‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 55 sur 327 · Erreur, elle rentra en ville · texte numérisé non relu

Erreur, elle rentra en ville

Laurent ne sortiraient pas pour secourir ou venger leurs compagnons, mais ils n'en avaient nul vouloir.

Tout au contraire, le lendemain matin, jour de dimanche, septième [Iniitième) jour de mai, en cette même année mil quatre cent vingt-neuf, ils délogèrent de leurs bastilles, et ainsi firent les Anglais de Saint-Pouair et des autres lieux; et tout en levant le siège, ils se mirent en ordre de bataille. Cela fut cause que la Pucelle, les maréchaux de Sainte-Sévère et de Rais, le seigneur de Graville, le baron de Colonces, messire Florent d'Illiers, le seigneur de Coarraze, le seigneur de Xaintrailles, La Hire, Alain Giron, Jamet du Tilloy, et plusieurs autres vaillants gens de guerre et citoyens, sortirent d'Orléans en grande puissance, et se placèrent et rangèrent devant eux, eux aussi en ordonnance de bataille. En cette disposition les deux armées furent très près Tune de Tautre, l'espace d'une heure entière, sans se toucher. Ce à quoi les Français se résignèrent à regret, pour obtempérer au vouloir de la Pucelle, qui dès le commencement, par amour et pour l'honneur du saint dimanche, leur en avait fait le commandement, leur défendant de commencer le combat, d'assaillir les Anglais ; mais si les Anglais les assaillaient, elle leur avait dit de se défendre fort et hardiment, de n'avoir aucune peur, et qu'ils seraient les maitres. L'heure passée, les Anglais se mirent en chemin, et bien rangés et ordonnés s'en allèrent à Meung-sur-Loire, levant et abandonnant totalement le siège, qu'ils avaient tenu devant Orléans, depuis le douzième jour d'octobre mil quatre centvingt-huit jusqu'à ce jour. Toutefois en s'en allant ils ne purent pas sauver tous leurs bagages ; car quelques hommes de la garnison de la cité les poursuivirent, tombèrent par diverses attaques sur la queue de leur armée, leur enlevant grosses bombardes, canons, arcs, arbalètes et autre artillerie.

Il y avait en ce jour un Augustin anglais, confesseur du seigneur de Talbot, qui en son nom gouvernait un sien prisonnier français, très vaillant homme d'armes, nommé Le Bourg de Bar, qui avait les fers aux pieds. Il le menait à la suite des autres Anglais par-dessous le bras, tout au petit pas, vu qu'à cause des fers il ne pouvait pas aller autrement. Le prisonnier, voyant qu'ils restaient fort en arrière, et en homme entendu en fait de guerre, connaissant que les Anglais s'en allaient sans retour, contraignit par force l'Augustin à le porter sur ses épaules, jusque dans Qrléans, échappant ainsi à la rançon. Par cet Augustin l'on sut beaucoup de ce qui était advenu aux Anglais ; car il était fort familier de Talbot.

i28 LA VRAIE JEANNE D*ARC : LA LIBÉRATRICE.

De leur côté la Pucelle, les autres seigneurs et gens d'armes rentrèrent en grande joie dans Orléans, à la très grande exultation de tout le clergé et du peuple. Tous ensemble rendirent à Notre-Seigneur très humbles actions de grâces, et louanges très méritées, pour les grands secours, et grandes victoires qu'il leur avait données et envoyées contre les Anglais, anciens ennemis de ce royaume.

Quand vint l'après-midi, messire Florent d'IUiers prit congé des seigneurs et capitaines, des autres gens d'armes et aussi des bourgeois de la ville ; et avec les gens de guerre qu'il avait amenés, retourna à Chàteaudun dont il était capitaine, reportant grande estime, louange et renommée, pour les vaillants faits d'armes accomplis par lui et par ses gens à la défense et au secours d'Orléans.

La Pucelle partit pareillement le lendemain, et avec elle le seigneur de Rais, le baron de Colonces et plusieurs autres chevaliers, écuyers et gens de guerre. Elle s'en alla devers le roi lui porter les nouvelles de la noble besogne, et aussi pour le faire mettre en campagne, afin d'être couronné et sacré à Reims.

Mais avant son départ elle prit congé de ceux d'Orléans qui tous pleuraient de joie, et très humblement la remerciaient, et lui offraient leurs personnes et leurs biens pour en faire à sa volonté ^ Ce dont elles les remercia très bénigncment ; et elle entreprit son second voyage ; car elle avait fait et accompli le premier, qui était de lever le siège d'Orléans. Durant ce siège furent faits plusieurs beaux faits d'armes, escarmouches, assauts, et furent trouvés innumérables engins, nouveautés et subtilités de guerre, plus que long temps auparavant n'eût été fait devant nulle autre cité, ville ou château de ce royaume, ainsi que le disaient toutes les gens en ce connaissant, tant Français qu'Anglais qui les avaient vu accomplir et inventer.

Ce même jour (/e <?), et le lendemain aussi, les gens d'Eglise, les seigneurs, capitaines, gendarmes et bourgeois qui étaient et demeuraient dans Orléans firent de très belles et solennelles processions, et visitèrent les églises avec très grande dévotion.

Il est vrai qu au commencement, et avant que le siège fût assis, les bourgeois ne voulaient souffrir l'entrée d'aucun homme d'armes dans la ville, par la crainte qu'ils ne voulussent les piller, ou trop fort les maîtriser.

1. Mais avant print congié de ceulx d'Orléans, qui tous plouroienl dejoye, et se offraient eulx et leurs biens à elle et à sa volonté.

Toutefois dans la suite ils laissèrent entrer tous ceux qui voulurent venir,. dès qu'ils connurent qu'ils ne voulaient que les défendre, et quïls se comportaient si vaillamment contre leurs ennemis. Ils étaient très unis avec eux pour défendre la cité ; ils se les partageaient entre eux, dans leurs maisons, et les nourrissaient des biens que Dieu leur donnait, aussi familièrement que s'ils avaient été leurs propres enfants.

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