‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 49 sur 327 · HISTOIRE DE LA PUCELLE JUSQU'AU RETOUR A PARIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA PUCELLE JUSQU'AU RETOUR A PARIS

REMARQUES CRITIQUES

En 1576, Saturnin Hotot, imprimeur de la ville d'Orléans, éditait, par suite d'une convention avec la municipalité, un volume sous le titre suivant : Histoire et discours au vrai du siège qui fut mis devant la ville d'Orléans par les Anglois^ le 7nardi 12 octobre 1428, régnant alors Charles VII de ce nom roy de Fra?ice, contenant toutes les saillies^ assaults^ escarmouches et autres particularités qui, de jour en jour y furent faictes avec la venue de Jehanne la Pucelle^ et comment par grâce divine et force d* armes j elle feist lever le siège de devant aux Anglais^

PRISE DE MOT A MOT SANS AUCUN CHANGEMENT DE LANGAGE, d'uN VIEIL EXEM- PLAIRE, ESCRIPT A LA MAIN EN PARCHEMIN, ET TROUVÉ DANS LES ARCHIVES DE LA VILLE.

De 1429 à 1576, près d'un siècle et demi s'était écoulé, beaucoup plus qu'il n'en faut pour diminuer fort notablement l'autorité de l'imprimé, qui tire sa valeur du parchemin qu'il reproduit. A quelle année remonte ce parchemin? Est-il bien exactement reproduit? Deux points importants sur lesquels doit porter la critique. Ici encore, comme sur toute la période du siège, les recherches de l'abbé Dubois fournissent des données de grande valeur. Le patient chanoine découvrit dans les manuscrits d'un érudit Orléanais du xviii" siècle, Polluchc, l'extrait suivant du compte de ville de 1466 : « Payé onze sous parisis à M. Soudan, clerc, pour avoir escript en parchemin la manière du siège tenu par les Anglois devant Orléans en 1428-1429 ». Qu'était le clerc Soudan? L'abbé Dubois a encore trouvé la réponse dans les comptes de 1468, où pour d'autres écritures se lit cette mention : « Payé 5* 4* à Soubsdan, notaire en cour d'Eglise. » Un notaire en cour d'Église était le plus souvent un gradué en droit canonique.

Le parchemin des archives de la ville a disparu; mais nous en avons

JOURNAL DU SIÈGE D'ORLÉANS. IJi

des copies. On connait en effel quatre ou cinq manuscrits du Journal du siège. Deux sont à la Bibliothèque nationale de Paris ; Tun (Fonds latin, n® 14665) provient de Tabbaye de Saint- Victor et est du xv" siècle, Tautre fait partie du célèbre manuscrit d'Urfé, dont il a été parlé dans le volume précédent : il est cousu avant le Double Procès, mais Técriture accuse une date postérieure; elle est du xvi" siècle. On en trouve un autre exemplaire du xvi* siècle à la Bibliothèque de Genève. Le quatrième, écriture du XV* siècle, fait partie du manuscrit du Vatican (Fonds de la reine Christine, n** 891). La Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg en possède un cinquième exemplaire.

Le texte de Saturnin Hotot a été collationné avec le texte de la Bibliothèque nationale, et le R. Père Rivière, sur ma demande, a bien voulu vérifier sur le manuscrit du Vatican certains passages que je lui avais signalés. A deux mots près, les variantes sont si peu importantes qu'elles ne méritent pas d'être signalées. Le scribe, auquel Quicherat a confié la transcription qu'il a imprimée, a préféré travailler sur l'imprimé que sur le manuscrit.

C'est donc à tort que l'abbé Dubois a pensé que Saturnin Hotot avait introduit dans le texte du parchemin des archives d'Orléans des changements qui le déparent. La fidélité de Timprimeur nous est garantie par les manuscrits antérieurs dans lesquels on retrouve ce qui offusque dans le texte imprimé. Pareille conformité ne peut s'expliquer que parce que les manuscrits ont reproduit le texte aujourd'hui perdu, mais gardé dans les archives de la ville en 1576. C'est donc au texte copié en 1466 par le notaire Soudan que manuscrits et imprimé nous ramènent. Fautil faire remonter beaucoup plus haut sa composition? Il ne le paraît pas ; tout indique qu'il a été composé à la suite de la réhabilitation, après 1 456.

