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CHAPITRE II

DÉLIVRANCE D'ORLÉANS

Sommaire : L — Comment la Pucelle est annoncée à Orléans. — Blois, bénédiction de la bannière, rassemblement de vivres et de guerriers.

II. — De Blois à Orléans : Lettre aux Anglais. — Formation du convoi. — Réforme morale et religieuse des hommes d'armes. — Voyage. — Attitude des Anglais. — Difficultés du passage de la Loire. — Reproches et prédictions de la Pucelle. — Son

4. Les Chroniques ne parlent pas du séjour à Tours avant le départ pour Blois. 11 est cependant indubitable.

entrée à Orléans. — Sa tempérance. — Ce qui advient à ses hérauts. — Changements dans les dispositions des deux armées. — Les capitaines retournés à Blois ; délibérations; ils reviennent à Orléans. — Auxiliaires accourus des environs. — Entrée du second convoi le 4 mai.

m. — Attaque infructueuse contre Saint-Loup. — La venue de la Pucelle en fait une victoire. — Morts et prisonniers. — Actions de grâces.

IV. — Le jour de l'Ascension sans combat. — Sommation orale aux Anglais. — Le 6, passage de la Loire. — Attaque de la bastille des Augustins. — Péripétie. — La bastille conquise. — La Pucelle blessée au pied. — Hommes d'armes bivouaquant devant les Tourelles.

V. — Le 7, la Pucelle suivie des bourgeois, passe la Loire contre le vouloir des capitaines. — Les Tournclles assaillies des deux côtés. — Blessure de Jeanne, et continuation de Taltaque contre l'avis de Dunois. — La queue y touche. — Les capitaines entraînés par l'ardeur de la multitude. — Résistance des Anglais. — Gouttière jetée sur l'arche rompue du pont. — Les Anglais épuisés de forces et impuissants. — Rupture du pont-levis et noyade. — Inaction des Anglais de la rive droite. — Actions de grâces et retour de la Pucelle. — Son amour et sa fréquentation des sacrements.

VI. — Les Anglais consternés délibèrent de nuit, et le malin se rangent en bon ordre et se retirent. — La Pucelle ne veut pas qu'on les attaque. — Hymnes et messes en plein air. — Démolition des bastilles ; butin. — Lieux de retraite des Anglais. — Douleur de Bedford; ses craintes; coup porté au parti anglais. — La Hire et Loré côtoient les Anglais dans leur retraite. — Plaisante délivrance de Le Bourg de Bar.

Le roi avait mandé plusieurs capitaines pour faire la conduite et être en la compagnie de ladite Jeanne, et entre autres le maréchal de Rais, messire Antoine Loré, et plusieurs autres, lesquels conduisirent ladite Jeanne jusques en la ville de Blois.

Les nouvelles de ladite Pucelle vinrent à Orléans. On y disait que c'était une fille de sainte et religieuse vie, fille d'un pauvre laboureur de Téleclion de Langres, près du Barrois, et d'une pauvre femme du môme pays qui vivaient de leur labeur; qu'elle était âgée environ de dix-huit à dix-neuf ans, et avait été pastoure au temps de son enfance. On y disait qu'elle savait peu des choses mondaines, parlait peu, et que le plus de son parler était seulement de Dieu, de sa benoîte Mère, des anges, des saints et saintes du paradis; qu'elle disait que, par plusieurs fois, des révélations lui avaient été faites touchant le salut du roi, et la préservation de toute sa seigneurie, laquelle Dieu ne voulait pas lui être enlevée ni usurpée; que ses ennemis en seraient déboutés ; qu'elle était chargée de signifier ces choses au roi avant le terme de la Saint- Jean 1429. On ajoutait que ladite Pucelle avait été ouïe par le roi et son conseil, devant lesquels elle s'élait ouverte des choses dont elle était chargée; qu'elle traitait merveilleusement des manières de faire évacuer

les Anglais du royaume ; et qu'il n'y avait pas chef de guerre qui sût tant proprement remontrer les maniè)*es de faire la guerre aux ennemis ; ce dont le roi et son conseil avaient été émerveillés; car, en toutes autres matières, elle était autant simple qu'une pastourelle. Pour cette merveille, disait-on encore, le roi était venu à Poitiers, amenant la Pucelie, qu'il avait fait interroger par notables clercs du parlement, et par docteurs en théologie bien renommés; et, après l'avoir ouïe, ils avaient affirmé qu'ils la réputaient inspirée de Dieu, et avaient approuvé tout son fait et ses paroles; c'est pourquoi le roi la tint en plus grande révérence, manda dès lors des gens de toutes parts, et fit mener à Blois grandes quantité de vivres et d'artillerie pour secourir la cité d'Orléans; que la Pucelie avait requis pour conduire le secours qu'il plût au roi de lui bailler telles gens et en tel nombre qu'elle le requerrait; que ce n'était ni grand nombre, ni grande puissance, et que, pour son corps, »-\

elle s'était fait administrer un hamois tout entier *. f^ '''^

Alors le roi ordonna que tout ce qu'elle requerrait lui fut baillé ; puis la Pucelie prit congé du roi pour aller en la cité d'Orléans ; et arrivée à Blois avec peu de gens, elle y séjourna pendant quelques jours attendant plus grande compagnie. Pendant son séjour, elle fit faire un étendard blanc', sur lequel elle fit peindre la représentation du saint Sauveur et de deux Anges, et elle le fit bénir en l'église Saint-Sauveur de Blois. Dans cette ville ne tardèrent pas à arriver le maréchal de Sainte -Sévère, les sires de Rais et de Gaucourt, et grande compagnie de nobles et de GENS DU COMMUN, qui chargèrent une partie des vivres pour les mener à Orléans. Ladite Pucelie se mit en leur compagnie ; et elle pensait bien qu'ils allaient passer devant les bastilles du siège, devers la Beauce ; mais ils prirent leur chemin par la Sologne; et ainsi elle fut menée à Orléans, le pénultième jour d'avril, en la même année (1429).

Cette Pucelie, séjournant à Blois pour attendre la compagnie qui devait la mener à Orléans, écrivit, et envoya par un héraut aux chefs de guerre qui tenaient le siège devant Orléans, une lettre dont la teneur s'ensuit, et elle est telle ' :

i. Voilà ce que Ton disait à Orléans. Pour rexprimer, Cousinot fils s*est contenté de transcrire rentrée en matière de la Geste des nobles^ quand elle en vient à la Pucelie. Par le fait, Cousinot père, étant à Orléans en sa qualité de chancelier, en a parlé d'après ce qu'il entendait dire autour de lui. '

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