‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 54 sur 327 · e fut loin d'être aussi simplement arrêté qu'il le dit · texte numérisé non relu

e fut loin d'être aussi simplement arrêté qu'il le dit

124 LA VRAIE JEANNE D'aRG : LA LIBÉRATRICE.

Elle saillit hors d'Orléans, ayant en sa compagnie le bâtard d'Orléans, les maréchaux de Sainte-Sévère et de Rais, le seigneur de Graville, messire Florent dllliers, La Hire, et plusieurs autres chevaliers et écuyers, environ quatre mille combattants; elle passa la rivière entre Saint-Loup et la Tour-Neuve, et de prime abord ils prirent Sain t- Jean- le-Blanc dont les Anglais s'étaient emparés et qu'ils avaient fortifié*.

Ils se retirèrent ensuite en une petite île qui est en face de Saint- Aignan. Alors les Anglais des Tournelles saillirent à grande puissance, faisant de grands cris, et ils vinrent les charger très fort et de près ; mais la Pucelle et La Ilire, avec une partie de leurs gens, se joignirent ensemble et se retournèrent contre les Anglais avec tant de force et de hardiesse qu'ils les contraignirent de reculer jusqu'à leurs boulevards et tournelles. De pleine venue ils livrèrent un tel assaut au boulevard et à la bastille que les Anglais avaient fortifiés tout près, au lieu où était Téglise des Augustins, qu'ils s'en emparèrent de vive force, délivrant grand nombre de Français qui y étaient détenus prisonniers, tuant plusieurs Anglais qui les avaient défendus très âprement, en sorte que, de part et d'autre, on y fit beaucoup de beaux faits d'armes. Le soir de cette journée les Français mirent le siège devant les Tournelles et les boulevards qui étaient tout autour; ce qui fit que, durant toute la nuit, ceux d'Orléans firent grande diligence pour porter pain, vin et autres vivres aux gens de guerre tenant le siège.

Le jour suivant, au plus matin, sixième* jour de mai, les Français assaillirent les Tournelles, les boulevards et les taudis [constructions) que les Anglais y avaient faits pour les fortifier. 11 y eut un fort merveilleux assaut, durant lequel furent accomplis plusieurs beaux faits d'armes, tant par les assaillants que par les défendants. Il y avait grand nombre d'Anglais fort braves, munis abondamment de tous les moyens de défense. Ils le montrèrent bien ; les Français avaient beau les écheler par divers endroits, en nombre très épais; ils avaient beau les assaillir de front au plus haut de leurs fortifications, avec une telle vaillance et imc telle hardiesse qu'il semblait à leur hardi maintien qu'ils se crussent

1. Les Anglais firent assez peu de résistance. Voyant que le poste n était pas tenable, ils le démantelèrent et se retirèrent aux Augustins.

2. Le mercredi étant le 4, le samedi est forcément le septième, et le dimanche le huitième. Tous les manuscrits portent le sixième et le septième , c'est une preuve que Saturnin Hotot les reproduisait lidèlemenl.

immortels ; il les repoussèrent maintes fois, les précipitèrent de haut en bas, avec leurs canons et armes de trait, avec leurs lances, leurs guisarmes, leurs maillets de plomb, et même avec les mains, tellement qu'ils en tuèrent et blessèrent plusieurs *.

Entre les autres, la Pucelle y fut blessée et percée entre Tépaule et la gorge si avant que le trait passait outre. Tous les assaillants en eurent très grande douleur et chagrin ^ et spécialement le bâtard d'Orléans, et les autres capitaines. Ils vinrent vers elle, et lui dirent qu'il valait mieux laisser l'assaut jusques au lendemain; mais elle les réconforta par de très belles et hardies paroles, les exhortant de conserver leur hardiesse. Ne voulant pas la croire, ils délaissèrent Tassant et se tirèrent en arrière, voulant faire rapporter leur artillerie jusqu'au lendemain. Elle en fut très affligée et leur dit : « En nom de Dieu, vous entrerez bien ine/ (bientôt) dedans^ n*en ayez pas doute; et les Anglais n auront plus de force sur vous. Cest pourquoi reposez-vous un peu^ buvez et mangez. » Ce qu'ils firent ; car à merveille ils lui obéissaient.

Quand ils eurent bu, elle leur dit : « Retournez de par Dieu derechef à f assaut ; car sans nulle faute les Anglais n auront plus la force de se défendre^ et les Tournelles seront prises avec leurs boulevards, » Cela dit, elle laissa son étendard, et s'en alla sur son cheval en un lieu détourné faire oraison à Notre-Seigneur; et elle dit à un gentilhomme qui était tout près : « Donnez-vous garde (remarquez) quand la queue de mon étendard sera, ou touchera contre le boulevard, » Le gentilhomme lui dit un peu après : « Jeanne, la queue y touche », et elle lui répondit alors : « Tout est vôtre, et tj entrez ».

