‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 70 sur 327 · LA DOUBLE CHRONIQUE DE LA MAISON D'ALENÇON · texte numérisé non relu

LA DOUBLE CHRONIQUE DE LA MAISON D'ALENÇON

sçavoir et congnoistre comment et avecque quels seigneurs il a vescu la plus grant part de son temps, il a fait faire eest présent mémoire; et avecques ce a voulu faire mettre par escript aucun pou [peu] des mécbiés (malheurs), guerres et pestilencesadvenues en ce royaume de France avant son temps, et de ce dont il a eu congnoissance en Tan MCCCCXXXVl. » La Chronique, qui, comme on le voit, fut commencée en 1436, ne dépasse pas Tannée 1438. Elle est précédée d'une autre du même auteur, finissant en 1432, et dont Quicheratn'a pas parlé. Celle-ci occupe dans le manuscrit de Duchesne du folio 63 au folio 76. La lignée de la maison d'Alençon y est longuement exposée. Le chroniqueur indique comment elle se rattache à saint Louis. Le chef de cette lige royale fut Charles, pelit-fils de Philippe le-Hardi, arrière -petit-fils de saint Louis, frère de Philippe de Valois. Charles de Valois eut une nombreuse postérité, qui enrichit l'Eglise et TËtat. De Cagny donne sur chacun d'eux une brève notice, et s'étend surtout sur celui qu'il servait lorsqu'il écrivait, Jean II, le second qui porta le titre de duc, l'apanage d'Alençon .n'ayant été d'abord qu'un comté. Jean II fut le prince préféré de la Pucelle; il peut être utile, par suite, de rappeler les litres qui le rendaient cher à l'héroïne, d'autant plus qu'il finit mal après avoir bien commencé.

Jean II, duc d'Alençon, avait toute sorte de motifs de détester l'Anglais. Son bisaïeul Charles avait été tué à Crécy, son aïeul Pierre grièvement blessé au siège d'Hennebont, son père, Jean P', tué à Azincourt, lorsqu'il atteignait le roi d'Angleterre, et brisait sur sa tête un des fleurons de la couronne avec laquelle le Lancastre combattait. Les alliances du jeune duc, et son passé, lorsqu'il rejoignit l'héroïne, n'étaient pas faits pour tempérer une haine infusée avec le sang. Né le 2 mars 1409, de Jeanl" et de Marie de Bretagne, sœur de Jean VI et du connétable de Richemont, il avait vu la meilleure partie de son patrimoine, le duché d'Alençon, le comté du Perche, de nombreuses seigneuries, confisqués par l'envahisseur, qui en récompensait ses meilleurs capitaines. Jean II épousa dès 1424 la fille de Charles d'Orléans pour la querelle duquel s'était formé le parti Armagnac; et cette fille elle-même avait pour mère Isabelle de France, renversée du trône d'Angleterre avec son mari Richard II par ces Lancastre qui, après avoir usurpé la couronne d'Angleterre, voulaient usurper celle de France. Isabelle, restée veuve, avait épousé en secondes noces son cousin d'Orléans ; et de ce mariage était née Jeanne d'Orléans, épouse du jeune duc d'Alençon.

n2 LA VRAIE JEAiNNE D'ARC : LA LIBÉRATRICE.

Le prince n'avait pas attendu son mariage pour combattre l'étranger. Il avait pris les armes aussitôt qu'il avait pu les porter. Peu de temps après ses noces, il était à Verneuil. Verneuil était une de ses seigneuries, et il n'avait pas peu contribué à faire engager la funeste bataille. Il fut relevé du milieu des morts, respirant à peine; il était prisonnier. Bedford le fil détenir au château du Crotoy, et ne lui permit d'en sortir que le 30 octobre 1427, moyennant une rançon qui achevait de ruiner le captif. C'étaient deux cent mille saints d'or à verser, plus les dépenses faites durant la captivité, que, d'après Cagny, Bedford exagéra à plaisir. Le duc donna des otages, en attendant de parfaire la somme; le payement intégral n'était pas encore effectué lors de la délivrance d'Orléans; ce qui empocha d'Alençon d'y prendre part, mais il se parachevait; aussi vintil aussitôt après rejoindre laPucelle. Pour se libérer, le jeune duc donna les joyaux de la famille, appréciés, dit toujours de Cagny, bien au-dessous de leur valeur; il vendit à son oncle, le duc de Bretagne, la seigneurie de Fougères, quoique le duc fût encore redevable de la dot de sa sœur, cause de dissentiments postérieurs. En attendant de pouvoir combattre l'Anglais, d'Alençon, hors de prison, combattait pour le roi, puisque, dans la coalition formée pour renverser La Trémoille, au milieu de l'année 1428, il leva pour soutenir le roi un corps d'hommes d'armes, aliénant à cette fin les débris de sa fortune. Le vieux serviteur termine sa première Chronique par ces mots : « En son âge de xxvi ans, ou environ, qu'il avoit quand ce que cy-dessus fut écrit, on n'auroitpas cité un homme de quelque estât, qui fust mieux en renommée que lui. Que Noslre Seigneur, par sonsainct plaisir, lui donne de parfaire et de finir ses jours honorablement ».

Ce vœu ne devait pas être exaucé. En 1436, alors qu'étaient expulsés ces Anglais que d'Alençon avait si abhorrés dès ses jeunes années, le malheureux prince essaya de renouer des intrigues avec eux pour les faire rentrer. Condamné à mort par ses pairs, Charles VII commua la peine en une prison perpétuelle. Cette prison prit fin à l'avènement de Louis XI, reconnaissant d'avoir trouvé un partisan dans le duc alors qu'il nYHait que Dauphin. Tous ses biens lui furent rendus avec la liberté; mais le prince libéré intrigua encore avec Charles le Téméraire. Il s'attira une seconde condamnation à mort, commuée, comme la première, on une prison perpétuelle. Il mourut en prison.

On est particulièrement attristé de voir si mal finir celui auquel la Libératrice témoigna une particulière confiance; celui qui n'usa de son titre de généralissime et de lieutenant du roi que pour seconder, sans les contrarier, les vues et les plans de la céleste envoyée. Voilà pourquoi il fallait rappeler ce qui explique les préférences de la Libératrice pour le duc d'Alençon. Ajoutons que la jeune duchesse son épouse avait des titres

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