‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 37 sur 327 · Adolphe de la Hâte, Paris · texte numérisé non relu

Adolphe de la Hâte, Paris

de patientes recherches, de grande sagacité paléographique, par laquelle le professeur de TÉcole des chartes a bien mérité des amis de la Pucelle, heureux de Tapplaudir, s'il ne les avait pas contristés par les creuses et extravagantes divagations que, /?02/r expliquer la céleste envoyée^ ila imaginées dans son Histoire de Charles VIL II fait justement observer qu'entre la Chronique et les dépositions entendues pour la réhabilitation, Ton ne trouve d'autres similitudes que celles qui doivent exister entre des témoins véridiques déposant sur un même fait. Quant au Journal du siège ^ et à la Chronique de Jean Chartier, ces œuvres sont postérieures, et dans les endroits où elles ne copient pas, elles abrègent.

Il est incontestable que la Chronique de la Pucelle puise dans la Geste des nobles] les passages sont parfois identiques; mais la Geste des nobles était un bien de famille pour Tautcur de la Chronique de la Pucelle. Le critique, en effet, établit, d'une manière fort remarquable, par une suite d'observations qu'il serait trop long de rapporter, mais qui semblent probantes, d'abord que l'auteur de la Geste est Guillaume Cousinot, chancelier du duc d'Orléans, et, en second lieu, qye l'auteur de la Chronique est un autre Guillaume Cousinot, seigneur de Montreuil, neveu du précédent. Vallet ne le faisait que le neveu ; M. Boucher de Molandon a établi, dans un travail postérieur, que Cousinot de Montreuil était plus que le neveu, que c'était le fils du chancelier*. Le père et le fils furent des personnages importants et fort remarquables à leur époque.

Guillaume Cousinot I était, au commencement du xv® siècle, un avocat distingué du parlement de Paris. En 1408 il fut choisi par Valentine de Milan afin de défendre et de venger la mémoire du duc d'Orléans, son époux, que l'assassin Jean sans Peur faisait si cruellement outrager. Cousinot répondit si bien h la confiance qui lui était témoignée, qu'il devint dès lors le conseiller préféré de la maison d'Orléans, honneur qu'il dut payer de la confiscation de ses biens, aux jours de triomphe do Jean sans Peur. Charles d'Orléans, quelques mois avant d'être le prisonnier d'Azincourt, fit de Cousinot son chancelier; c'était lui confier l'administration de son duché, toutes les affaires, surtout durant l'interminable captivité, devant passer par les mains de ce premier représentant du pouvoir dans la seigneurie. Charles VII, en dédommagement des confiscations subies comme Armagnac, donna à Cousinot des biens confisqués sur des Bourguignons, soit en Beauce, soit à Orléans même, oîi il reçut en don l'hôtel du Grand-Saint-Martin, situé dans la rue de la Clouterie. Il rhabitait lors de la délivrance de la ville. Cousinot conserva jusqu'à sa mort le titre de chancelier, mais, dès 1439, l'âge Tempêchant d'en remplir

1. Voir la brochure : Jacques Boucher y trésorier du duc d'Or/^ans, extrait du tome XllI des Mémoires de la Société archéologique de VOrléanais.

la charge, il en avait résigné les fonctions. Pour honorer sa vieillesse, Charles VII l'avait nommé président à mortier au parlement, quoique son grand âge Tempêchât de s'y rendre*. On sait qu'il vivait en 4442, mais on ne connaît pas la date de sa mort.

Le chancelier Cousinot avait un fils qui portait le même prénom de Guillaume. Une pièce, en date du 6 juin 1431, découverte par M. Doinel, archiviste du Loiret, l'établit d'une manière indubitable, puisque le chancelier donne à son fils Ginllaume Cousinot^ étudiant à l'Université d'Orléans, pour Vaider à soutenir son état^ ses biens situés en Beauce, à lui donnés par le roi à la suite de confiscations sur les Bourguignons. Ce fils est bien celui que Vallel donne comme le neveu. C'est établi par une seconde pièce, en date du 1" août 1443, due aussi aux recherches de M. Doinel; par un acte de vente de l'hôtel du Grand-Saint -Martin. Cette vente est faite par Guillaume Cousinot, qui n'est pas dit seulement liceiicié es lois^ mais encore conseiller et mutlre des requêtes de F hôtel du roi et président du Dauphiné*, titres que, d'après Vallet de Viriville, portait, dès 1442, celui qu'il donne comme l'auteur de la Chronique de la Pucelle,

Guillaume Cousinot II, ou Cousinot de Montreuil, de la seigneurie de Montreuil près de Vincennes, dont il fit l'acquisition et prit le nom, eut une carrière encore plus brillante que celle de son père. Administrateur, diplomate, homme d'épée, Montreuil fut surtout un des conseillers préférés de Charles VII et de Louis XI, qui voulurent l'avoir auprès de leur personne, alors môme qu'ils lui confiaient des charges aussi importantes que celle de bailli de Rouen. Ils le faisaient suppléer et ne lui permettaient que de courtes absences. Pris par les Anglais à la suite d'une ambassade en Ecosse, Charles VII imposa la Normandie afin de payer la rançon du conseiller préféré. Cousinot vit les premières années de Charles VIII, assista aux états généraux de Tours en 1484 ^ Tels sont les deux auteurs auxquels est due la Chronique dite de la Pucelle^ quoique aucun des deux n'ait songé à lui donner pareil litre. Il eût été inexact, l'œuvre maintenant connue sous ce nom n'étant qu'un extrait de deux autres plus étendues.

La Geste des nobles^ l'œuvre de Cousinot père, part, comme le titre même le dit, des origines fabuleuses de la France. Jusqu'à l'époque où l'auteur a été presque contemporain des événements, c'est un abrégé sans valeur historique des Chroniques de Saint-Denis. A partir du règne du roi Jean (1450), dit Vallet de Viriville que nous ne faisons que résumer, le récit prend une ampleur toujours croissante. Il s'étend surtout lorsqu'il

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