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convaincants. Ils ont paru tels à la commission nommée par le Comité archéologique de TOrléanais pour examiner les tranchées de Fleuryaiix-Choux. Par la plume si réservée d'un ingénieur distingué, le vénéré M. Colin, chargé de faire le rapport, elle adopta les conclusions du perspicace M. Boucher de Molandon*.
A rarrivée de la Pucelle, le 29 avril, le blocus était donc bien complet; le ravitaillement était devenu très difficile ou impossible; et les espérances deBedford qu'il aurait la ville à volonté étaient bien fondées.
Les vivres s'épuisaient et, si la famine n'était pas encore extrême, la pénurie devait se faire sentir. Bedford n'a pu parler si haut que parce qu'il savait que bientôt la faim abattrait les courages. La ville ne pouvait tenir longtemps, dit Chartier, à cause de la nécessité des vivres qui ne pouvaient lui arriver d'aucun côté. Nous entendrons Perceval de Cagny affirmer que, après la journée des Harengs, « les Anglois gardèrent qu'aucuns vivres ne pussent venir aux assiégés, qu'ils avoient très grand DÉFAUT DE PAIN, quc uul Capitaine n'osoitse charger de leur en fournir par crainte des Anglois ».
11 fallait bien que le ravitaillement fût très difficile pour que le signe proposé parla Pucelle de la divinité de sa mission fût l'introduction d'un convoi dans les murs de la cité assiégée, et que ce signe fût accepté. L'importance du double approvisionnement par lequel elle ravitailla la place, avant de tenter aucun coup contre les Anglais, prouve que les besoins étaient urgents. D'après Chartier, la raison pour laquelle, après le premier convoi, une partie des guerriers rentra à Blois, c'est que l'on craignit de mettre tant de gens dans la ville^ parce qu'il y avait peu de vivres. Encore l'armée se dispersa-t-elle, aussitôt après la délivrance^ parce que les vivres manquaient.
C'est qu'en effet des convois de centaines de porcs ou de bœufs sont peu de chose, quand ils doivent être répartis sur une population de trente mille hommes, dont les provisions antécédentes sont à peu près épuisées. C'était le cas d'Orléans à l'arrivée de la Pucelle. La population normale de la ville avait dû être doublée par celle des faubourgs réfugiée à l'intérieur, et par les hommes d'armes venus pour la défense.
Le Journal du siège mentionne les convois qui sont venus renouveler les provisions des assiégés. On remarque qu'après la journée des Harengs
1. Voir le tome IV de la Société archéologique de rOrléanaia, et la brochure déjà signalée : Une bastille anglaise, que nous n'avons fait que résumer.
CCS convois sont de plus en plus faibles el^ parfois insignifiants. La nécessité d'en dérober rapproche aux assiégeants devait en effet les faire réduire ; et de plus, les pays circonvoisins devaient être épuisés. Du reste, voici la suite des divers ravitaillements mentionnés par le Journal. Il semble qu'au commencement de janvier les approvisionnements faits en vue du siège étaient en grande partie consommés, et que les Orléanais voulurent profiter de ce que le blocus n'était pas encore à moitié établi pour les renouveler. Le 3 janvier on introduit 954 pourceaux gros et gras, et 400 moutons. Le Journal ajoute : ce dont le peuple d Orléans fut fort joyeux^ car ils vexoient au besoin. Le 10, une grande quantité de poudre et de vivres sont encore introduits ; le 12, 600 pourceaux ; le 18 ce sont encore 200 pourceaux et 40 tôtes de gros bétail, mais on se proposait un approvisionnement bien plus considérable : SOO têtes de bétail étaient en marche pour Orléans; des traîtres des environs de Sandillonen donnèrent avisaux Anglais qui s'en emparèrent, alors, ce semble, que l'envoi était déjà mis en barque. Les Orléanais, pour recouvrer leur grande embarcation, engagèrent un combat où ils perdirent vingt-deux des leurs, et oii maître Jean fut sur le point d'être enlevé.
Le 31 janvier pénètrent 8 chevaux chargés d'huiles et de graisses ; le 23 février, ce sont 9 chevaux chargés de blé, de harengs et d'autres vivres ; le 3 mars, 12 chevaux chargés de provisions de même nature. Le lendemain les Anglais fournirent un approvisionnement : on s'empara de 9 chevaux chargés de provisions que des marchands et une demoiselle leur apportaient; cela constitue pour Tespace de deux mois, 36 charges de chevaux. Si les trente mille habitants d'Orléans ont dû tirer leur subsistance de ces approvisionnements, il en résulte qu'un seul cheval portait de quoi nourrir huit cents personnes durant tout le carême, car la nature du chargement indique des approvisionnements en maigre.
