas tous les travaux du docte chanoine sur le célèbre événement et sur sa ville natale. Il a laissé de précieux et longs extraits des « Comptes de la ville » qu'il a fouillés avec une patience de bénédictin. Depuis, de nombreux Orléanais, par la naissance ou par le domicile, ont écrit sur le siège. 11$ se sont aidés des écrits de l'érudit chanoine, plusieurs, beaucoup plus qu'ils ne l'ont dit. Quels larges emprunts lui a fait l'ingénieur JoUois, qui le cite à peine. Il serait facile de prouver que plus d'une note de Quicherat lui a été prise ; et l'érudit paléographe ne le nomme que

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lorsqu'il peut le combattre, avec raison il est vrai; mais est-jce bien de rhonnêteté littéraire de ne faire connaître celui que l'on a spolié qu'en montrant les pierres fausses qui se trouvent dans son trésor*?

Plusieurs Chroniques nous affirment que le duc d'Orléans avait obtenu de Salisbui'y la promesse que la guerre ne s'étendrait pas à ses Etats, qu'il ne pouvait pas défendre. Les comptes municipaux d'Orléans de 1424 à 1426 mentionnent des sommes payées par le duché pour obtenir abstinence de guerre*. Le bâtard avait récemment traité dans ce but ; mais Bedford aurait refusé de ratifier la convention.

Avant le siège, les bourgeois avaient énergiquement refusé à plusieurs reprises d'admettre des garnisons dans leur ville ; ils savaient que ces défenseurs étaient le plus souvent aussi tyranniques et aussi insolents que les ennemis eux-mêmes^; mais à l'approche du siège ils leur ouvrirent leurs portes, et les Chroniques nous diront qu'ils n'eurent pas à s'en repentir.

Sans se rassurer sur les promesses de Salisbury, les Orléanais firent leurs préparatifs de défense. Ils s'imposèrent un premier emprunt dont, le 6 septembre 1428, le bâtard d'Orléans autorisait la perception, ordonnant des contraintes contre les récalcitrants ; ils s'en imposaient un second en décembre, et le lieutenant général faisait une seconde ordonnance pour en prescrire la collecte*. De nombreux citoyens, notamment les ecclésiastiques, faisaient des dons volontaires ^ On fit aux tours, aux portes, aux fossés, les réparations nécessaires pour les rendre inexpugnables dans la mesure du possible. On se garda bien d'oublier d'intéresser le ciel; des supplications publiques furent indiquées, les corps des saints patrons furent honorablement portés à travers les rues de la * cité*.

Orléans se mit à fondre des canons : on en compta durant le siège

1. C'est un procédé commode pour décrier la science cléricale, lout en la pillant. Il est connu et largement exploité. D'après le sophiste Victor Cousin, les Jésuites, lors de leur suppression, n'avaient plus d'homme de valeur; et ce grand maître de l'Université s'acquérait un des litres dont il était le plus lier, celui de traducteur de Platon, en éditant sous son nom la traduction manuscrite qu'en avait laissée un de ces Jésuites supprimés, le Père Grou.

2. M»i« DE ViLLARET, Campagne des Anylais (1421-1428), Pièces juslilicalives, p. 134.

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