‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 58 sur 327 · J6id.,p · texte numérisé non relu

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3. Le chroniqueur ici et dans Tassaul contre Paris, soit ignorance, soit désir de couvrir de bien tristes intrigues, commet plusieurs inexactitudes. La Chronique de Perceval de Cagny, la Chronique dite des Cordeliers, d'autres encore, jettent sur cette partie de l'histoire de Théroïnp une bien douloureuse lumière.

vaillants chevaliers, capitaines et écuyers, avec grand nombre de vaillants gens de guerre partirent de Saint-Denis, et vinrent loger en un village, dit La Chapelle, qui est comme à moitié du chemin entre Paris et Saint-Denis.

Le lendemain {8 sept.) ils vinrent se mettre en bonne ordonnance au marché aux Pourceaux, devant la porte Saint-Honoré, et ils firent braquer plusieurs canons, dont ils dirigèrent les décharges en plusieurs lieux, et souvent dans Paris. Les gens de guerre de la garnison, et aussi le peuple y étaient en armes ; ils faisaient porter plusieurs étendards de diverses couleurs, qu'ils faisaient tournoyer, aller et revenir autour des remparts à l'intérieur de la ville ; parmi ces étendards, il y en avait un très grand à une croix rouge.

Quelques seigneurs français voulurent s'approcher de plus près, plus particulièrement le seigneur de Saint- Vallier, Dauphinois, qui fil tant que lui et ses gens allèrent mettre le feu au boulevard et à la barrière de la porte Saint-IIonoré. Encore qu'il y eut plusieurs Anglais pour les défendre, toutefois ils jugèrent prudent de rentrer par cette porte au dedans de Paris ; par suite les Français s'emparèrent et furent les maîtres de la barrière et du boulevard.

On crut que les Anglais sortiraient par la porte Saint-Denis pour courir sus aux Français qui étaient devant la porte Saint-Honoré ; c'est pourquoi les ducs d'Alençon et de Bourbon s'embusquèrent derrière la hauteur qui est auprès et contre le marché aux Pourceaux; ils ne pouvaient pas se mettre plus près, par crainte des canons, des veuglaires et des coulevrines, que sans discontinuer l'on tirait de Paris; mais ils perdirent leur peine, car ceux de Paris n'osèrent saillir hors de la ville. La Pucclle, voyant leur couard maintien, prit la résolution de les assaillir jusques aux pieds de leurs murailles, et de fait elle vint se poster en leur présence. Pour ce faire, ayantavec ellegrande compagnie de gens d'armes et plusieurs seigneurs, parmi lesquels le maréchal de Rais, tous en belle ordonnance, se mirent à pied, et descendirent au premier fossé. Elle les y laissa, et monta sur le dos d'âne, d'où elle descendit au second fossé. Elle plongea sa lance en divers lieux, tàtant et sondant la profondeur de l'eau et de la vase. Elle y passa un grand espace de temps, assez pour qu'un arbalétrier de Paris lui perça la cuisse d'un trait ; mais ce nonobstant, elle ne voulait pas se retirer et elle faisait très grande diligence pour faire apporter des fagots, du bois, et faire combler ce fossé, afin de pouvoir passer avec les gens de guerre jusqu'aux remparts; ce qui ne semblait pas alors possible, parce que Teau était trop profonde, qu'elle n'avait pas assez de ge.ns pol'h ce faire, et aussi parce que la nuit était proche. Cependant elle se tenait toujours sur le fossé, ne voulant pas

retourner ni se retirer en aucune manière, quelque prière et requête qui lui en fut faite par plusieurs, qui, à diverses fois, vinrent la requérir de quitter ce lieu, et lui remontrer qu elle devait renoncer à Tentreprise. Enfin le duc d'Alençon l'envoya quérir, et la fit retirer avec toute l'armée au village de la Villette {La Chapelle)^ où ils passèrent la nuit, comme ils y avaient passé la nuit précédente.

Le lendemain tous retournèrent à Saint-Denis. La Pucelle y fut fort louée de son bon vouloir et du hardi courage qu'elle avait montré de vouloir assaillir une cité aussi forte, et si bien garnie de gens et d'artillerie que l'était Paris.

