Rymer, t. IV, p
Rien ne justifie Tasserlion de Quicherat que le conseil d'Angleterre aurait été d*avis d'accepter les propositions du duc de Bourgogne. La Chronique de la Pucelle^ à laquelle il renvoie, parle de l'entreprise ellemôme. Le duc de Bedford, y est-il dit, fit mettre le siège devant icelle ville ; il s'agit de mettre le siège, et non pas de le lever après une durée de six mois, lorsque tout promettait l'heureuse issue de tant de travaux.
Les Anglais n'étaient pas restés oisifs à la suite de la journée des Harengs. Les communications par la rive gauche étaient difficiles aux assiégés, les Anglais des bastilles des Tourelles, des Auguslins et de Saint-Privé surveillant les convois qui arrivaient par l'est et le midi. Si ces communications étaient difficiles, elles n'étaient pas impossibles. Le Journal du siège raconte plusieurs ravitaillements opérés par le port du Bousquet ou de Saint-Loup. Les vivres, amenés secrètement jusqu'à ce point, étaient chargés sur des bateaux que devaient probablement dissimuler les oseraies de l'île aux Bœufs et de l'île Charlemagne, ou même des arbres le long des rives. Les bateaux suivant le cours de la rivière venaient atterrir à la Tour-Neuve. Des sorties pouvaient occuper les assiégeants, tandis que l'on introduisait les convois dans la ville. Dès le 40 mars, les Anglais s'établissaient à Saint-Loup, sur la rive droite. Il a été dit plus haut combien était avantageuse une position qui leur permettait de surveiller le cours supérieur de la Loire, le port du Bousquet, sur la rive opposée, et les routes de Gien et de Pithiviers. En dernier lieu, dès le 20 avril, ils avaient établi, si tant est qu'elle n'y fût pas déjà, une garnison et une bastille à Saint-Jean-le-Blanc, sur la rive gauche.
Les travaux avaient été poussés sur la rive droite. Monstrelet nous dit qu'après sept mois de siège, les Anglais avoient moult oppressé et travaillé la ville d'Orléans, par les fortifications, bastilles et forteresses qu'ils avoient faites en plusieurs lieux jusqu'au nombre de soixante^. L'entendre de bastilles proprement dites, c'est-à-dire de constructions destinées à servir de séjour habituel à des soldats, c'est lui prêter une erreur ; mais le chroniqueur parle de fortifications, de forteresses et de bastilles, c'est-à-dire de constructions stratégiques de tout genre, et dans ce sens l'on n'a pas le droit de lui donner un démenti.
La Chronique de la Pucelle^ dont l'autorité est grande, affirme qu'il y avait des bastilles sur tous les chemins passants, et qu'elles étaient au
i. Mo!fSTR£LET, CAront^ue, eh. lix.
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nombre de treize. Elle en énumère quelques-unes, et termine par cette phrase : « Aifisi il appert que la ville fut enclose de treize places fortifiées tant boulevarts comme bastides^ dont la cité fut en telle détresse qu'ils ne purent avoir secours de viv)*es ni par eau ni par terre ^. » Le nombre treize est aussi celui que Ton trouvera dans la Chronique de Morosini. Il y est répété à deux reprises, par Pancrace Justiniani, qui écrit de Bruges.
Des fossés, d'une bastille à l'autre, permettaient aux Anglais d aller sans être aperçus dans les divers forts et pouvaient les protéger dans une attaque. Il est certain qu'au moins en plusieurs endroits les fossés étaient doubles. « Les Anglais, dit Jean Chartier, besognaient à faire fossés doubles^ ainsi que cela était, depuis la bastille Saint-Laurent y jusqu'à la grande bastille nommée Londres^, »> Un notaire du temps, Guillaume Girault, nous dira : « Toutes icelles forteresses et bastilles étaient closes à deux parts et d'une à l'autre. »
Voici, ce semble, l'ordre des bastilles. Au midi, sur la rive gauche, Saint-Jean-Le-Blanc, les Augustins, les Tourelles, et Saint-Privé. Au couchant, au milieu de la rivière, la bastille de l'île Charlemagne. Sur la rive droite, aux bords du fleuve, sur une hauteur, la bastille Saint- Laurent, qui interceptait le chemin de Blois. L'abbé Dubois pense qu'elle devait être le principal magasin des Anglais, ce qui est assez vraisemblable, à cause de la facilité des communications avec la rive gauche. A trois ou quatre cents mètres, c'est la bastille de la Croix-Buissée, coupant à l'endroit le plus élevé la route de Meung et de Baugency; plus loin, c'est la bastille des Douze Pierres, que les Anglais appellent Londres ; avec la bastille du Colombier elle intercepte la route de Chàteaudun. Par un terrain déprimé, la circonvallation descendait dans le quartier connu longtemps sous le nom de Mare-aux-Solognots, aujourd'hui, je crois, la rue La Hire. Là se trouvait la bastille du Pressoir-Ars appelée Rouen par les Anglais. Vers le nord, dans le faubourg Bannier, entre l'église Saint-Paterne, alors Saint-Pouair, et le monastère actuel de la Visitation, alors Saint-Ladre, c'était la bastille Saint-Pouair à laquelle les assiégeants avaient donné le nom de Paris '. Entre la bastille Saint-Pouair, au nord, et la bastille Saint-Loup, à l'est, s'étend un espace de trois kilomètres; était-il ouvert, et n'y avait-il pas de poste anglais dans ce quart de cercle? Grand sujet de controverse entre les archéologues. Il n'est pas sans importance de l'aborder.
Cette large échancrure se trouvait, il est vrai, du côté du nord ; elle