‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 38 sur 327 · Vallet de Viriville, op. cit., p. 22 et suiv · texte numérisé non relu

Vallet de Viriville, op. cit., p. 22 et suiv

arrive à la Pucelle, qu'il suit jusqu'à Troyes. Il s'interrompt soudainement à ce point, sans même mentionner le sacre, interruption dont on ne peut donner aucune raison suffisante. Le chancelier d'ailleurs se contente de noter les événements, surtout ceux qui regardent la maison d'Orléans, et le parti Armagnac, auquel il appartient manifestement.

La Chronique de Cousinot fils ne part pas de Priam ou du roi Francon; elle n'embrasse que les premières années de Charles VIL C'est indiqué par les premières lignes, ainsi conçues : S'ensuivent les gestes et aucunes choses advenues du temps du très chresticn et très noble roy Charles septiesme de ce nom^ qui eut le royaume après le trespas de feu son père Charles sixiesme^ lequel trespassa l'an mil quatre cens vingts deux, le vingt et uniesme jour d'octobre. Jusqu'où Cousinot de Montreuil a-t-il conduit son œuvre, ou tout au moins se proposait-il de la conduire? On l'ignore. Ce que Ton possède commence à l'avènement de Charles VII, et finit au retour du roi après l'échec contre Paris.

Montreuil use du bien paternel comme d'un bien propre, ou plutôt il ne se donne pas môme la peine de se l'approprier. Le vice le plus saillant de sa Chronique, c'est de nous offrir souvent deux récits juxtaposés d'un même fait. Après avoir transcrit la Geste^ parfois il reprend la narration comme si le fait n'était pas déjà raconté, en y ajoutant des circonstances passées sous silence par son père.

Malgré ce défaut de suture qui déroute le lecteur, Tœuvre de Montreuil est d'un grand intérêt et d'une valeur inappréciable. Le chancelier rédigeait une sorte de diaire, probablement pour la maison d'Orléans. Ecrivant à mesure que les événements se déroulaient, il se tait sur les ressorts secrets qui les amènent, s'abstient de blâmer les personnes alors au pouvoir. Son fils écrit l'histoire proprement dite; il est plus développé, et il ne craint pas de dévoiler les intrigues des favoris qui abusaient de la jeunesse du prince et perdaient la France.

M. de Beaucourt, dans son Histoire de Charles VU, juge comme Vallet de Virivillc. « Les Chroniques des deux Cousinot, dit-il, ont une grande valeur historique. La partie consacrée à la Pucelle est incontestablement la source la plus importante pour la vierge inspirée. » La lecture et le rapprochement avec les autres Chroniques confirmeront, pensons-nous, les appréciations de ces deux critiques appartenant à des camps opposés. Comment expliquer le jugement si contraire de Quicherat? C'est un des cas où son rationalisme fait fléchir son jugement. Les Cousinot, témoins oculaires des faits, n'hésitent pas à les rapporter tels qu'ils les ont vus, ou tels que les ont vus ceux qui les entourent. Ils sont croyants, ils ne doutent pas que celui qui a établi les lois qui régissent les êtres ne puisse y déroger. Ils racontent des faits patents, alors même qu'ils

accusenl une de ces dérogations. Le rationalisme est mal à Taise avec ces historiens. Il doit rabaisser leur autorité sous peine de se porter un coup mortel. C'est à ce sentiment que Quicherat a obéi, pensons-nous, peutôlre d'une manière inconsciente, en jugeant comme il Ta fait la Chronique de la Pucelle.

Le chancelier Cousinot était Tami de Jacques Boucher. Or la Pucelle, pendant les jours passés à Orléans pour la délivrance, était logée chez Jacques Boucher. Le maître des requêtes, bien notable homme, dont parle la Chronique, en nous montrant Jeanne à Poitiers, était-il Cousinot fils? Plusieurs le pensent, et citent d'autres exemples d'écrivains de l'époque, qui, à l'abri de l'anonyme, rendaient de semblables témoignages à leurs mérites. Cousinot fils, qui assurément fut maître des requêtes, l'était-il en mars 1429? Cela n'est pas impossible, quoiqu'il fût, l'année suivante, étudiant à l'Université d'Orléans. Les études de droit se prolongeaient alors durant de nombreuses années, et ne semblent pas inconciliables avec le titre de maître des requêtes ; mais, dans ce cas, si Cousinot parle de luimême, on ne peut nier qu'en se qualifiant de bien notable homme, il escomptait l'avenir; en 1429, il était trop jeune pour être bien notable homme. Peut-être était-il déjà en possession de la renommée lorsqu'il rédigeait sa Chronique; ce que, d'après Vallet de Viriville, il aurait fait de 1439 à 1450.

Parlant de l'escalade des Tourelles, Montreuil écrit : « Si nous dirent et affirmèrent les plus grands capitaines françois que.,, ils montèrent contremont aussi aisément comme par un degré y^. On en conclut qu'il n'était pas à Orléans lors de la prise des Tourelles. Cela peut être ; mais la démonstration paraît faible. 11 aurait pu être à Orléans, combattre mênie sur la rive droite, sans avoir été présent à l'assaut qui se donnait sur la rive gauche; et par suite ne savoir que par le récit des capitaines ce qui s'y était passé.

La Bibliothèque nationale possède deux manuscrits de la Geste des nobles, cotés n***9656 et 10297, /rfs. français', il en existe un troisième au Vatican, fonds de la reine Christine, n*" 897. Vallet a édité la Geste à partir du règne de Charles VIL On trouvera aux Pièces justificatives les passages qui ont trait à la Pucelle. En les rapprochant de la Chronique de Montreuil, il sera facile de voir ce que le fils a ajouté à l'œuvre du père, et sa manière de procéder.

L'on ne possède pas les manuscrits sur lesquels travailla Godefroy; mais seulement l'exemplaire qu'il prépara pour Tédition. Il est à la bibliothèque de l'Institut. C'est l'œuvre d'un très habile calligraphe. Godefroy y fit de nombreuses ratures, peut être à raison des variantes qu'il trouvait dans différentes copies, peut-être pour rajeunir le style, ou pour

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d'autres motifs. Auguste Valiet a poussé le zèle jusqu'à lire sous les ratures Texpression première, et c'est celle qu'il nous dit avoir adoptée. La Geste est divisée en chapitres très courts ayant chacun leurs titres particuliers; il n'y a pas de divisions dans le texte de Godefroy. Auguste Valiet en a introduit, en cherchant à imiter le style de la Geste. Pour faciliter le rapprochement avec les autres Chroniques, nous avons à notre tour introduit des divisions plus générales, correspondant aux diverses étapes de la carrière de Théroïne *.

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