De toutes les Chroniques, le Journal du siège est la seule qui énonce carrément que la délivrance d'Orléans et le sacre de Reims constituaient la mission entière de la Pucelle. Dunois, dans sa déposition, avait émis timidement cette assertion démentie par une foule d'autres documents, en opposition avec les paroles maintes fois répétées et les actes de la céleste envoyée.

L'abbé Dubois, qui pourtant était loin d'avoir bien des pièces qui depuis ont confirmé son assertion, reproche justement à l'auteur de n'avoir pas dit toute la vérité, et, par égard pour les capitaines qui commandaient à Orléans, de n'avoir pas rapporté plusieurs faits bien constatés qui ne leur font pas honneur \

Même à Orléans, Jeanne a vaincu malgré l'opposition des chefs, forte

1. L'abbé Dubois, Histoire du siège d'Orléans^ Charpentier et Cuissart, p. 6o. — Ne pas confondre avec le Journal du siège, édité par les mêmes auteurs.

il2 LA VRAIE JEANNE D'aRG : LA LIBÉRATRICE.

qu'elle était de Tappui des Orléanais, qui ont fini par entraîner les capitaines à leur suite. Voiler cet aspect de la délivrance, c'est en diminuer le merveilleux et rabaisser riiéroïsm* de la patriotique cité. Non seulement les deux Gousinot, mais Thistoriographe officiel, Jean Chartier, sont plus véridiqucs et moins adulateurs des grands.

Le rédacteur inconnu du Journal est partial en faveur des nobles. Il énumère complaisamment les noms de ceux qui ont pris part à la lutte, et son histoire du siège n'est que le récit des incidents particuliers qui le signalèrent, sans vue d'ensemble ; au point qu'après l'avoir lu, on se rend médiocrement compte de l'état des choses. D'autres Chroniques en disent, sous ce rapport, plus en quelques lignes que le Journal dans de longues pages.

Il hlàme les plaintes, pourtant si justes, des Orléanais, lorsque, après la victoire de Palay, Charles VII les frustra d'une visite pour laquelle ils avaient fait des préparatifs, et qui leur était si bien due. Il dissimule que l'héroïne dut entraîner le roi sur le chemin de Reims, en partant de Gien avec une partie de l'armée, pour mettre fin à d'interminables tergiversations. D'après son récit, ce seraient les conseillers du roi qui l'auraient déterminé à reprendre le chemin du Bcrry par Bray-sur-Seine. D'après les autres chroniqueurs, il était d'accord avec ces conseillers, traîtres ou tout au moins mal avisés. S'il dit que la tentative contre Paris échoua parce que les choses furent mal conduites^ il se garde d'insinuer les causes honteuses de ce défaut dans la conduite, et l'on se demande si c'est à l'héroïne qu'il faut l'attribuer, ou à d'autres capitaines mal inspirés. D'après lui, La Trémoille excepté, tous les grands auraient rempli leur devoir et secondé la céleste envoyée; ce qui n'est pas exact.

L'auteur dit que sou ouvrage est très compendieux^ c'est-à-dire très abrégé. Qu'abrège-t-il? Seraicnt-ce des registres de la cité, écrits au fur et à mesure que les faits se passèrent? Si c'esl possible, nous n'avons aucune preuve pour l'affirmer. Sûrement, à partir de la campagne de la Loire, il a sous les yeux la Chronicjue des Cousinot II ne fait que l'abréger pour la campagne du sacre, et pour celle qui a suivi. Aussi sera-t-il inutile de reproduire celte partie, sauf la dernière page, où il y a quelques détails particuliers. Nous ne reproduirons pas non plus les incidents du siège. L'abbé Dubois a dit à bon droit que ces détails étaient nus, décharnés et peu intéressants \

La rédaclion semble hâtive. Après avoir rapporté que Saint Loup fut enlevé le mercredi 4 mai, ce qui est exact, il dit que les Tourelles furent prises le samedi 6, et que les Anglais partirent le dimanche 7 mai ; cela ne

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