Bientôt après, cette parole fut reconnue prophétie. Car lorsque les vaillants chefs et gens d'armes demeurés dans Orléans virent qu'on voulait donner un nouvel assaut, quelques-uns se précipitèrent de la cité pardessus le pont ; et, parce que plusieurs arches étaient rompues , ils menèrent un charpentier et portèrent des gouttières et des échelles dont ils firent planche. Voyant qu'elles n'étaient pas assez long ues pour porter sur les deux bouts d'une des arches rompues, ils joignirent une petite pièce de bois à l'une des plus grandes gouttières, et firent si bien qu'elle tint. Un très vaillant chevalier, appelé Nicolas de Giresme,5de l'ordre de Rhodes, dit de Saint-Jean de Jérusalem, passa le premier tout armé, et à son exemple plusieurs passèrent aussi. On a dit depuis que cela avait été miracle de Notre-Seigneur plus qu autre chose, vu que la gouttière était merveilleusement longue et étroite, haute en l'air, sans avoir aucun appui*.

i. Dans ses interrogatoires, la Pucelle avoue cent blessés.

2. Dont tous les assaillants furent moult dolens et courroucés,

3. On verracependant, dans les « Comptes de la Ville », qu'une grosse pièce de bois fut

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Une fois passés, ils se mirenl, avec leurs compagnons, à pousser Tassant qui depuis dura peu de temps ; car sitôt qu'il eut recommencé, les Anglais perdirent toute force pour continuer à résister, et ils songèrent à passer du boulevard dans les Tournelles. Peu d^entre eux purent se sauver, car de quatre ou cinq cents combattants qu'ils étaient, tous furent tués ou noyés, excepté un petit nombre qui furent faits prisonniers et qui n'étaient pas grands seigneurs. Glacidas, qui était capitaine et fort renommé au fait des armes, le seigneur de Molins, le seigneur de Pommins, le bailli do Mantes, plusieurs autres chevaliers bannerets et nobles d'Angleterre se noyèrent. En se précipitant sur le pont pour se sauver, il arriva que le pont rompit sous leurs pas; ce qui fut grand ébahissement de la force des Anglais (^/c?), et grand dommage pour les vaillants Français qui de leur rançon auraient pu avoir grandes finances.

Toutefois ils lirent éclater grande joie, et louèrent Noire-Seigneur de la grande victoire qu'il leur avait donnée, et ils devaient bien le faire; car on dit* que l'assaut qui dura depuis le matin jusqu'au soleil couchant, fut si grandement engagé et repoussé, que ce fut un des plus beaux faits d'armes accomplis depuis bien longtemps. Aussi ce fut un miracle de Notre-Seigneur fait à la requête de saint Aignan et de saint Euverte, jadis évoques d'Orléans, et maintenant ses patrons. C'était la commune opinion ; elle était regardée comme fort vraisemblable, même par les prisonniers* amenés. L'un d'eux certifia qu'il lui semblait à lui, et à tous les autres Anglais des Tournelleset des boulevards, il leur semblait^ quand on les assaillait, qu'ils voyaient tant de peuple que merveille, et que tout le genre humain était rassemblé contre eux. Aussi tout le clergé €t le peuple chantèrent dévotement Te Deiim laudamus^ et firent sonner toutes les cloches de la ville, remerciant pour cette glorieuse consolation divine Notre-Seigneur et les deux saints confesseurs; ils firent de toutes parts de grandes manifestations de joie, donnant de merveilleuses louanges à leurs vaillants défenseurs, et spécialement, et par-dessus tous les autres, à Jeanne la Pucelle.

Elle demeura aux champs^ cette nuit, et les seigneurs, capitaines ot gens d'armes demeurèrent comme elle, tant pour garder les Tournelles ainsi vaillamment conquises, que pour savoir si les Anglais de Saint-

achetée pour mettre au travers iVune des arches du pont qui fut rompu. Joignait-elle? C'est ce qui n'est pas dans le texte.

1. Cet on dit marque assez que le chroniqueur n'était pas présent ; ce qui est confirmé par l'erreur qu'il commet un peu plus bas, en faisant coucher Jeanne aux Tournelles.

2. Le texte de Quicherat porte pcrsonneHj ainsi que l'édition de 1576, mais on lit prisonniers dans le manuscrit.

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