Ibid., p
Dame. Od ne connut jamais la main qui avait mis le feu '. Les Chroniques sont unanimes sur ce point. On a dû cependant faire de minutieuses recherches. Nul doute que le tireur n'eût été comblé de félicitations et bien récompensé. Cette ignorance totale n'est pas pour rendre invraisemblable le sentiment de ceux qui y ont vu la réponse de Notre-Dame au saccagement de Cléry. Une Chronique qui sera citée nous dira qu'un enfant avait allumé la mèche par espièglerie, et s'était enfui. La merveille subsisterait toujours; mais, dans ce cas, comment n'a-t-on pas retrouvé l'enfant fortuné? Comment les Cousinot et l'auteur du Journal du siège n'en ont-ils rien su, eux des Orléanais et des contemporains?
La mort de Salisbury consterna un moment les Anglais. La garde des Tourelles remise à Glacidas, les principaux chefs se retirèrent momentanément pour délibérer, tandis que Bedford venait à Chartres, afin de suivre les opérations. Il envoya des renforts et, durant les mois de novembre et de décembre, les Anglais finirent par bien s'asseoir sur la rive gauche, et rendre leurs positions plus fortes qu'elles ne l'avaient été du temps de Salisbury*. Être maître de la rive gauche, c'était intercepter la grande voie de communication entre Orléans et les Etats de Charles. Le point de départ du réseau avait été bien choisi.
On prévit bien, à Orléans, que le réseau serait continué. Le lendemain delaprise des Tourelles, le Bâtard, Lallire, Boussac, Chabannes, Yillars, Coarraze, et d'autres encore, étaient venus relever le courage des habitants^. Sous leur impulsion, sans doute, les Orléanais prirent et exécutèrent une résolution héroïque, celle de détruire tous leurs faubourgs de la rive droite où il y avait vingt-deux églises, parmi lesquelles la riche collégiale Saint-Aignan. Tout fut si bien rasé, nous dit Jean Chartier, qu'on poiivoit aller à pied et à cheval du côté de la Beauce aux lieux où avaient été lesdites églises et maisons. Les faubourgs étaient réputés les plus beaux de France, a-t-il été déjà dit. La population renfermée dans les remparts dut en ôtre doublée. L'œuvre de salutaire destruction s'exécuta en novembre et en décembre.
Ku même temps, les Orléanais complétaient leurs armements. Guillaume Duisy, très soutil ouvrier^ adaptait la grosse bombarde qui jetait des pierres de cent vingt livres, le canon Rifflard, et le canon de
i. Chronique delà Pucelle^ p. 264. — Ciiarpotier et Cuissard, Journal du siège^ p. 10.
2. Journal du siùyCj p. iC et suiv. cl Chronique de la Pucelle^ p. 205.
3. Journal du siègcy p. 10-11 ; Chronique de la Pucelle, p. 263.
Montargis, qui devaient &ire grands dommages aux Anglais *. Ce n'était que le début. Le Journal du siège^ dit dans la suite, que, pour la défense, furent trouvés d^ innombrables nouveautés et subtilités de guerre plus que de longtemps auparavant iln^avoit été fait ^. Le coulevrinier maître Jean^ natif de Lorraine^ que F on disoit le meilleur maître qui fut lors d'icelui métier y faisoit sur tous les autres moult de mal aux Anglois. Son tir était si juste qu'il abattait presque infailliblement Thomme qu'il visait, et parfois d'un seul coup en tuait plusieurs. Caché derrière l'arche de Belle-Croix, il promenait la mort aux Tourelles, relevait ses prouesses par sa bonne humeur. Feignant d'avoir été atteint par l'ennemi, il se faisait emporter comme mort ou mourant, sous les yeux des Anglais, et quelque temps après, de nouveaux coups leur prouvaient qu'il était bien vivant ^. Il ne fut pas sans courir maints dangers. Les Anglais lui prirent une fois l'affût de sa coulevrine, une autre fois sa coulevrine même, et il ne se sauva qu'en se cramponnant au gouvernail d'un bateau où il n'avait pas pu entrer : il le détacha et aborda sur ce radeau improvisé *.
Le jour de Noël amena une trêve, de neuf heures du matin à trois heures du soir, durant lesquelles le Bâtard, sur la demande de Glacidas, envoya au camp anglais U7ie note de ménétriers^ trompettes et clairons qui firent grande mélodie '.
La lugubre musique de la guerre reprit aussitôt. Talbot, Scales, et d'autres seigneurs anglais qui, le 1" décembre, avaient amené à Glasdall un renfort d'hommes, de vivres et d'armes, conduisaient le 30 décembre un renfort de deux mille cinq cents combattants.
Ils allaient tendre le filet sur la rive droite. Ils s'emparaient encore d'une excellente position, de la hauteur de Saint-Laurent-les-Orgerils, qui leur était inutilement disputée; elle est située au bord de la Loire. Une bastille, dans l'île Charlemagne, au milieu du fleuve, facilitait les communications avec les bastilles de la rive gauche, Saint-Privé d'abord en face, et ensuite les Tourelles, les Augustins, et plus tard Saint-Jeanle-Blanc, si tant est qu'il ne fut pas encore dès lors occupé.
Il restait à continuer l'investissement sur la rive droite : c'est ce que firent les Anglais dans une étendue que nous essayerons bientôt de déterminer.
Cela ne se fit pas sans qu'on essayât de bien des manières de les traverser. Il y eut une suite de faits d'armes, d'escarmouches, de sorties de