Pâques était cette année le 27 mars. Les approvisionnements en gras recommencent. Le 29, le Journal parle de l'introduction d'aucun nombre de bestiaux et autres vivres. Le 2 avril, ce sont 9 bœufs gras, et 2 chevaux chargés de chevreaux et autres vivres ; le 3, ce sont 9 tonneaux de vin, un pourceau, de la venaison, conquis sur les Anglais, qui les faisaient passer à Saint-Loup ; le 4 avril, 43 tôtes de gros bétail, fruits d'un coup de main sur Meung, où les Français tuèrent le capitaine ; le 5 avril, des marchands du Berry, malgré les Anglais qui les poursuivent, parviennent à faire entrer 101 pourceaux, 6 bœufs gras, et l'on introduit aussi 47 pourceaux et 2 chevaux chargés de beurre et de fromage, venant de Châteaudun; le 8, ce sont 26 têtes de gros bétail que quelques hardis hommes d'armes ont été butiner jusqu'en Normandie ; le 9 on fait passer 17 pourceaux et 8 chevaux dont 6 chargés de blé et 2 de chevreaux et de
porcs ; le 17, encore un convoi dont le Journal ne précise pas Timportance, mais qui faillit être enlevé ; le 26 trois chevaux chargés de poudre et de vivres ; le 27 un convoi venant de Blois est capturé par les Anglais.
On voit que quelques-uns de ces approvisionnements sont introduits de très bon matin ; on les avait fait sans doute arriver durant la nuit. Quand ils arrivaient de jour, les guetteurs de Saint-Pierre-en-Pont ou de Notre-Dame devaient les signaler de loin, et Ton faisait probablement ce qui fut fait pour le convoi de la Pucelle, le 29 avril, une vive attaque du côté par lequel ils devaient pénétrer.
Perce val de Cagny nous dit que les assiégés avaient très grand défaut de pain. Le Journal ne marque comme introduction de blé que des charges entièrement insuffisantes, quand elles devaient être réparties entre trente mille bouches, auxquelles elles devaient fournir du pain durant plusieurs mois. Les approvisionnements en viande, et surtout en viande de porc, sont beaucoup plus abondants : les chiffres à première vue paraissent élevés, mais lorsque Ton considère que ces provisions ont dû alimenter durant deux ou trois mois trente mille consommateurs, on s'aperçoit aisément que la population orléanaise a dû souffrir de la disette. Cela se réduit à un porc pour quinze personnes pendant environ trois mois, en défalquant le temps du carême; à un bœuf pour cent cinquante personnes durant le même espace de temps. Le calcul justifie pleinement les assertions des chroniqueurs qui nous disent qu'Orléans souffrait du manque de vivres, et que le pain y faisait particulièrement défaut. Aussi le convoi amené par la Pucelle semblc-t-il avoir apporté principalement des grains et des farines.
Quel était le nombre des assiégeants et le nombre des défenseurs? Question difficile, que de récents travaux ne semblent pas avoir résolue. Les contemporains portent le chiffre de Tarmée anglaise à dix mille. C'est Tévaluation de Cousinot. Monstrelet la porte à dix-huit mille. On a écrit que Dunois, dans sa déposition, regarde ce nombre comme trop élevé. On a beau relire la déposition de Dunois, on n'y trouve rien qui se rapporte à la question, môme de loin. On a écrit encore que, d'après Eberliard de Wyndecken, il n'était que de trois mille. On regrette les distractions des hommes honorables que nous réfutons ici. Eberliard de Wyndecken dit que les Anglais se retirèrent au nombre de trois mille, mais il avait écrit qu'à la prise de Saint-Loup, il y avait eu cent soixante-dix morts et treize cents prisonniers; il met trente morts à la prise des Tourelles. Il est
donc de toute inexactitude que, d'après lui, les Anglais assiégeant Orléans ne fussent qu'au nombre de trois mille. Sans prolonger une discussion qui serait longue et fastidieuse, nous nous en tenons au chiffre des contemporains. On verra plus loin celui que donne le correspondant de Morosini.
Le nombre des défenseurs d'Orléans fut très variable. Le Journal du siège nous dit qu'après le départ du comte de Clermont le 18 février, il ne resta que le bâtard d'Orléans et le maréchal de Sainte-Sévère avec leurs gens. Encore ce même Journal nous apprend-il que le maréchal de Sainte- Séyère en sortit le 18 mars pour aller recueillir la succession de son beau-frère, le seigneur de Châteaubrun, tué à la journée des Harengs. Dans les derniers jours d'avril, Le Bourg de Mascaran entra accompagné de quarante combattants; le mardi 26, Alain Girou en amène cent; le mercredi, soixante viennent du Gâtinais;le 28, Florent d'Illiers en conduit quatre cents ; cinquante arrivent le 29 avril. Il nous paraît impossible de savoir le chiffre avant l'arrivée de ces renforts. D'après une lettre de Bruges que l'on trouvera dans la Correspondance de Morosini^ la Pucelle introduisit deux mille guerriers dans Orléans, où il y en avait déjà deux mille cinq cents.