Quelques-uns ont dit depuis que si les choses eussent été bien conduites \ IL Y AVAIT GRANDE APPARENCE Qu'eLLE EN FUST VENUE A SON VOULOIR. Il

y avait alors dans Paris plusieurs notables personnages, qui reconnais-

saient que le roi Charles septième du nom était leur souverain seigneur et le vrai héritier du royaume de France, que c'était à grand tort et par vengeance qu'on les avait séparés de sa seigneurie et enlevés à son obéissance, pour les mettre en la main du roi Henri d'Angleterre paravant sa mort, et qu'on avait depuis continué sous le roi Henri, son fils, usurpateur de la plus grande partie du royaume; et ils se fussent mis et réduits en l'obéissance de leur souverain seigneur, et lui eussent fait plénière ouverture de sa principale ville, de Paris, comme ils le firent six ans après. Hs ne le firent pas à cette fois pour les raisons alléguées*.

Le roi, voyant alors qu'ils ne montraient aucun semblant de vouloir se rendre à lui, tint plusieurs conseils à Saint-Denis. A la suite, il fut décidé que, vu l'attitude des habitants de Paris, la grande puissance des Anglais et des Bourguignons qui s'y trouvaient, et aussi parce que le roi n'avait pas assez d'argent, et qu'il ne pouvait trouver de quoi entretenir une si grande armée, il ferait le duc de Bourbon son lieutenant général ; ce qu'il fit, lui ordonnant de demeurer dans les villes, cités et places de son obéissance en deçà de la rivière de la Loire, et il lui donna grand nombre de gens d'armes et abondance d'artillerie pour y mettre de grosses garnisons, les garder et les défendre. Outre cette disposition, il voulut et commanda que le comte de Vendôme, et l'amiral de Culan se tinssent à Saint-Denis, leur laissant plusieurs hommes afin qu'ils pussent y tenir garnison.

1. Elles ont été donc mal conduites. En quoi? par qui ? l'auteur ne le dit pas. Il faut le chercher dans les autres Chroniques.

2. On cherche inutilement les raisons mises en avant par le chroniqueur.

i42 LA VRAIE JEANNE D'ARC : LA LIBÉRATRICE.

Cela fait, le roi partit le douzième jour de septembre, et s'en alla à Lagny-sur-Marne, d*où il partit le lendemain, après y avoir ordonné comme capitaine messire Âmbroise de Loré, auquel il adjoignit messire Jean Foucault, avec plusieurs gens de guerre. Le lendemain il était à Provins, de là à Bray-sur-Seine, que les habitants réduisirent à son obéissance. Il alla ensuite passer devant Sens, qui ne lui fit aucune ouverture; il dut passer à gué, un peu au-dessous de la ville, la rivière de l'Yonne; il se dirigea sur Courtenay, d'où, par Château-Renard et Montargis, il arriva en dernier lieu à Gien.

Là il attendit quelques jours, espérant avoir accord avec le duc de Bourgogne qui lui avait mandé, par le seigneur de Charny, qu'il lui ferait avoir Paris, et qu'il y viendrait en personne. A cette occasion, le roi lui avait envoyé un sauf-conduit, pour qu'il pût passer sans contredit parles places et les passages lui obéissant ; ainsi le fit-il; mais, arrivé à Paris, il ne tint rien de ce qu'il avait promis; au contraire, il fit à rencontre du roi, avec le duc de Bedford, une alliance plus étroite qu'auparavant; et, ce nonobstant, en vertu du sauf-conduit, il repassa sûrement et ouvertement par tous les pays, villes et passages de Tobéissance du roi, et il s'en retourna en ses pays de Picardie et de Flandre*.

Le roi, averti au vrai, passa la Loire et revint à Bourges, d'où il était parti à la requôlc et sur les supplications de la Pucelle, qui lui avait dit paravant tout ce qui lui advint du lèvcment du siège d'Orléans, et de son saint sacre, aussi de son retour* ouvertement, ainsi que le lui avait révélé Notrc-Scigneur.

En le remerciant et en le louant de sa grâce, je mets fin par son octroi à ce présent traité très abrégé {très compendieux)^ qui porte en titre : « Du siège d'Orléans, mis par les Anglais et de la venue et vaillants faits de Jeanne la Pucelle, et comment elle les en fit partir, et fit sacrer à Reims le roi Charles septième, par grâce divine et force d'armes ».

1. Là est le secret de 1 échec contre Paris. On verra à la Chronique dite des Cordeliers, le traité de dupe déjà conclu et signé lorsque le roi vint à Saint-Denis. Ainsi se trouvent expliquées les demi-révélations que l'on a vues dans la Chronique de la Pucelle et que Ton trouvera dans bien d'autres Chroniques.

2. L'on ne voit pas ailleurs qu'elle ait parlé de son retour.

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