CAMPAGNE AVANT ET APRÈS LE SACRE
Sommaire : 1. — La reine amenée de Bourges à Gien. — Ramenée à Bourges. — Dépari du roi. — Seigneurs à sa suite. — L*armée devant Auxerre. — Composition.
11. — Tout ce qui est dans le Journal du siège est dans la Chronique de la Pucelle, mais pas réciproquement.
m. — Le roi à Saint-Denis. — La Pucelle à La Chapelle. — Attaque contre Paris. — La Pucelle dans les fossés. — Elle est blessée sans cesser d'ordonner qu'on comble les fossés. — Emportée de force. — Éloges donnés à son courage. — On aurait pu prendre Paris. — Il est arrêté qu'on reviendra sur la Loire. — Le duc de Bourbon lieutenant général.
IV. — Le chemin du roi dans sa retraite. — Arrêt à Gien. — Le roi abusé par le duc de Bourgogne. — Rentrée à Bourges. — Les prédictions de la Pucelle. — Conclusion du chroniqueur.
Le roi avait envoyé chercher la reine Marie, sa femme, fille de feu Louis, roi de Sicile, second du nom, parce que plusieurs étaient d'avis
qu'il ramenât couronner avec lui à Reims. Peu de jours après elle lui fut amenée à Gien ; là où il tint plusieurs conseils, pour arrêter la manière plus convenable à tenir au voyage de son sacre. On finit ces délibérations par conclure que le roi renverrait la reine à Bourges, et que, sans assi^er Cosne et La Charité-sur-Loire, que quelques-uns conseillaient de prendre de force avant le départ, le roi se mettrait en chemin: ce qui fut fait, car la reine étant ramenée à Bourges, le roi prit sa voie vers Reims.
Il partit de Gien le jour de Saint- Pierre, en ce même mois de juin, accompagné de la Pucellc% du duc d'Alençon, du comte de Clermont, depuis duc de Bourbon, du comte de Vendôme, du seigneur de Laval, du comte de Boulogne, du bâtard d'Orléans, du seigneur de Lohéac, des maréchaux de Sainte-Sévère et de Rais, de Tamiral de Culan et des seigneurs de Thouars, de Sully, de Chaumont-sur-Loire, de Prie, de Jamet du Tilloy, et de plusieurs autres seigneurs, nobles, vaillants capitaines et gentilshommes, avec environ douze mille combattants, tous preux, hardis, vaillants et de grand courage. Ils Pavaient montré par avant, le montrèrent alors, et Tout montré depuis par leurs faits et vaillantes entreprises, et spécialement en ce voyage, durant lequel ils passèrent en allant, et repassèrent au retour, franchement et sans rien craindre, par les pays et contrées dont les villes, châteaux, ponts et passages étaient garnis d'Anglais et de Bourguignons.
Tenant leur voie, ils vinrent présenter le siège et Tassant devant la cité d'Auxerre. De fait il semblait à la Pucelle et à plusieurs seigneurs et capitaines qu'il était aisé de la prendre d'assaut, et ils voulaient l'essayer. Mais ceux de la cité donnèrent secrètement deux mille écus au seigneur de La Trémoille pour qu'il les préservât d'être assaillis. Ils fournirent à l'armée du roi beaucoup de vivres qui étaient très nécessaires, et, grâce à ces moyens, ils ne firent aucune obéissance; ce dont la plupart dans Tarméc, et même la Pucelle, furent très mécontents. Ce mécontentement ne fil rien changer. Toutefois le roi séjourna durant trois jours environ ; il partit ensuite avec toute son armée, et s'en alla vers Saint-Florentin, qui se rendit sans résistance.
Comme ou le voil, il n'est rien dans \i}Jouniat du sirge qui ne se trouve dans la Chronique des (^.ousinol ; mais on chercherait vainement dans le Journal plusieurs traits (|ui font connaître les résistances que la Libératrice eut à surmonter.
l. La Puoollo avait pris les devant^* pour fon'or W \\\\ el ses conseillers à se mettre en manlie.
II est donc inutile de reproduire la suite. Citons seulement la phrase du Journal sur la scène qui se passa après le sacre. La voici: « Quand la Pucelle vit que le roy estoit sacré et couronné, elle se agenouilla, présens tous les seigneurs, devant luy, et en l'embrassant par les jambes, lui dist en pleurant à chaudes larmes : — Gentil roy, or est exécuté le plaisir de Dieu qui vouloit que levasse le siège d'Orléans et que vous amefictsse en ceste cité de Reims^ recevoir vostre saint sacre, en monstrant que vous estes vray roy et celuy auquel le royaulme de France doit appartenir et moult foisoit grand pitié à tous ceux qui la REGARDOIENT^ »
Dans la Chronique de Cousinot de Montreuil, la Pucelle ne parle pas de la délivrance d'Orléans. L'auteur du Journal du siège lui fait mentionner la levée du siège pour lui faire énumérer les deux objets auxquels il restreint bien indûment sa mission.
Parlant de l'essai de retourner vers le Berry par Bray-sur-Seine, le Journal écrit : « Lequel (le roi) avoit aucunes gens en sa compagnie, qui tant désiroient retourner de là la rivière de la Loire que pour leur complaire il avoit concludle faire^ ». La Chronique de la Pucelle, à laquelle le Jowrwa/ emprunte plusieurs mois, écrit : « auquel conseil il adhéra fort, et estoit de leur opinion ». Ni l'un ni l'autre ne disent ce que nous savons par ailleurs que semblable détermination déplaisait souverainement à la Pucelle.
Voici comment le Journal raconte la tentative contre Paris, et termine son travail :
D'autre part, le roi, après avoir institué des capitaines et des officiers à Senlis, en partit environ le dernier jour de ce mois, et vint à la ville de Saint-Denis, où lui fut rendue plénière obéissance. Il y fut deux jours, durant lesquels plusieurs courses et escarmouches furent faites par les Français qui se trouvaient à Saint-Denis contre les Anglais de Paris ; il y eut de part et d'autres plusieurs beaux faits d'armes^
Le troisième jour {après l'arrivée du roi) la Pucelle, le duc d'Alençon, le duc de Bourbon, le comte de Vendôme, le comte de Laval, les maréchaux de Sainte-Sévère et de Rais, La Hire, Polon et plusieurs autres
i. Journal du siège, édit. Charpentier, p. 114. — Pitié doit se prendre pour émotion^ une des acceptions de ce mot. (Voy. Lacurne.)