X AU LECTEUR
que lui ont fait subir les erreurs qu'elle foudroie ; c'est nécessaire pour que de son radieux visage tombent les ineffables lumières qui en jaillissent. La Pucelle est une démonstration irréfragable de la divinité du christianisme, un touchant exposé de son dogme et de sa morale, la justification des pratiques catholiques, un coin du voile qui nous dérobe les réalités invisibles soulevé, c'est le Ciel entrevu. Elle n'est tout cela que tout autani qu'elle apparaît telle que les contemporains la virent et la contemplèrent, telle qu'elle s'est manifestée elle-même dans les lettres qu'elle a dictées, dans les réponses que lui arrachèrent les tortionnaires de Rouen. Il y a toujours plaisir et profit à étudier ces maîtresses pièces, à les rapprocher, à voir comment, même les plus hostiles, laissent échapper des aveux précieux à recueillir, et fournissent au penseur le sujet de profondes réflexions. Donner les documents dans leur malérialité, dans la langue où ils ont été écrits, en respecter jusqu'à l'orthographe, c'est les réserver aux raffinés de l'érudition, et les rendre inaccessibles à ceux que des études spéciales n'auront pas préparés à les pénétrer. Sans parler des pièces écrites en latin, — et elles sont nombreuses, — en vieil italien ou en allemand, les lecteurs qui voudront ou même seront en état de lire une Chronique française de la première partie du xv" siècle sont en petit nombre. L'orthographe du temps, si différente de la nôtre, en rend la lecture suivie, pénible et fatigante. Bien des mots ont entièrement disparu de la langue. On ne dit plus atout pour avec, adotic pour alors, greigneur pour meilleur, etc. Ce qui est une plus fréquente cause de méprise, bien des mots que nous possédons encore ont perdu une partie des acceptions qu'ils avaient alors ; on comprend mal, ou l'on ne comprend pas tout de suite, si on leur donne l'acception restreinte qu'ils ont conservée. Le mot hôtel, qui ne se prend plus aujourd'hui que dans le sens {['hôtellerie, ou d'habitation luxueuse, désigne au xv* siècle toute demeure habitée par l'homme, comme c'est encore l'acception du mot oustal dans certains patois du Midi ; le mot harnais ne s'applique pas seulement à l'équipement du cheval, mais à celui du guerrier; bataille, qui aujourd'hui désigne le combat engagé entre deux armées, signifie dans les Chroniques l'armée elle-même ; le mot assai a souvent la valeur d'un superlatif, et doit être pris pour très, beaucoup, fort. Le Glossaire de la langue du moyen âge de Lacurne de Sainte-Palaye, que nous avons eu constamment en mains durant notre travail, se compose de dix volumes in-4*